29.06.2008
A propos de mon livre/thriller
Mon livre/thriller : "Et le ciel s'embrasa" est maintenant terminé.
Je remercie mes lecteurs fidèles qui l'ont apprécié et laissé tant de commentaires gentils.
Maintenant qu'il est fini, vous savez de quoi je rêve :
** D'un film qui serait fait de cette histoire "passionnante"
Car "passionnant" "suspens" sont les mots que certains ou certaines d'entre vous ont employé.
Si quelqu'un me proposait de m'acheter les droits de ce livre pour en faire un film, je serais la plus heureuse !
Si je savais le faire, je le ferais moi-même. Mais je ne sais pas ; je n'ai jamais fait une telle chose.
Alors, qui me proposera ce projet merveilleux ?
J'attends...
Bien entendu, pas sérieux s'abstenir.
Et je rappelle que :
"Tous droits de traduction, de reproduction ou d'adaptation sont réservés pour tous pays."
Ces droits m'appartiennent et nul n'a le droit de se les approprier, OK ?
05:51 Publié dans mes livres | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
28.06.2008
Suite et fin feuilleton
Et le ciel s'embrasa
Chapitre 15
-- Nicole, trouve-moi vite un remplaçant. Ce que nous craignions est arrivé : Hortense a été tuée mais, bien sûr, c'était Gaëlle qui était visée.
-- Je ne suis pas étonnée, c'est triste pour Hortense. Mais Gaëlle a été épargnée, tant mieux.
Nicole n'avait cessé de penser à l'affolement de son amie lorsqu'elle avait aperçu la femme rousse dans la rue, en face du restaurant. Elle trouva un remplaçant pour Hubert pour le lendemain. Hubert dormit peu. Il pensait à sa chérie qu'il n'avait pas vue depuis un certain temps et cela prenait toute la place dans son esprit.
A l'hôpital, Brett était resté auprès de Gaëlle jusqu'au matin, mal installé dans un fauteuil défoncé. Sa présence à ses côtés l'avait rassurée. Cela avait éloigné les angoisses qui auraient pu l'assaillir. Des cauchemars ponctuèrent sa nuit et l'éveillèrent en sursaut.
Quand la personne chargée des repas apporta le petit déjeuner, Brett sommeillait. Il s'éveilla, se leva hagard, sourit à Gaëlle et s'empressa de la quitter après lui avoir souhaité une bonne journée. Il promit de donner des nouvelles le plus vite possible.
Gaëlle finissait de boire son café quand elle vit entrer Hubert sur la pointe des pieds pour ne pas l'effrayer.
-- Gaëlle, ma chérie ! Murmura-t-il.
-- Mon amour ! Que je suis contente de te voir, cela faisait si longtemps.
-- Est-ce que tu vas bien ce matin ?
Elle posa sa tête dans son cou tendrement. Il referma ses bras autour d'elle, embrassa ses cheveux, les caressa.
-- Je suis désolée ma chérie ! Pauvre Hortense !
-- Oui, cela a été si soudain. J'espère qu'elle n'a pas trop souffert, l'ambulance était venue pour l'emmener aux urgences suite à son malaise. Quand je pense que j'étais visée et que j'aurais pu y passer !
-- Nous reparlerons de tout cela plus tard. Pour l'instant, repose-toi, je suis là et je reste avec toi. Ne te soucie plus de rien.
-- Je suis groggy de ce qui s'est passé hier soir. Sais-tu qui m'a tenu compagnie toute la nuit.
-- Non ! Dit-il, un peu inquiet.
-- Brett Nestorim. Il est arrivé là-bas juste au moment fatidique. Il a tout vu et pris plusieurs photos de la motarde en train de tirer. Il en est sûr aujourd'hui, cette femme c'était Paule. Il pense aussi que tous mes ennuis sont terminés. Elle sera arrêtée incessamment.
-- J'attends de voir. En tout cas, tu l'as échappé belle !
-- Hortense m'a sauvée et je lui en serai éternellement reconnaissante. Maintenant où vais-je aller ? Je ne puis imaginer de me retrouver seule chez elle dans l'immédiat.
-- Ne te tracasse pas, ma douce, je suis là. Tu sors ce matin, j'ai trois jours devant moi ce qui va me permettre de t'aider à faire les démarches nécessaires pour l'enterrement d'Hortense. Nous n'allons pas chômer. Ensuite tu viendras avec moi à la Trémousse où Nicole te cherche une place. J'espère pouvoir t'y garder quelques semaines, peut-être jusqu'au jour de l'accouchement.
Gaëlle sourit tendrement à Hubert et se coula contre sa poitrine.
-- Je vais bien m'occuper de toi mon amour. Repose-toi sur moi et oublie tout.
-- Merci, Merci, Hubert chéri.
Il aida Gaëlle à se lever, faire sa toilette, s'habiller et dès qu'elle fut prête, il descendirent à la réception remplir les papiers et récupérer les différentes choses que Hortense avait sur elle, peu en vérité : les clés de l'appartement et la petite clé qu'elle gardait toujours à son cou retenue par un galon de velours noir. Hortense la lui avait montrée quelques jours auparavant : "Vous voyez cette clé, Gaëlle ? Eh bien ! S'il m'arrivait quelque chose, vous auriez seule le droit de l'utiliser pour ouvrir le tiroir de ma table de chevet dans lequel vous trouverez une lettre pour vous et des papiers à remettre au notaire." Elle avait alors remarqué son regard pétillant de malice.
Le retour place d'Italie fut gris et triste. L'appartement déserté par celle qui l'avait si fort imprégné de sa présence, paraissait glacé malgré le chauffage resté allumé et la température constante. Gaëlle savait qu'elle devait s'habituer à ne plus y trouver sa chère Hortense dont la personnalité attachante, le savoir discret, la grande délicatesse, faisait d'elle une personne exceptionnelle qu'elle avait eu la chance de rencontrer et du plaisir à côtoyer. Comme une mère (que ne fut pas la sienne) elle était attentive à ses retours, ce que Gaëlle avait fort apprécié.
Elle s'assit sur une chaise et posa sa main sur son coeur pour en atténuer les battements qui s'étaient accélérés dès l'entrée. Puis elle se leva, encore un peu faible sur ses jambes et se dirigea sans hésiter vers la chambre d'Hortense. La table de chevet semblait avoir pris une place capitale. Elle était intimidée à l'idée de découvrir les secrets de cette charmante vieille dame.
Mais Hortense l'avait voulu ainsi. En tremblant un peu, elle tourna la petite clé dans la serrure, tira sur la poignée et le tiroir s'ouvrit livrant son contenu à sa vue. Elle se saisit de la première enveloppe, la blanche. Deux mots en noir étaient tracés avec application : "Pour Gaëlle." Elle l'ouvrit. De son écriture fine, Hortense avait écrit :
"Chère Gaëlle, mon enfant, ma fille chérie,
Si vous lisez cette lettre, c'est que je ne suis plus. Ne soyez pas triste. La vie continue pour vous et je souhaite qu'elle soit désormais douce pour vous, sereine, tranquille. Ne vous tracassez de rien. Tout est prévu pour mon enterrement. Il vous suffit de téléphoner au numéro de téléphone en bas de cette feuille. Ils s'occuperont de tout, c'est réglé d'avance.
Dans le tiroir, se trouve une autre enveloppe, marron celle-là, que vous devrez remettre au notaire. Il l'ouvrira devant vous et vous dira ce qu'elle contient. Ensuite vous n'aurez plus qu'à vous reposer pour attendre sans risque la venue du bébé. Je pars sereine de savoir Hubert près de vous pour vous épauler, vous éviter tout tracas. J'ai une grande confiance en lui. C'est un homme très bien.
Sachez, chère petite, que les derniers mois que j'aie passés en votre compagnie ont été délicieux. Merci pour tout. Je vous aime et cela ne s'arrêtera pas avec ma mort. Je vous embrasse tendrement une dernière fois. N'oubliez pas de profiter de chaque instant de votre vie et de beaucoup parler à votre enfant, lui dire toujours la vérité, si difficile soit-elle. Adieu, et que mon amour vous accompagne, vous soutienne, vous aide dans les luttes de la vie.
Hortense"
Après avoir lu ce courrier post-mortem, Gaëlle dut s'asseoir car sa tête tournait. Des larmes brûlantes inondèrent ses joues. Elle n'avait pas imaginé recevoir de cette délicieuse femme une aussi belle lettre. Cela la bouleversait. Elle n'était pas au bout de ses surprises...
Hubert fit allonger Gaëlle pendant qu'il téléphonait au numéro de téléphone inscrit au bas de la page. La personne qui répondit, promit de faire les démarches nécessaires y compris l'insertion dans le journal dès que l'autorisation serait donnée par la police et l'informerait du jour et de l'heure de l'enterrement.
Ceci fait, il téléphona au notaire pour prendre rendez-vous, puis à l'aide ménagère. Il forma encore deux numéros et retourna auprès de Gaëlle. Il allait enfin pouvoir la dorloter avant les dernières épreuves à passer d'ici la cérémonie.
Chapitre 16
-- Lorsque la police a arrêté Paule chez elle, dans la nuit, elle n'a pas opposé de résistance. A croire qu'elle attendait cette arrestation comme une libération. La seule issue à sa vie désormais. L'envie de fuir ne lui avait pas une seconde effleuré l'esprit. Elle était là, prostrée. Dans sa maison, dûment perquisitionnée, les inspecteurs ont trouvé le pistolet ayant tué Hortense, mais aussi les preuves que c'était bien elle qui avait écrit les lettres vous ayant causé des torts, chère Gaëlle. Et ce n'est pas tout. A partir du moment où le pistolet a été remis au commissaire, et que le résultat de l'autopsie a été connu, tout s'est éclairé. Ce pistolet avait déjà tué de la même main une autre personne.
