18.05.2008

Le bonheur

Si tu veux être heureux, ne cueille pas la rose
Qui te frôle au passage et qui s'offre à ta main ;
La fleur est déjà morte à peine est-elle éclose,
Même lorsque sa chair révèle un chant divin.

N'arrête pas l'oiseau qui traverse l'espace ;
Ne dirige vers lui ni flèche ni filet
Et contente tes yeux de son ombre qui passe
Sans les lever au ciel où son ombre volait.

N'écoute pas la voix qui te dit : "viens". N'écoute
Ni le cri du torrent, ni l'appel du ruisseau ;
Préfère au diamant le caillou de la route ;
Hésite au carrefour et consulte l'écho.

Prends garde... Ne vêts pas ces couleurs éclatantes
Dont l'aspect fait grincer les dents de l'envieux ;
Le marbre du palais, moins que le lin des tentes,
Rend les réveils légers et les sommeils heureux.

Aussi bien que les pleurs, le rire fait des rides.
Ne dis jamais : Encore, et dis plutôt : Assez...
Le Bonheur est un Dieu qui marche les mains vides
Et regarde la vie avec des yeux baissés.

Ce beau poème a été écrit par : Henri de REGNIER

Un changement de siècle, 1900, coupe en deux la vie de ce poète et romancier, né à Honfleur en 1864 et mort à Paris en 1936. Il est l'une des grandes figures du Mercure de France où il publia une cinquantaine de volumes.

Inconditionnel des mardis de Mallarmé, gendre de José-Maria de Hérédia, Régnier fut d'abord un militant de tête du symbolisme qu'il quitta ensuite pour une poésie non moins sensible et chaleureuse, mais plus personnelle, plus irriguée de faits réels, collectifs ou privés, comme la guerre de 1914, par exemple, ou la découverte d'une toile de Cézanne.

Virtuose du vers libre mais hanté par les formes fixes de la poésie classique, Henri de Régnier revient aujourd'hui dans la "mêlée". On le veut, on le demande, parce que ses pages gardent une vie tremblante, une fraternité simple, permettent une vraie lecture humaine, méditante et émue.

10.04.2008

Attente

Elle attend...
Elle attend l'amour
Lorsqu'elle a 15 ans.

----- Quand l'amour est là,
----- Elle attend l'enfant.
L'amante,
L'épouse,
La mère...
----- La femme
Elle attend encore
----- Le marin parti
----- Ou l'amant volage,
----- Le "Dormeur du Val'
----- Le soldat piégé.
Elle attend,
Elle attend encore,
Elle attend toujours...

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Poème et dessin d'une amie : Monique Canellas-Zimmer

petit livret : "L'amour arc-en-ciel"

Je peux dire cela, moi aussi. Car ma vie a été faite d'attente bien souvent. Déjà l'attente d'avoir 21 ans pour être majeure. Mais c'était trop tard et je n'en ai pas profité, trop pliée par la domination maternelle. Ce fut bien dommage. Toute ma vie en a été marquée.

et maintenant, regardez bien ce diaporama :
210_Le_bonheur_est_un_voyage.pps

Il montre bien que le plus important n'est pas de gagner soi-même mais d'aider les autres à ne pas perdre.

C'est ce que certaines personnes "amies" ont fait avec moi et je les en remercie.

C'est ce que j'ai fait aussi avec certaines personnes en son temps. La vie ne devrait pas être une compétition personnelle mais une entraide.

19.03.2008

Petit Grillon

Au coin de l'âtre où je tisonne
En rêvant à je ne sais quoi,
Petit Grillon chante avec moi,
Qui déjà vieux toujours chansonne.

Petit grillon, petit grillon, n'ayons ici,
N'ayons du monde aucun souci.

N'es-tu pas Sylphe ou petit page
De quelque fée au doux pouvoir
Qui t'adresse à moi pour savoir
A quoi le coeur sert à mon âge.

Petit grillon, petit grillon, n'ayons ici,
N'ayons du monde aucun souci.

Au coin du feu, tous deux à l'aise
Chantant, l'un par l'autre égayés,
Prions Dieu de vivre oubliés,
Toi dans ton trou, moi sur ma chaise.

Petit grillon, petit grillon, n'ayons ici,
N'ayons du monde aucun souci.