"Vous n'avez pas oublié ce prisonnier tué chez Lina ? Et vous vous souvenez de lui avoir rendu visite récemment ? Eh bien, suite à votre visite, Lina a écrit au commissaire une longue lettre lui expliquant ce qui s'était réellement passé. Voici l'histoire telle qu'elle la décrit :
"Monsieur le Commissaire,
"Ce soir-là, Paule devait passer la nuit chez moi. Quand elle arriva, je n'étais pas seule. Le prisonnier libéré le jour-même, n'ayant pas pu aller chez l'ami qui devait le recevoir était venu chez moi. J'avais ouvert la porte surprise de le voir lui. Car c'était Paule que j'attendais et non pas cet olibrius. Qu'à cela ne tienne ! Je le laissais entrer. Je pensais pouvoir m'en débarrasser assez vite et sentis en même temps une grande inquiétude m'envahir. Le destin guettait... Il allait frapper...
"L'homme posa son lourd bagage. Toute sa richesse s'y trouvait rassemblée. Il s'assit sur le siège que je lui tendais. Je lui proposai un café qu'il accepta avec empressement. Après tout, peu importait que cela l'empêchât de dormir. N'avait-il pas projeté de passer une nuit blanche dans les bras de son hôtesse ? Moi en l'occurrence ! J'apportais deux tasses et servis le noir breuvage odorant - bien plus odorant que le jus de chaussette infect qui lui était servi en prison, me dit-il - alors que je lui posai quelques questions du genre : "Pourquoi était-il venu chez moi à cette heure ?"
"Il eut un petit sourire et après avoir bu quelques gorgées se leva, s'approcha de moi encore debout près du canapé et me prit dans ses bras.
"Pourquoi alors ne l'ai-je pas repoussé, moi qui n'aime pas le contact des hommes ? Pourquoi, l'espace de quelques secondes, le laissai-je caresser mes cheveux, mon dos et me donner quelques baisers ? Est-ce que j'eus soudain un désir pour cet homme ou voulais-je provoquer Paule qui arrivait toujours chez moi en territoire conquis, me dominant de sa supériorité qu'elle avait de plus en plus de mal à cacher et que j'avais de plus en plus de mal à supporter ? Je ne sais !
"Toujours est-il que ces brèves secondes nous furent fatales à tous les deux pour des raisons différentes. L'un y perdit la vie, l'autre l'esprit.
"Lorsque Paule poussa la porte restée entrouverte après l'entrée de l'homme, elle dut entendre un léger murmure qui l'inquiéta. Elle s'approcha à pas de loup et vit la scène. Son sang ne dut faire qu'un tour. Sa jalousie morbide poussa sa main droite à prendre dans la poche intérieure gauche de son blouson de cuir le pistolet acheté quelques heures plus tôt en prévision d'atteindre mortellement Gaëlle. Elle m'avait confié son projet que j'avais trouvé ignoble.
"Or, dans la seconde qui suivit, c'est le type me tenant dans ses bras qui fut atteint en plein coeur et d'un seul coup de feu. Je poussais un hurlement terrible quand le prisonnier s'effondra. Son forfait accompli, Paule ne traîna pas. Elle quitta l'appartement aussi vite qu'elle y était entrée.
"Je suppose que d'une cabine téléphonique, elle appela la police pour leur dire : "Je viens de tuer un homme chez moi." Elle donna mon adresse et je fus arrêtée quelques minutes plus tard. Profondément choquée par cette trahison infâme, je ne cherchai pas à me défendre et préférai entrer dans le silence."
Lina Lary
-- Une fois les deux dossiers regroupés sous le nom de Paule, Lina sera lavée de tout soupçon et libérée le plus vite possible. Elle sera obligée, je le crains, d'entrer dans un hôpital spécialisé. Voilà, chère Gaëlle, vous savez tout sur cette affaire. Paule a donc maintenant deux meurtres à son actif dont l'un était prémédité de longue date. Quant à l'autre elle en a accusé son amie et ce n'est pas très beau. Si l'on ajoute à tout ça l'histoire des lettres qui vous ont porté gravement préjudice, tout cela mis bout à bout fait de cette femme une grande prédatrice, une meurtrière multiple.
-- J'ai apprécié votre collaboration tout au long de mon chemin semé d'embûches, et je dois dire que j'aie fait le meilleur choix le jour où mon regard s'est arrêté sur votre nom.
-- Merci. Ce compliment me touche !
Une fois de plus, Brett quitta à regret cette affaire compliquée où il avait travaillé avec acharnement, réussi à éclairer de nombreuses zones d'ombre et apporté une aide efficace à sa cliente préférée : Gaëlle. Il était confiant ; il savait qu'il reverrait ces deux-là et qu'il garderait des liens privilégiés avec eux.
EPILOGUE
A la Trémousse, Gaëlle retrouva calme et repos après une période bien agitée.
Elle eut très froid lors des funérailles. Le temps n'y était pour rien. C'était un froid intérieur dont il s'agissait. L'impression d'avoir perdu l'être le plus doux qu'elle ait jamais connu, la mère la plus compréhensive, l'Amie.
Lors de la cérémonie, elle vit arriver Sandy et en fut bien étonnée. Sandy lui ouvrit les bras et s'excusa mais Gaëlle resta assez froide et lointaine. Bien que son ancienne amie lui demanda de lui pardonner, elle n'était pas prête à le faire.
Gaëlle fut très forte, soutenue par Hubert. Nicole était venue avec Jacques. Gaëlle eut du mal à le reconnaître. Son visage avait un éclat nouveau, il émanait de toute sa personne un sérieux inhabituel, sa coiffure n'était plus la même. Il était devenu un homme différent, un adulte responsable.
Le lendemain, Hubert conduisit Gaëlle chez le notaire. Elle en ressortit le visage mouillé de larmes et éclairé d'une lueur étrange : Hortense lui avait tout légué, l'appartement et tout ce qu'il contenait, plus une somme d'argent qui lui permettrait de payer les droits de succession.
Elle se retrouvait propriétaire et n'aurait plus longtemps à attendre que les prud'hommes statuent sur "l'affaire." Il n'y aurait plus aucun problème pour qu'elle gagne sur toute la ligne, notamment le procès qu'elle allait faire à ses anciens employeurs et l'indemnité qu'elle demanderait (assez importante tant qu'à faire) et qui lui permettrait de s'occuper de son bébé pendant quelques temps sans avoir à se faire de soucis. Ensuite, elle pourrait reprendre son métier de secrétaire sans problèmes. Elle espérait que ses patrons ne pourraient plus dire de mal d'elle à ses futurs employeurs après ce qui était arrivé. Ils devaient être plutôt gênés et même ennuyés...
En sortant de chez le notaire, Hubert prit la route de la Trémousse et installa Gaëlle dans une chambre inondée de lumière et de soleil où elle pourrait reprendre des forces et mener à bien sa grossesse jusqu'à son terme. Elle dormit beaucoup se sentant enfin arrivée au port après avoir traversé un océan démonté et avoir risqué d'y périr plusieurs fois.
Quand elle émergea enfin, après plusieurs jours, elle sortit dans le parc où elle rencontra Jacques en train de jardiner. Son air sérieux et concentré l'impressionna. Cela faisait une différence avec le garçon qui l'avait ennuyée à l'exposition de peinture. Il lui fit visiter son logement qu'il venait de s'installer dans la cabane au fond du parc. C'était petit mais il n'y manquait rien. La kitchenette, la salle d'eau, une chambre et un petit salon. Il se sentait devenir un homme depuis qu'il avait quitté sa mère et avait rompu toute attache. Sa reconstruction était en bonne voie. Il se sentait revivre. Le soir, il lisait. Il avait commencé à se constituer une bibliothèque. Il était autonome et se comportait bien. Hubert le voyait changer et s'épanouir de jour en jour et en était heureux. C'était sa réussite.
Gaëlle revint vers le bâtiment principal en se disant que bien des choses avaient changées depuis la première fois qu'elle était venue ici. Elle entra et se dirigea vers le bureau de Nicole, un grand sourire éclairant son visage.
-- Alors ma douce, tu t'es bien reposée ?
-- Oh oui ! Je suis en pleine forme.
-- Cela me fait très plaisir de voir ta mine superbe ! Tu commences une autre vie.
-- C'est si vrai que j'ai déjà oublié tout ce qui me tourmentait. Je n'ai plus qu'à me laisser vivre jusqu'à l'accouchement et je me sens si bien ! Je me sens légère, légère...
-- C'est la chose la plus sympathique que j'aie entendue de ta part depuis bien longtemps.
-- Tu en entendras d'autres...
F I N
06:30 Publié dans mes livres | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
27.06.2008
Suite feuilleton (39)
Et le ciel s'embrasa
Chapitre 13
Le téléphone sonna, Gaëlle reconnut Nicole qui lui demandait comment elle allait.
-- Je vais comme une "fatiguée" de sept mois de grossesse qui était au lit. Encore deux mois à tenir alors que rien ne va comme je le voudrais.
-- Tu penses pouvoir aller au restaurant avec moi demain ?
-- Oui le midi, pas trop loin, pas trop longtemps.
-- Ce sera où tu voudras et le temps que tu désireras. Je viendrai te chercher et tu me raconteras tes misères, d'accord ?
-- Tu es un amour, Nicole, je t'aime beaucoup.
-- Moi aussi doudou. Repose-toi bien et à demain.
Elle retourna au lit pour la journée. La prise de sang, elle verrait demain matin. Désormais, Hortense se débrouillait seule, une infirmière venait faire sa toilette le matin pour remplacer Gaëlle qui ne pouvait plus. Les repas était livré par un traiteur et l'aide ménagère venait plus souvent. Gaëlle se laissait dorloter et écoutait Hortense lui parler. Le ronronnement de sa voix l'endormait. Elle vit dans ses rêves son bébé dans ses bras, un petit garçon tout rouge, les yeux gonflés et qui venait de naître. Elle puisait une grande sérénité dans ces petits rêves de jour. Sa main parcourut son ventre, le caressa. Elle sentit bouger "bébé". Elle lui parla, lui dit des choses sans suite pour établir le contact.
Le lendemain, vers dix heures, Gaëlle s'éveilla enfin, en forme et se rendit à la cuisine. Hortense était là, elle lui sourit. L'infirmière lui fit la prise de sang puis elle se prépara avec soin pour sa sortie entre "copines." Averc Nicole, elles n'eurent que quelques pas à faire pour y être.
Elles choisirent un menu, papotèrent de choses et d'autres et le repas se passait bien lorsque, juste avant le dessert, Gaëlle sursauta : dehors, dans la rue, une femme, celle de la photo avec la perruque et les lunettes noires.
-- Nicole, je viens de la voir. Elle regardait ici. Elle a tourné au coin de la rue. J'ai peur.
-- Mais qui, Gaëlle ? Qui as-tu vu ? De quoi as-tu peur ?
-- C'est affreux ! Et Gaëlle se mit à pleurer.
-- Explique-moi car je ne comprends rien à tes frayeurs.
Gaëlle raconta ce qu'elle avait appris sur Paule et les craintes qu'elle avait.
-- Ne nous affolons pas, laisse-moi réfléchir. Elle pointa ses doigts sur ses tempes et s'écria : j'ai trouvé ! Il faut téléphoner au détective, lui saura quoi faire. Il nous ramènera à l'appartement avec sa voiture et nous verrons avec lui ce qu'il convient de faire. Donne-moi son numéro de téléphone, je vais l'appeler moi-même. Il promit d'être là le plus vite possible.
Elles en étaient au café quand il entra dans la salle. Il salua les deux jeunes femmes de très courtoise façon et s'assit près de Gaëlle en commandant un café pour lui-même.
-- Ainsi, me revoilà prêt à vous servir madame. Confiez-moi vos craintes afin que je vois ce que je peux faire pour que cette angoisse que je lis dans vos beaux yeux disparaisse au plus vite. Quoi qu'il en soit, ne vous faites pas trop de frayeur, tâchez de rester sereine.
-- Monsieur Nestorim, dès que nous serons rentrés, je vous montrerai les dernières photos que vous m'avez remises et vous comprendrez. Car depuis que vous êtes venu m'annoncer l'entrée de Lina en prison, il y a eu du nouveau. J'ai appris plein de choses dont je dois vous mettre au courant.
Ils revinrent tous les trois chez Hortense sans problèmes. Gaëlle raconta à Brett pourquoi elle avait eu peur tout à l'heure et à quel point c'était justifié. Elle était sûre d'avoir aperçu la femme de la photo, celle qu'elle pensait être Paule. Si c'était bien elle qui rôdait dans la rue en face du restaurant, cela voulait dire que Gaëlle était menacée. Elle était déguisée comme quand elle ne voulait pas être reconnue, ce qui voulait dire qu'elle avait localisé Gaëlle et qu'elle préparait un mauvais coup qui ne tarderait plus à venir. Après ce que lui avait appris le comptable, cela ne faisait aucun doute.
-- Désirez-vous que je file cette femme ?
-- Oui dit Hortense. Je m'occupe de tout comme d'habitude.
Le détective se leva, salua et s'en alla. Il avait tous les renseignements nécessaires pour commencer cette nouvelle filature. Gaëlle le conduisit à la porte et revint s'asseoir à la table où Hortense et Nicole étaient pensives. Elle s'excusa et alla s'allonger car elle ressentait une grande fatigue.
Nicole resta un moment à bavarder avec Hortense puis donna congé et se retira.
Chapitre 14
Hubert s'activait à l'infirmerie de la Trémousse, souhaitant se constituer une semaine ou deux grâce à ses jours de récupération pour après l'accouchement. Il n'avait pas revu Gaëlle depuis le début de l'année.
Pour s'instruire sur sa grossesse, elle avait acheté un livre qui retraçait, semaine par semaine, l'évolution du bébé qui avait encore profité depuis la semaine dernière. C'était fabuleux. Il occupait tout le volume de l'utérus. C'était fascinant. Gaëlle soupira à cette lecture. C'était long. Il restait encore du temps avant le terme et ce serait mieux d'y être. Il ne servait à rien de s'impatienter mais beaucoup d'angoisse et de craintes avaient accompagné sa grossesse depuis le début. Tant de peur, de problèmes se faisaient attendre, qu'elle se demanda ce qu'il en serait du bébé. Elle aurait bien aimé le porter dans le calme mais pour cette fois c'était raté. Elle n'avait pas eu un instant de sérénité.
Elle refusait de mettre le nez dehors depuis le fameux jour de sa sortie avec Nicole. Elle se terrait dans sa chambre ou plutôt dans son lit et faisait à peine le tour de l'appartement trois ou quatre fois par jour par pure nécessité. Hortense était désolée de voir Gaëlle se replier ainsi. Moins aidée, elle devait elle-même préparer ses repas, ranger, faire beaucoup plus de travaux qu'elle n'aurait dû à son âge.
Lorsqu'elle ressentit, dans la nuit, une douleur à la poitrine, Hortense n'y prit garde. Dans les jours qui suivirent plus rien. Puis, de nouveau, la douleur serra sa poitrine, en fin de journée, comme dans un étau. Elle poussa un gémissement que Gaëlle entendit. Elle se leva aussitôt, prit le téléphone et appela les secours. Elle s'habilla, aida Hortense à en faire autant et toutes les deux furent prêtes à l'arrivée des infirmiers. Ils donnèrent les premiers soins à la malade et la descendirent sur le brancard. Gaëlle la suivit. Arrivées dans la rue, avant qu'ils hissent le brancard dans l'ambulance, Gaëlle se pencha vers Hortense pour l'embrasser.
Alors, tout se passa très vite.
Hortense vit arriver la moto au ralenti et le pistolet se braquer sur Gaëlle. Elle eut le temps de crier : "Reculez-vous vite, Gaëlle." Celle-ci s'écarta, sans savoir pourquoi.
Le coup de feu partit. Hortense devint la cible et le reçut en pleine poitrine. Ce que Gaëlle avait craint pour elle venait d'arriver à Hortense. Elle donnait ainsi le peu de vie qui lui restait pour la sauver. Gaëlle s'évanouit. Les infirmiers la retinrent juste avant qu'elle ne tombe à terre. Ils sortirent pour elle un deuxième brancard. Ils avaient maintenant deux personnes à acheminer aux urgences dont une n'y arriverait pas vivante.
Brett approchait quand il vit une ambulance devant l'entrée de l'immeuble où il se rendait, chez Hortense Pagine. Puis il vit les brancards et une personne allongée dessus. Il reconnut Gaelle lorsqu'elle se pencha pour donner un baiser à Hortense. Il entendit crier la vielle femme et le coup partir juste au moment où Gaëlle s'écartait.
En quelques secondes, il avait vu toute la scène. Avec sa rapidité de détective qui ne devait jamais manquer de réflexes, il l'avait immortalisée en plusieurs prises dans son appareil photos qui ne le quittait jamais. C'était son principal outil de travail. Plusieurs clichés de la motarde sur son engin, en train de tirer, développés et aggrandis, seraient une preuve irréfutable et ne pourraient être contestés. Cela ne lui avait pris que quelques secondes. Après quoi, il s'approcha du groupe, bouleversé.
La nuit était tombée et Hortense ne vivait plus que faiblement. Les ambulanciers montèrent les brancards à l'intérieur de la voiture où Gaëlle prit place aussi et démarrèrent. Ne pouvant imaginer une seconde de laisser Gaëlle arriver seule à l'hôpital, Brett prit un taxi à qui il demanda de suivre l'ambulance. Au moment où il montait dans le taxi, il levar la tête étonné de voir une grande lueur rose éclairer tout à coup le ciel. Ce fut le moment où Hortense expira.
Gaëlle serait déposée aux urgences afin d'y être examinée. Un médecin verrait Hortense, constaterait son décés et donnerait l'ordre de la conduire à l'institut médico-légal.
Brett en avait vu d'autres dans sa vie de détective. Cela ne l'empêchait pas d'être inquiet pour Gaëlle. Ce dernier coup qui venait de lui être porté était très dur et avait dû la secouer. Pourtant, ce serait en même temps la fin de ses ennuis. Ses angoisses, liées à cette Paule qui ne tarderait pas à être arrêtée et emprisonnée, avaient atteint des sommets et ne pourraient que décroître très vite. Le sort de cette criminelle était d'aller rejoindre son amie Lina en prison. Il en serait fini de ces deux-là. Par contre, Gaëlle venait de perdre sa vieille amie qui lui avait tant apporté durant les mois passés, les plus difficiles qu'elle ait eus à vivre.
Il énuméra dans sa tête les tâches urgentes à accomplir dès son arrivée à l'hôpital : téléphoner au commissaire de police et à Hubert. D'autres appels suivraient, un peu moins urgents. Il avait vu la meurtrière et avait des photos pour preuve de sa culpabilité qu'il produirait à la police dès le lendemain. Pour Brett, la femme qui avait tiré ne pouvait être que Paule. Il en avait la certitude. Il n'avait pu voir son visage caché par le casque intégral. Quant à ce corps menu de femme, il l'avait reconnu. Lors de sa filature, il l'avait vue faire de la moto, toute de cuir vêtue, et coiffée du même casque. Il avait aussi des photos.
Gaëlle arriva à l'hôpital en état de choc moral, sans pour autant souffrir physiquement. Brett la rejoignit après avoir donné les coups de fil prévus. L'infirmière était encore là quand il entra. Après l'avoir aidée à se déshabiller et à passer une chemise de nuit, elle la couvrait chaudement car elle tremblait de la tête aux pieds. Ce fut alors le médecin qui vint l'examiner. Brett ressortit et revint quand le médecin lui fit signe. Gaëlle le rassura sur son état.