P.-J. de BERANGER

10.03.2008

LE PETIT CALEPIN NOIR

Dauphin, glisse sur l'eau,
Dos fin, si lisse et beau,
Dans l'onde tu vogues,
Danse, longe la pirogue,
File, docile, dans les flots,
Affine, facile, ton numéro,
Saute, pirouette, éclabousse,
Sauve, girouette, ta frimousse,
Disparais, surtout reviens bientôt,
Distrais nos rêves et vis plus haut.

Extrait du livre : "Au clair de la lune"

de Laurence Talleux

29.01.2008

Nations

Nations, mots pompeux pour dire barbarie,
L'amour s'arrête-t-il où s'arrêtent vos pas ?
Déchirez ces drapeaux ; une autre voix vous crie :
"L"égoïsme et la haine ont seuls une patrie ;
La fraternité n'en a pas !"

Lamartine

Donne une larme à ton drapeau,
Un soupir à ta douce amie,
Et répète jusqu'au tombeau :
Vaincre ou mourir pour la patrie !

Paul-Emile de Braux

Sous les drapeaux d'une mère chérie,
Tous deux jadis nous avons combattu ;
Je m'en souviens, car je te dois la vie ;
Mais toi, soldat, dis-moi, t'en souviens-tu ?

Paul-Emile de Braux

24.01.2008

Recette

Prenez un toit de vieilles tuiles
un peu avant midi.

Placez tout à côté
un tilleul déjà grand
remué par le vent.

Mettez au-dessus d'eux
un ciel de bleu lavé
par des nuages blancs.

Laissez-les faire.
Regardez-lez.

Eugène GUILLEVIC

Recueillement

En ces jours de recueillement, en ces jours ou certains pleurent leurs chers disparus, voici un poème qui me semble adéquat :

Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir, il descend, le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce nuit qui marche.

De Charles BAUDELAIRE

19.01.2008

Epitaphe

J'ai appris, ce matin, que Marcel, le mineur, était parti vers la haut...
Je lui dédie ces deux poèmes :

Celui qui ci maintenant dort
Fit plus de pitié que d'envie,
Et souffrit mille fois la mort
Avant que de perdre la vie.
Passant, ne fais ici de bruit,
Prends garde qu'aucun ne l'éveille ;
Car voici la première nuit
Que le pauvre Marcel sommeille.

Paul Scarron

(pour toujours)

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Mon coeur à ta clarté s'enflamme,
Je sens des transports inconus,
Je songe à ceux qui ne sont plus :
Douce lumière, es-tu leur âme ?

Peut-être ces manes heureux
Glissent ainsi sur le bocage ?
Enveloppé de leur image,
Je crois me sentir plus près d'eaux !

Ah ! Si c'est vous, ombres chéries !
Loin de la foule et loin du bruit,
Revenez ainsi chaque nuit
Vous mêler à mes rêveries.

Ramenez la paix et l'amour
Au sein de mon âme épuisée,
Comme la nocturne rosée
Qui tombe après les feux du jour.

Venez ! Mais des vapeurs funèbres
Montent des bords de l'horizon ;
Elles voilent le doux rayon,
Et tout rentre dans les ténèbres.

Alphonse de Lamartine

(méditations poétiques)

POUR MARCEL

18.01.2008

Il pleut doucement sur la ville

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

O bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie
O le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! Nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine !

Paul Verlaine

14.01.2008

Les Lilas

Pour faire suite à ma note sur le "violet", voici un poème

LES LILAS :

Je rêve et je me réveille
Dans une odeur de lilas
De quel côté du sommeil
T'ai-je ici laissé ou là.

Je dormais dans ta mémoire
Et tu m'oubliais tout bas
Ou c'était l'inverse histoir
Etais-je où tu n'étais pas.

Je me rendors pour t'atteindre
Au pays que tu songeas
Rien n'y fait que fuir et feindre
Toi tu l'as quitté déjà.

Dans la vie ou dans le songe
Tout à cet étrange éclat
Du parfum qui se prolonge
Et d'un chant qui s'envola.

O claire nuit jour obscur
Mon absente entre mes bras
Et rien d'autre en moi ne dure
Que ce que tu murmuras.

Louis Aragon

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