-- Chère Gaëlle, vous ne devez pas vous sentir coupable de ce qui est arrivé. Vous avez donné beaucoup de bonheur à Hortense. Elle est partie sereine grâce à vous, c'est tout ce qui compte. Ce qui est le plus important, c'est que vous et le bébé soyez en vie. Vous avez encore quelques semaines à tenir, vous y arriverez. Vous êtes tellement courageuse.
-- Vos paroles me font du bien.
-- Vous ne m'en voudrez pas de vous avoir appelée par votre prénom. Je ne l'avais jamais fait. Cela m'est venu spontanément, moi c'est Brett. Ce sera plus simple. Ne sommes-nous pas amis maintenant ?
-- Si, bien sûr !
Il parla jusqu'à ce qu'elle s'endorme. Alors, sur la pointe des pieds, il s'éloigna pour téléphoner encore...
(suite et fin demain)
06:55 Publié dans mes livres | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
26.06.2008
Suite feuilleton (38)
Et le ciel s'embrasa
Chapitre 11
Plusieurs jours de lit et de chaleur, de tisanes et de bouillons de légumes chauds, furent nécessaires à Jacques pour se rétablir après que Hubert l'ait ramassé à demi congelé sur le bord de la route, dans le froid de la nuit. Heureusemlent, Jacques était jeune et sain de corps et se remit sans dommages. Une semaine de chambre lui suffit à récupérer. Il se leva prêt à agir et déterminé.
Nicole avait déjà retenu pour lui un stage de poterie à Paris. Il devrait s'y rendre deux fois par semaine avec la navette. Ce point acquis lui donnait une certaine satisfaction. Il se sentait tellement mieux à l'idée de ne plus avoir à retourner à la maison de Saint-Germain en Laye et ne plus revoir ses parents (sa mère surtout) et d'en être libéré. La Trémousse lui plaisait plus que tout au monde. Et c'est là qu'il voulait rester, près de Hubert à qui il vouait une grande admiration.
Il avait compris qu'il devrait se tenir bien désormais, ne plus faire de faux-pas et acquérir une attitude d'adulte. Il voulait sortir de cet abêtissement dans lequel il s'était maintenu, plus ou moins consciemment, et qui avait été une manière de s'isoler d'un milieu déplaisant. Il avait beaucoup pensé à tout cela pendant la semaine. Il savait exactement ce que l'on attendait de lui et les efforts qu'il devait fournir. Hubert en avait beaucoup parlé avec lui. En somme, Jacques avait décidé de se prendre en mains. Il avait commencé son stage de poterie avec un grand sérieux. Il pourrait bientôt créer un atelier à la Trémousse dont il serait responsable. Son visage n'était déjà plus le même. Une lueur s'était allumée dans son regard qui le transfigurait. Il était en train de devenir beau.
Le jardinier en titre avait recommencé son travail dans le jardin après une période d'arrêt et avait accepté de prendre Jacques sous son aile protectrice. Trois outils lui avaient été confiés. Il devait en prendre soin, les nettoyer après usage et les ranger. Ainsi, petit à petit, prenait-il de l'importance grâce aux responsabilités qui lui étaient confiées. Jamais personne, auparavant, ne lui avait accordé la moindre confiance. Ainsi était-il demeuré un petit garçon, voire un idiot, un capricieux irritable et stupide.
Chacun et chacune, à la Trémousse, s'ingéniait à l'aider. Ce grand changement lui donnait le tournis mais aussi lui apportait chaque jour des nouveautés qui embellissaient sa vie.
Chapitre 12
En cette fin de janvier, alors qu'il y avait plus d'un mois que Lina était en prison, il vint à Gaëlle une idée. Certes, elle en valait une autre : lui rendre visite. Ce que cela donnerait, elle n'en savait rien encore. Elle avait l'intention de lui parler avec son coeur. Maintenant qu'elle savait qui était sa véritable ennemie, Lina lui paraissait, par contraste, presque sympathique et elle pouvait envisager de l'affronter.
Elle pressentait qu'elle devait provoquer cette rencontre. Si ce n'était pas Lina qui avait fait les lettres, elle devait savoir qui les avait faites - Paule par exemple - et si elle arrivait, de coeur à coeur, à atteindre le sien ? Si toutefois elle en avait un. Si ce n'était pas un bloc de pierre et si ce n'était pas trop tard. Cela pourrait peut-être avoir un effet favorable et faire avancer les choses quelque part, sait-on jamais ?
Elle savait qu'elle avançait à tâtons dans un épais brouillard et à ses risques et périls mais préférable en tout cas au mortel immobilisme qu'elle vivait. Elle en était arrivée à un point où un rien pouvait faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre. C'était ce rien qu'elle traquait. C'était décidé, elle irait, le jour même.
Avant, il fallait aller chez l'obstétricien qui la suivait depuis sa sortie de la maison de repos. Elle en était à sa trentième semaine de grossesse et se sentait fatiguée. Dans la salle d'attente, par chance, elle attendit peu. Le médecin était presque à l'heure pour une fois. Cela l'arrangeait bien car elle n'aimait pas attendre.
Il la fit entrer, lui offrit un fauteuil et commença à parler avec elle de choses et d'autres. Il lui demanda d'enlever collants et slips, de relever ses manches, la fit allonger et lui prit la tension : un peu basse. Quant au bébé, il était bien placé. Jusque-là, c'était bon. Le poids avait augmenté mais il n'y avait rien de trop, ce qui était plutôt rare.
-- C'est pas mal tout ça, madame Typée. Mais je vous trouve quand même un peu faible. Ce n'est pas la grande forme. Dites-moi, vous oubliez un peu vos soucis ?
-- Pas tellement. Il me tombe sans arrêt sur le dos des nouvelles peu rassurantes et même inquiétantes et tout cela finit par peser lourd.
-- Faites attention ! A partir de maintenant, vous allez avoir besoin de toutes vos forces pour mener cette grossesse à son terme, mais aussi de calme et de quiétude. J'aimerais que vous mettiez la pédale douce. Vous rentrez chez vous en sortant d'ici, du moins je l'espère ?
-- Justement non ! Je compte aller à la prison rendre visite à Lina. Vous savez, la fille à qui je pensais devoir tous les ennuis qui me sont arrivés. En fait, il semblerait que ce soit une autre personne qui soit responsable. J'espère finir par y voir clair. Mais c'est long et douloureux.
-- Vous m'inquiétez. Vous n'y allez pas seule au moins ?
-- Si. Mais je vous promets docteur de faire attention à moi et de rentrer à la maison aussitôt après. Je vais là-bas parler un peu, c'est tout. Je suis la seule à pouvoir agir ; si je ne le fais pas, qui le fera ?
-- Vous n'êtes pas une patiente facile, vous. N'oubliez pas votre prise de sang le plus vite possible. J'aimerais aussi que vous buviez beaucoup d'eau pour alimenter votre volume sanguin et manger des aliments riches en fer pour la fabrication de vos globules rouges.
Le médecin se tut quelques secondes, il réfléchissait.
-- Ce n'est pas dans mes habitudes de demander cela à mes patientes mais à vous c'est différent. Vous êtes un cas très spécial. Voulez-vous avoir l'amabilité de me téléphoner dès votre retour, que je sache comment s'est passée une visite aussi peu commune. J'aimerais tellement que tout se passe bien pour vous.
-- C'est promis, docteur. Merci de vous inquiéter ainsi, c'est très gentil.
-- Je n'ai même pas eu le temps de vous dire que votre bébé pesait un kilo cinq cents et qu'il mesurait 37 centimètres. Cela vous fait-il plaisir de l'apprendre ?
-- Très plaisir ! Je suis très heureuse de savoir comment profite mon bébé. Je pourrai y penser dès que je serai de nouveau au calme dans ma chambre. A tout à l'heure docteur !
Dès sa sortie du cabinet médical, Gaëlle se dirigea vers la prison. Revoir Lina la secouait un tantinet. Ce n'était pas une mince affaire ! Quand elle arriva au parloir de la prison et qu'elle la vit entrer, elle la trouva méconnaissable. Ses cheveux avaient été coupés courts, sa peau était grise et ses yeux n'avaient plus d'expression. Le tout était impressionnant.
Elle lui fit un petit signe de la main en guise de bonjour. Son allure aussi avait changé. Elle était voûtée, ramassée sur elle-même, comme une petite vieille. Elle ne parlait plus depuis son arrestation. Pas un mot, le mutisme total ! Gaëlle se trouvait intimidée mais tout son ressentiment ancien avait disparu. Étrange sensation.
-- Bonjour Lina ! Se hasarda-t-elle à prononcer.
La prisonnière la regarda intensément sans répondre. L'avait-elle reconnue seulement ?
-- Je sais que vous m'avez plus ou moins haïe dès mon entrée dans la société. Je me souviens encore de la réflexion désobligeante que vous aviez faite le premier jour : "Qu'est-ce que c'est que ça ?" Aviez-vous dit ! J'en ai souffert.
-- ...
-- Je n'ai jamais su pourquoi vous aviez tant de haine à mon égard. Quand l'affaire des lettres est tombée, j'ai sincèrement pensé que c'était vous qui les aviez écrites. Cela ressemblait tout à fait à un coup que vous auriez pu mijoter contre moi. Maintenant et avec le temps qui passe, je ne suis plus sûre de rien. Elle entendait sa propre voix résonner dans le silence du parloir et cela lui paraissait bizarre. Mais Lina ne répondait toujours pas. Reparlerait-elle un jour ? En désespoir de cause et lasse d'attendre une réponse qui ne venait pas, Gaëlle reprit :
-- Si quelqu'un d'autre avait monté cette affaire contre moi, j'ai pensé que vous pourriez savoir qui ?
-- ...
Elle laissait de temps en temps un blanc entre ses paroles pour donner une chance à Lina de régir ou d'ouvrir la bouche pour dire un mot, un seul. Mais rien ne venait. C'était désespérant !
-- Je suis toujours coupable et je peux avoir des tas d'ennuis. La vérité pourra-t-elle éclater ? Je le souhaite très fort.
-- ...
-- En tout cas ce n'était pas moi, vous le savez. J'aimerais simplement savoir qui est le ou la coupable de ces lettres infamantes ? J'ai été renvoyée comme une malpropre sans ménagement et cela m'a beaucoup affligée et porté tort. J'ai failli mourir et j'ai passé deux mois entre hôpital et maison de repos.
-- ...
Gaëlle commençait à être lasse de cette femme murée dans son silence et dont elle se rendait bien compte qu'elle ne pourrait rien tirer. Aucune réaction sur son visage, dans ses yeux, dans tout son être. Elle se souvint que le médecin lui avait recommandé d'être prudente, de se ménager. Aussi décida-t-elle d'en finir. Elle se leva et joignant ses mains devant elle dit encore :
-- Je vous en supplie, aidez-moi .
Pensant que ces mots agiraient sur Lina, elle resta cinq minutes à la regarder d'un air suppliant. Elle eut l'impression qu'une lueur d'amitié s'était allumée dans ses yeux. Elle fit un petit sourire et ajouta :
-- Merci, Lina, pour ce que vous ferez. Au revoir et courage !
Le taxi l'attendait devant la porte. Les chiffres défilaient. Le prix à payer serait encore importante. Le bavardage sans retour avait duré un quart d'heure et s'était passé mieux qu'elle ne le craignait. Elle pensait avoir trouvé les mots justes pour parler à cette femme qui était devenue une statue. Et si ses paroles pouvaient avoir touché au fond de l'âme de cette femme, alors ce serait une réussite. Elle se demandait quand même de quelle façon Lina pourrait l'aider à supposer qu'elle en ait envie ou qu'elle en ait la possibilité.
Elle passa le coup de fil promis au médecin pour le rassurer et lui promettre de se reposer à l'avenir. Elle entra dans l'appartement et alla s'allonger. Hortense alla la trouver :
-- Ne dites rien ce soir, Gaëlle. Reposez-vous, dormez ! Demain il fera jour et vous aurez tout le temps de me raconter.
Et elle s'endormit en douceur. Tard le lendemain elle dormait encore. Ce fut Hortense qui prépara le petit déjeuner et le lui apporta au lit.
(suite demain)
07:00 Publié dans mes livres | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
25.06.2008
Suite feuilleton (37)
Et le ciel s'embrasa
Chapitre 9
Le ciel était bas au-dessus de Paris et le soleil n'était pas au rendez-vous que Gaëlle lui avait fixé. A part son sac à mains, elle n'avait rien emporté. Elle ne peignait plus. Toutes les toiles qu'elle avait à terminer étaient finies et le moment était venu de se laisser vivre jusqu'à l'accouchement.
Elle prit l'avenue des Gobelins, le boulevard du Port Royal à gauche, le boulevard Saint-Michel à droite et arriva au Jardin du Luxembourg. Là, un peu lasse, elle s'assit sur un banc. Elle ferma les yeux quelques instants, le temps de se rendre compte que la température était plutôt froide et qu'il ne fallait pas stationner trop longtemps à cet endroit si elle ne voulait pas se statufier.
Lorsqu'elle rouvrit les yeux, un homme était planté devant elle. Il n'était pas très haut mais assez large. Il la regardait. Après un bref moment de surprise, elle reconnut le comptable de son ex-société avec qui elle avait travaillé certains jours. Elle se leva d'un bond :
-- Vous !
-- Je pourrais dire "Vous !" moi aussi. Je n'étais pas très sûr ; la dernière fois que je vous aie vue, vous étiez mince comme une liane. Vous voilà maintenant porteuse d'espoir, avec un ventre assez conséquent. Cela fait une grande différence !
-- Si nous allions boire un pot ? Avec ce froid nous serions mieux au chaud.
Ils marchèrent un moment en silence puis entrèrent dans un café bruissant de voix, enfumé et chaud. Ils s'installèrent loin des courants d'air et commandèrent une boisson chaude.
-- Comment allez-vous depuis tout ce temps ?
-- Moi bien, c'est le train-train. Et vous ?
-- J'ai eu des difficultés après le renvoi dont j'ai été victime.
-- Cela ne m'étonne pas. Une sacré vacherie qui vous a été faite.
-- Vous avez su ce qui m'était arrivé ?
-- Pour l'essentiel, oui. Les rumeurs entendues dans les couloirs ne vous étaient pas favorables.
-- J'aimerais bien savoir ce que vous en avez pensé, vous ? Je n'ai pas eu la possibilité de vous parler ou de vous dire au revoir le jour de mon départ. Je suis partie si vite. Je l'ai regretté même si je n'ai pas eu le temps d'y penser car j'étais dans un sale état.
-- Oh moi ! J'ai toujours été pour vous, vous auriez dû le savoir. Mais j'ai gardé ça pour moi, tranquillisez-vous ! J'ai écouté, me suis inquiété mais je suis resté muet, bouche cousue. J'ai été triste car j'ai pensé qu'après votre départ précipité, je ne vous reverrais plus jamais.
-- C'est gentil ce que vous me dites. Mon malheur a été de travailler avec Lina. Elle n'a jamais pu me sentir. Dès le premier jour.
-- Je pensais bien que vous en aviez contre Lina. Vous m'en aviez parlé. Ainsi vous n'avez pas remarqué qu'une autre femme vous détestait bien davantage. Cette femme était, et est encore, plus jalouse de vous que tout ce que vous pouvez imaginer. Mais elle ne le montrait pas et vous n'avez rien vu.
-- Je ne vois pas qui cela peut être ?
-- Une femme très hypocrite, qui vous donnait l'impression d'être bonne et gracieuse tant elle faisait de mimiques pour mieux vous tromper. Une femme puissante et rusée que peut-être vous aimiez bien et qui, pendant ce temps-là...
-- Mais qui ? Je n'en ai aucune idée.
-- Même si vous cherchez un peu ?
-- Non ! J'ai beau penser à toutes les personnes que je connaissais, je ne vois toujours pas.
-- Vous n'avez jamais pensé à Paule ?
-- Paule ? Comment serait-ce possible ?
-- C'est ainsi et le fait que vous ne travailliez plus là-bas n'a rien changé. Elle vous hait toujours autant et même plus à mesure que le temps passe.
-- Mais pourquoi ?
-- Parce que vous êtes quelqu'un de bien et que le PDG vous appréciait. Il a parlé de vous à plusieurs reprises en termes élogieux en sa présence et celle de monsieur Cristalis. Ce qui l'a rendue folle de rage. Elle voulait être la seule pour lui comme pour Lina.
-- Ah bon ! Même pour Lina ? Je tombe des nues ! Je n'en reviens pas !
-- Et ce n'est pas tout. Elle maintient le PDG sous tension pour que vous ayez plus d'ennuis encore. Elle le domine complètement. Mais... Je vous demande pardon, je ne voudrais pas vous faire trop de peine. J'arrête.
-- C'est dur, en effet, d'entendre cela. Mais voyez-vous, ce qui me console, c'est d'apprendre qu'au moins une personne m'appréciait car je l'ignorais.
-- Vous aviez des chances dans cette société. S'il n'y avait eu des femmes en travers de votre chemin.
-- Il y a toujours eu des femmes en travers de ma route. Pourquoi ai-je toujours eu droit à tant de rivalités quoi que je fasse. Certaines femmes sont prêtes à tout pour me faire du mal. Heureusement, j'en rencontre aussi qui me font plaisir et me rendent des services.
-- Depuis que Lina est en prison, Paule est devenue dix fois plus irascible. Elle ne sourit plus, elle est déchaînée. Son attitude confine à la démence. La paranoïa la guette.
-- Quel est le lien qu'elle avait avec Lina ?
-- Quelque chose qu'il y aurait eu entre elles. Elle la protégeait. C'est elle qui l'a faite entrer dans cette société car elle n'était pas vraiment le genre de la maison.
-- Pour cela, je suis d'accord avec vous.
Un voile se déchira dans la tête de Gaëlle. Elle pensa à la photo qui l'avait intriguée.
-- Je vous remercie de m'avoir informée. Cela va me permettre d'avancer.
-- Vous me donnerez des nouvelles de temps en temps. Tenez, voici mon téléphone. Appelez-moi.
Sitôt revenue à l'appartement, Gaëlle reprit la fameuse photo de la femme avec perruque et lunettes noires et la regarda avec attention à l'aide d'une loupe. C'était bien Paule, elle en était sûre, qui allait rendre visite à Lina la nuit. Tiens donc ! Ainsi elle était bisexuelle, envieuse, mauvaise, paranoïaque... Et c'était cette femme-là qui la détestait. Elle pouvait devenir dangereuse et des frissons d'horreur la parcoururent. Une psychopathe ? Elle pouvait même attenter à sa vie. Peut-être l'avait-elle faite suivre par un détective et dans ce cas, elle savait où elle habitait maintenant. Mon Dieu ! Quelle horreur !
Chapitre 10
Gaëlle forma le numéro de Sandy mais tomba sur son répondeur : "Veuillez laisser votre message" disait la voix suave. Et elle pensa que Sandy ne s'était pas foulée pour enregistrer un message. Elle lâcha quelques mots après avoir entendu le bip, d'une voix timide, lui demandant de bien vouloir rappeler. Les jours passèrent. Sandy ne rappela pas. Gaëlle trouva cela très bizarre. Elle se demanda si elle était malade, à l'hôpital au autre. Au bout de quelques jours, elle laissa un nouveau message. Mais deux jours après, toujours pas d'appel. Elle pensa que ces fichus répondeurs ne lui plaisaient pas du tout. C'est un barrage pour qui ne veut plus répondre. Notamment, pour d'anciennes amies devenues indésirables. Ainsi, elle en était sûre, Sandy ne voulait plus d'elle. Elle avait du mal à l'accepter. Et pourtant...
Sandy a été ma première amie à Paris. Je pensais la garder toujours et voilà que je l'ai peut-être perdue sans savoir pourquoi. Qu'est-ce qu'elles ont toutes à m'enquiquiner ainsi en ce moment ? Ne pourrais-je donc jamais avoir la paix ? J'en aurais bien besoin pour mon bébé et moi qui le porte.
"Patience, patience, dicta une petite voix. La vie réserve des surprises, mauvaises quelquefois, d'accord ! Attendre que Sandy veuille bien revenir à de meilleurs sentiments. Et si ce n'était que provisoire ?"
Elle appela à la Trémousse, parla un moment avec son cher Hubert qui la rassura avec toute la tendresse dont il était capable -des trésors de tendresse - Au bout d'un certain temps, il lui passa Nicole pour qu'elle la tranquillisât à son tour.
-- Oui, ici Nicole, comment vas-tu ma grande ?
-- Bof ! Tout est triste. Les nouvelles ne sont pas bonnes du tout. Les amies ne répondent plus. Sais-tu ce que m'a fait Lucciole ?
-- Ah oui ! J'en ai entendu parler. Figure-toi qu'elle m'a téléphoné pour se plaindre. Je l'ai envoyée sur les roses.
-- Bravo ! Au moins toi tu es sympa. Ce n'est pas le cas de tout le monde. Tu penses qu'elle a pu aller se plaindre aussi sur l'épaule de Sandy ?
-- Je ne sais pas mais c'est fort possible.
-- Je te dis ça parce qu'elle a mis un répondeur. Je lui ai laissé des messages mais j'attends toujours le retour. Je n'y comprend rien. Je n'aurais jamais cru que Sandy me ferait un coup pareil. Moi qui croyais qu'elle était une vraie amie. Quelle déception !
-- Gaëlle, ma chérie, ne te laisse pas abattre, ce n'est pas le moment. Veux-tu que nous nous voyions un soir ?
-- Oh oui ! J'aimerais beaucoup !
-- Je te fais signe dès que je rentre à Paris. A bientôt.
Pendant la nuit, Gaëlle fit un rêve. Elle était avec Sandy qui l'emmenait dîner chez une amie à elle. Arrivée devant l'immeuble de cette amie, elle disparut sans que Gaëlle ait eu le temps de se rendre compte où elle était entrée. Elle voyait Sandy aller et venir à l'intérieur de l'appartement du premier étage, par la fenêtre. Elle regardait avec tristesse, ne sachant comment faire pour la rejoindre. Elle resta plantée là, dans la rue, stupide, ne comprenant pas pourquoi son amie avait pu, même en rêve, lui faire une chose pareille.
Elle s'éveilla, pensant avoir trouvé la réponse au silence de Sandy. Elle avait décidé de lui tourner le dos et de la laisser en plan. Par rêve, elle lui avait transmis son intention. Ce n'était plus la peine d'insister. Il fallait subir et accepter une fois de plus ce coup du sort qui lui était infligé.
(suite demain)
07:00 Publié dans mes livres | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
24.06.2008
Suite feuilleton (36)
Et le ciel s'embrasa
Chapitre 8
Lucciole, cette jeune femme qui a repris l'appartement de Gaëlle, vous vous en souvenez ?
Eh bien, lors du réveillon, Gaëlle avait plaisanté : "Et mes meubles, Lucciole, tu les as toujours ?" Elle avait aussitôt perçu un changement dans son visage et un air gêné avait remplacé son air fanfaron. N'obtenant pas de réponse, Gaëlle avait insisté : "Tu n'as pas répondu à ma question ?" Lucciole fit la grimace et annonça qu'elle avait une douleur à l'estomac.
Le lendemain, un jeudi, l'inquiétude, puis la certitude s'installèrent dans la tête de Gaëlle. Après avoir préparé le repas, elle décida de rendre une petite visite à cette fille afin de s'assurer que ses chers meubles anciens étaient toujours dans son ancien appartement.
Elle demanda au chauffeur de l'attendre étant sûre de ne faire qu'un aller/retour. Elle monta les escaliers calmement et s'arrêta devant sa porte. Elle l'entendait marcher, c'était bon signe, elle était là. Elle frappa. Lucciole ouvrit la porte sans méfiance et, soufflée de voir Gaëlle sur le palier, tenta de refermer. Mais il était trop tard. Gaëlle avait glissé un pied à l'intérieur.
-- Bonjour ma chère Lucciole. Je te surprends, tu ne m'attendais pas ? Je crois même que je ne suis pas la bienvenue, je me trompe ?
Dès l'entrée, une odeur de renfermé lui monta aux narines. Selon toute vraisemblance, cet endroit n'était jamais aéré. Toutes sortes de puanteurs détestables se mêlaient : fumée de cigarettes, poisson frit et relent de choux, ce que Gaëlle craignait le plus depuis qu'elle était enceinte. Tous ces remugles lui donnaient la nausée. Elle sortit vite de son sac son mouchoir parfumé et vit la tête décomposée de Lucciole, la couleur verte de sa peau :
-- Tu ne vas pas mieux toi on dirait. C'est toujours ton estomac ? Pas étonnant, ça manque d'air pur chez toi. Tu ferais bien d'ouvrir de temps en temps.
Mais ce qui était le plus grave c'est qu'elle ne voyait pas ses meubles à leur place :
-- Où sont mes meubles ? demanda-t-elle brusquement.
-- J'avais besoin d'argent, je les ai portés au troc.
-- Ainsi tu disposes de mes biens comme bon te semble ! Et quand as-tu fait ça ?
-- Mardi.
-- Dans ce cas, il n'est peut-être pas trop tard. Allons-y !
D'une virevolte, Gaëlle entraîna Lucciole qui eut juste le temps d'enfiler un manteau. Elle pressa le chauffeur de taxi d'aller plus vite et en arrivant devant le magasin de troc elle s'écria : "Dieu merci ! C'est ouvert !
Des clients étaient justement là en train de négocier le prix du lot complet de son mobilier composé d'un coffre, d'un guéridon, de deux tables basses, d'un lutrin et autres de valeur... Ouf, elle l'avait échappé belle. Elle réussit à entraîner Lucciole et le vendeur à l'écart pour tout arrêter. Son statut de femme enceinte et ses grands yeux humides durent aider un peu. Elle les fit mettre de côté jusqu'à ce qu'elle trouve quelqu'un pour les ramener chez Hortense. Ce n'était qu'une trahison de plus : mais elle commençait à en avoir l'habitude. Quelques minutes de plus, ses meubles auraient été vendus.
Aujourd'hui elle rayerait Lucciole de sa liste d'amies. Et demain, ce serait au tour de qui ?
Elle la ramena devant l'immeuble et alla embrasser Conception qu'elle n'avait plus revue depuis le jour fatal...
-- Madame Gaëlle ! Vous avez bien profité, quelle surprise ! Et c'est pour quand ce bébé ?
-- Fin mars.
-- Vous avez l'air en pleine forme ?
-- Je vais bien Conception. Je suis venue pour vous voir et aussi pour vous demander si votre mari pourrait me rendre un service pour ramener un lot de petits meubles chez madame Pagine. Je vous raconterai cet après-midi.
-- Bien sûr, ce sera sans problèmes. Il est là aujourd'hui. Vous avez eu des ennuis à nouveau ?
-- Eh oui Conception ! Cette femme, à qui j'ai cédé mon appartement et laissé mes petits meubles en prêt car elle n'avait rien, en a profité pour les emmener au magasin de troc pour les vendre à son compte.
-- Décidément, vous n'avez pas beaucoup de chance avec les femmes.
-- Avec certaines femmes, pas avec toutes. Mais plus ça va, plus la liste s'allonge. Je ne sais pas quand cela s'arrêtera mais je commence à en avoir plus qu'assez d'avoir toujours à me battre ainsi. A cet après-midi Conception ?
-- A cet après-midi madame Gaëlle.
(suite demain)
07:00 Publié dans mes livres | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
23.06.2008
Suite feuilleton (35)
Et le ciel s'embrasa
Chapitre 7
Dès qu'il eut les toiles en sa possession, Hubert prit la direction de la place d'Italie tout en pensant à Gaëlle. Depuis sa rencontre avec elle, il ne pouvait plus guère penser à autre chose ou à quelqu'un d'autre. Il était fou d'amour et ne voulait plus qu'une chose, que tout continue ainsi, longtemps.
Assise près d'Hortense à boire une verveine, son air la rassura.
-- J'ai ramené les toiles ma chérie. Rassure-toi, elles ne m'ont rien coûté.
-- Et Jacques ?
-- Je l'ai vu dans sa maison, j'ai vu sa mère et je le plains. J'aimerais bien pouvoir faire quelque chose pour lui. Il est à l'abri dans une prison dorée où personne ne s'intéresse à lui. Il a de l'argent à sa disposition mais à part ça, le néant.
-- Cela prouve que je n'ai rien vendu puisque les achats qu'à fait Jacques sont annulés.
-- Ecoute, pour ce soir je vais manger et ensuite je rentrerai chez moi, avec toi si tu veux. J'ai eu une longue journée.
-- Restez ici cette nuit, proposa Hortense. Vous y verrez plus clair demain.
-- J'accepte votre offre avec grand plaisir. Merci !
Quand Hubert s'éveilla, il proposa d'ouvrir la galerie le matin et après déjeuner, Gaëlle l'accompagnerait.
Ainsi la journée s'acheva avec deux ventes, de vraies cette fois.
* * * *
Le lendemain, Hubert se leva de bonne heure pour aller travailler. Tandis qu'il entendait sonner la demie de sept heures à l'église du village, il amorçait les derniers lacets de la route menant à la Trémousse. La musique jouait à plein tube à l'intérieur de sa voiture. Il chantonnait tout en battant la mesure sur le volant. Il était heureux des deux jours passés avec sa bien-aimée. Le jour n'était pas encore levé. La nuit avait été froide. Ce fut à ce moment-là qu'il aperçut une masse sombre dans le repli du virage, qui pouvait être une forme humaine.
Bien qu'il ne roulât pas très vite, il appuya à fond sur la pédale du frein et revint à l'endroit qui avait attiré son regard d'une marche arrière vigoureuse. La route était sèche. Il gara sa voiture le plus près possible du talus et descendit. Ce fut alors qu'il reconnut la forme assise, recroquevillée sur elle-même. C'était Jacques, violet, à moitié congelé. Il constata également que c'était à cet endroit qu'il avait recueilli Gaëlle, le premier jour de son arrivée à la Trémousse. Curieuse coïncidence ! Il surnommerait cet endroit, désormais, le virage des miraculés.
Il le fit monter dans la voiture bien chaude et repartit jusqu'à la maison de repos. Jacques n'avait pas ouvert la bouche. Il était dans un sale état. Qui sait depuis combien de temps il était assis là, à attendre dans la nuit froide, ce jeudi 2 janvier 1986, pas très couvert. Sitôt arrivé à l'infirmerie, son domaine, il commanda du café brûlant à la cuisine, fit déshabiller Jacques et le mit sous la douche qu'il régla au plus chaud qu'il soit possible de supporter. Il le frictionna le plus vigoureusement qu'il put, le faisant hurler de douleur, et le fit se rhabiller avec des vêtements chauds à lui car Jacques n'avait pris aucune rechange, pas de papiers, rien.
Il lui fit boire le café que la jeune femme venait de porter et attendit jusqu'à ce que le visage de Jacques reprenne une couleur normale et lui demanda de s'expliquer :
-- Je suis parti de chez mes parents pour ne plus y revenir. Jamais ! Tu as vu ma mère. Tu peux comprendre. Tu dois trouver une solution pour moi. Je veux rester ici près de toi, y vivre, y travailler.
-- Je veux bien, mais que pourrais-tu faire ? As-tu une idée ?
-- J'aime le jardinage surtout et ensuite la poterie. Je peux faire des efforts pour m'améliorer et apprendre. Je suis prêt à tout pour que tu sois content de moi.
-- Je suis content de t'entendre parler ainsi. Tu te doutes que ce ne sera pas facile. Je dois en parler d'abord à la direction. Je ferai tout mon possible pour t'aider, je te le promets. Je l'ai dit à Gaëlle hier. Je vais t'emmener à ta chambre où tu vas essayer de dormir quelques heures ou au moins te reposer. Tu en as bien besoin.
Dès que Jacques fut couché bien au chaud, Hubert redescendit à l'infirmerie téléphoner à ses parents pour les informer de la présence de Jacques à la Trémousse et de son désir d'y rester. Il promit de tout faire pour trouver une solution pour lui et demanda qu'ils veuillent bien faire porter ses vêtements, ses chaussures et objets personnels qui pourraient lui être utiles dont ses papiers. Il se rendit ensuite au bureau de Nicole pour lui exposer le problème qui se posait. Ils évoquèrent le cas de la jeune femme qui était en cuisine. Elle était arrivée, elle aussi, assez désorientée et était restée travailler là.
Il suffirait d'étudier un projet solide et de s'y tenir. Jacques devrait y mettre du sien, montrer de quoi il était capable, se prendre enfin en mains.
(suite demain)
07:00 Publié dans mes livres | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
22.06.2008
Suite feuilleton (34)
Et le ciel s'embrasa
Suite du chapitre 6
Hubert fut fort impressionné en entrant dans le splendide parc aux allées tracées et bien entretenues, aux arbres majestueux. C'était la fin de l'automne, presque l'hiver. Aussi n'aurait-il pas le plaisir d'admirer les massifs de fleurs et autres beautés qui s'épanouissaient là au printemps et en été.
Jacques s'était recroquevillé dans son coin et semblait vouloir disparaître dans le siège. Hubert fut obligé de le secouer et de le tirer pour le faire descendre de voiture.
Un domestique ouvrit la porte et la minuscule bestiole à poils arriva en aboyant le plus fort possible pour essayer d'effrayer le visiteur. Ce fut raté. Hubert ne bougea pas un cil. Déçue, la petite boule alla se recoucher sous un tabouret espérant ainsi être à l'abri. Il était si petit, ce chien-là, qu'il pouvait être écrasé à tous moments sous un pied aveugle. Aussi se glissait-il en permanence sous un abri protecteur.
-- Installez-vous ici, monsieur, dit le domestique à Hubert, je vais prévenir "Madame."
-- Je dois d'abord visiter la chambre de Jacques si cela ne vous gêne pas. Et il monta l'escalier derrière lui.
La première chose que vit Hubert quand Jacques eut ouvert sa porte, furent les toiles. Elles étaient toutes là, sur le lit, sur le bureau, contre le mur. Hubert secoua la tête et pensa : "Pauvre Jacques !" Il réfléchit aussitôt à l'arrangement qu'il allait pouvoir proposer. Car il ne pouvait reprendre les toiles au prix que Jacques les avait achetées. Gaëlle avait d'ailleurs tout dépensé pour le trousseau du bébé. Ainsi que des toiles neuves, des tubes de peinture et diverses choses. Il fallait reprendre ces toiles pour un prix modique qu'il était prêt à payer de sa poche s'il le fallait.
Il demanda à Jacques de le suivre et revint au salon attendre sa mère qui se faisait un peu désirer. Ce devait être l'usage chez les personnes de son rang. Un savoir-vivre à rebours qui consistait à faire patienter le visiteur pour qu'il ne pense pas qu'elle n'avait que ça à faire, même si elle s'ennuyait par ailleurs. Un moyen parmi d'autres qu'elle utilisait pour se donner un genre de femme très occupée... par sa petite personne uniquement.
Enfin elle arriva en minaudant et à petits pas sur ses jambes courtes. Les boutons de ses robes, qu'elle achetait toujours trop serrées pour faire mince, menaçaient de lâcher à tous moments. Son visage, son regard, tout son être étaient inexpressifs.
Hubert se leva tandis que Jacques se repliait dans son siège et fixait ses chaussures d'un oeil torve pour tenter de se donner une contenance devant sa mère, ce qui lui était de plus en plus difficile :
-- Madame, dit Hubert en se penchant vers elle.
-- Bonsoir monsieur, mon majordome m'a dit que vous m'attendiez. Puis-je savoir ce qui est arrivé ? Mon cher fils aurait-il fait une bêtise ?
Hubert était un peu décontenancé. Il ne savait pas trop comment présenter l'affaire qui l'amenait.
-- Je suis l'infirmier de la Trémousse. Je connais Jacques depuis qu'il vient nous voir par petites périodes... Cette fois, c'est un problème de tableaux. Il a acheté toutes les toiles de mon amie Gaëlle et je ne peux les lui laisser. C'est risqué pour son équilibre psychique. Il s'est entiché d'elle à la maison de santé et vous savez ce qui arrive dans ce cas-là ?
(Non elle ne savait pas, d'ailleurs elle s'en fichait, mais elle ferait comme si.)
-- Avez-vous une solution à me proposer, monsieur ?
-- Je propose de reprendre ces toiles. Mais je ne peux le faire à leur prix d'achat, l'argent ayant été dépensé.
-- Je comprends, je pense avoir une solution. Mon majordome va emballer les toiles. Je vous demanderai d'attendre un peu. Nous vous ferons signer une simple décharge et vous pourrez les emporter sans rien nous devoir.
-- Je ne peux pas accepter.
-- Faites-moi ce plaisir, monsieur. Ainsi l'affaire fut conclue sans difficultés.
Pendant cet échange de paroles, cette femme n'eut pas un seul regard pour Jacques. Il était invisible pour elle, il n'existait pas. Cette dame qui avait fichu en l'air la vie de son fils, n'en possédait pas moins une courtoisie de bon aloi et savait tenir les propos adéquats, avec gentillesse et une remarquable économie de mots. Qui pourrait croire que cette femme n'avait pas été une mère convenable et même qu'elle n'avait pas été une mère du tout ? Tout observateur peu futé pouvait s'y tromper. Vous en connaissez sûrement de ceux qui disent : "Il ou elle a l'air gentil pourtant." Et cette simple phrase est plus dangereuse qu'un régiment car elle annule tout. Même si l'intimité des familles recèle toujours une grande part de mystère, bon ou mauvais.
Allez raconter, enfants maltraités, mal aimés ou pas aimés du tout, rudoyés, ignorés, allez raconter ça. Nul ne vous croira. Bien au contraire, on vous prendra pour menteurs, ingrats, mauvais. C'est vous qui serez perdants. A votre place on plaindra votre mère. Au besoin même, on vous accusera de ne pas avoir su aimer cette mère dont vous vous plaignez. Surtout si vous êtes nés dans une famille aisée ou, plus encore, riche. Vous n'aurez plus alors aucune excuse pour vous plaindre.
Après tout, Jacques n'a-t-il pas tout pour être heureux ? Eh bien, non ! Il a tout au contraire pour ne pas l'être. Tout pour être isolé, annihilé, maintenu dans son triste état de simplet. Nul n'y pourrait rien changer. Avait-elle eu cet enfant pour le détruire, faire son malheur ? Non ! Elle l'avait eu, c'est tout ! Et elle s'était empressée de s'en défaire à la façon d'une femme riche et qui pouvait payer une nurse pour s'occuper de lui. Là où certaines femmes abandonnent l'enfant dont elles ne veulent pas en le déposant sur les marches d'une église. Elle l'avait abandonné entre les mains des nounous.
Tout pour être heureux ! Une phrase clé et miraculeuse pour tout un chacun. Ceux qui la prononcent croient avoir tout compris et ont la sensation, quand il disent cela, qu'ils expliquent tout. Or ils font une grosse erreur car cette phrase facile montre en vérité tout le contraire. Une belle maison avec tout ce qu'il faut dedans, vu de l'extérieur, a de quoi faire illusion. Mais ce n'est qu'une duperie. La vérité est tout autre ! Il y manque souvent l'amour et c'est bien dommage.
Une chaumière et trois coeurs unis vaut mieux souvent qu'une demeure pleine de richesses, de meubles massifs, de petit chien à mémère, de domestiques en habit, de père absent où le coeur, l'affection, l'amour, la tendresse sont inconnus au bataillon. Seraient-ce le compte en banque et les biens immobiliers qui prenaient ici toute la place ? Possible ! Si l'argent aide à vivre, l'argent ne fait pas toujours le bonheur, loin s'en faut ! Et ici c'était le pire qui régnait pour Jacques. C'est ainsi qu'il s'était réfugié dans un état de retardé à un moment de son enfance et que, sauf miracle... A moins que, de lui-même, il décidât de s'en sortir ? Ne serait-ce pas la meilleure solution ?
(suite demain)
07:00 Publié dans mes livres | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
21.06.2008
Suite FEUILLETON (33)
Et le ciel s'embrasa
Suite chapitre 6
La très belle et grande demeure des parents de Jacques était à Saint-Germain en Laye. Son père, un distingué directeur de société, gros salaire, jamais chez lui, allait tour à tour à des congrès, des séminaires, des repas, faire des voyages où il trouvait des p'tites femmes dans son lit. Par ailleurs, le ou les maîtresses officielles le retenaient à l'extérieur le plus souvent.
Sa mère, une femme inactive et mondaine futile, s'habillait de haute couture sans posséder aucune classe. Elle tenait debout grâce au prix élevé de ses vêtements, de ses chaussures et colifichets de toutes sortes, parmi lesquels on pouvait inclure cette petite chose inutile, agressive et gueulante, ce chien terrier chihuahua qu'elle avait eu la tocade d'acheter l'an passé et qu'elle portait dans ses bras en permanence. Cela lui donnait une contenance et un air humain (qui aime les bêtes...) Grâce aussi au prix élevé de ses séances d'esthétique, de manucure, de maquillage, de massages et autres soins qui finissaient par faire des factures élevées dont elle ne connaissait pas le montant car ce n'était pas elle qui les payait.
Tout arrivait au bureau de son mari dont elle donnait l'adresse sans complexes. Le comptable faisait les chèques non sans être écoeuré parfois de toutes ces dépenses qu'il jugeait importantes et superficielles. A tel point que l'idée lui vint, un jour, de glisser quelques frais personnels. C'était facile, aucun contrôle n'étant effectué sur "les frais de madame." C'était le titre du livre de comptes épais qu'il avait ouvert spécialement à cet usage.
Cette femme avait eu un seul enfant : Jacques, qu'elle remit, dès sa sortie de la clinique d'accouchement, entre les mains d'une nurse. Un baiser de temps en temps du bout des lèvres comme si elle craignait de se contaminer, et son rôle de mère s'arrêta là. Elle n'avait pas la moindre fibre maternelle. L'enfant était parmi ses jouets, la nurse dans un coin à lire ou à broder, le surveillant du coin de l'oeil. Il voyait entrer, de temps en temps, sa soi-disant "mère" qui avait le culot de l'appeler "mon bébé". Il la méprisait.
Il avait horreur des faux airs gentils qu'elle arborait, alors qu'elle puait l'indifférence à dix pas. Et autre chose aussi... Depuis tout petit, Jacques avait appris à détecter son odeur personnelle. D'un autre côté, il reconnaissait aussi l'odeur de ses parfums qui lui piquaient le nez car elle les choisissait parmi les plus lourds et d'aussi loin qu'il la respirait, il la haïssait. Parfois, il se bouchait le nez quand elle était près de lui. Il ne savait pas, n'avait jamais su ce qu'était une vraie maman. Avait-il seulement une fois prononcé ce mot à l'égard de quelqu'un ? Il ne s'en souvenait pas.
Il les appelait "Nounou" les jeunes personnes qui s'occupaient de lui, le baignaient, lui passaient de beaux vêtements (qu'elle commandait et recevait dans des colis qu'elle n'ouvrait même pas. Elle se contentait de les remettre à la nounou qui s'en débrouillait.) Elles le nourrissaient et parfois lui donnaient un baiser. Le nécessaire pour vivre, il l'avait grâce à elles. Mais il n'avait pas le temps de s'attacher ou d'avoir un peu d'affection pour l'une ou l'autre. Elles ne restaient pas assez longtemps. Il devait constamment s'habituer à un nouveau visage, d'autres façons de faire, une autre odeur...
Mais l'amour, celui que donne une maman aimante, une vraie maman, l'indispensable amour, il ne savait pas ce que c'était car il n'y avait jamais goûté. Sa mère l'appelait : "Mon cher fils" pour tout l'argent qu'il lui coûtait sans doute. Et son mari : "Mon cher mari" pour son compte en banque bien garni et dans lequel elle puisait sans remords. En vérité, l'adjectif "cher" qu'elle utilisait à tort et à travers, n'avait rien à voir avec son coeur. Elle n'avait pas de coeur. Seulement des manières de bourgeoise. Tout chez elle se rapportait à l'argent. Dépenser était une des choses qu'elle savait le mieux faire au monde. Son critère à elle était que l'étiquette affichât un prix élevé. C'était sa seule ligne de conduite.
Pauvre Jacques ! Plus à plaindre qu'à blâmer.
(suite ???)
07:00 Publié dans mes livres | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
20.06.2008
Suite FEUILLETON (32)
Et le ciel s'embrasa
Chapitre 6
Dès qu'elle se retrouva seule, Gaëlle sortit son ouvrage de tricot qu'elle voudrait finir à temps pour que son bébé ait chaud à sa naissance. Il naîtrait à la fin de l'hiver, une période où il ne fait pas encore bien chaud. Elle avait choisi une couleur de laine neutre, jaune pâle, sa couleur préférée. En fait, elle aimait tous les jaunes, du plus pâle au plus foncé. Alors qu'elle prenait les aiguilles à tricoter en mains, un sourire de joie se dessina sur son visage Elle aimait tellement tricoter ! Et cela faisait longtemps qu'elle ne s'était laissée aller à cette activité. Elle travailla une heure sans être dérangée. Pas une seule visite sauf Nicole qui arriva une poche de douceurs à la main. Elle parla de choses et d'autres, meubla les minutes. Après une heure d'échanges amicaux, elle repartit comme elle était venue, ayant fait avancer les projets du réveillon et mis certains projets au point. Elle avait la liste des victuailles à acheter et le menu était arrêté.
Gaëlle était de nouveau seule depuis quelques minutes quand Jacques (le jeune homme simplet de la maison de repos) entra en trombe à tel point qu'il faillit s'affaler.
-- Jacques, toi ici. Tu savais qu'il y avait une exposition ?
Il avait un air bizarre. Il ne répondit pas à la question de Gaëlle et s'assit sur la chaise en face d'elle. Il la regardait avec avidité sans ouvrir la bouche.
-- T'aurait-on coupé la langue Jacques ? Dit-elle en pensant : "Il a un drôle d'air. Je le trouvais simplet, mais peut-être est-ce pire. Je suis mal à l'aise ; il me fatigue." Elle commençait à trouver pesant ce silence lourd de sens : "Jusqu'à quand va-t-il me zieuter comme ça, et que faire pour l'en empêcher ?"
-- Bon Jacques, tu arrêtes de me regarder de cette façon. Tu me parles ou bien tu t'en vas.
-- J'aimerais t'embrasser.
-- Ah non ! Tu m'as déjà fait ce coup-là à la Trémousse, souviens-t-en, et je me suis évanouie. Tu ne vas pas recommencer tes bêtises. Je ne marche plus.
-- Gaëlle, tu n'as rien compris, je t'aime. Tu comprends, je t'aime et je veux...
-- Jacques ! Ne continue pas. Je ne veux pas entendre ce genre de choses. Cela m'ennuie. Et puis, tu sais très bien que je ne suis pas libre. De plus, je suis enceinte et ce n'est plus de mon âge d'entendre de telles sornettes. Tu es venu pour quoi au juste ?
Elle avait essayé maladroitement des arguments inutiles et inadaptés. Elle savait bien que Jacques n'avait rien entendu de ces phrases qui ne voulaient rien dire pour lui.
-- Pour t'avouer que je t'aime et que tes toiles sont belles.
-- Tu ne les a même pas regardées. Tu es entré en coup de vent et tu es venu t'asseoir directement en face de moi sans rien voir autour. Comment peux-tu dire qu'elles sont belles dans ce cas ?
-- Je n'arrête pas de les regarder à longueur de journée et parfois même une partie de la nuit.
-- Je ne comprends pas !
-- J'ai acheté toutes tes toiles à la première expo. Tu ne le savais pas ?
-- C'est toi qui a acheté mes toiles ?
-- Oui ! Et ça m'excite de les regarder et de penser à toi, de t'imaginer jolie comme tu es en train de peindre comme je te l'ais vu faire à la maison de repos. Quand ça me monte à la tête, je me caresse...
C'était trop pour Gaëlle. Elle ne pouvait en entendre davantage. Deux solutions se présentaient à elle. Soit elle se mettait en colère et le grondait très fort. Soit ses nerfs lâchaient et alors... Elle se leva, pensant avoir plus de poids pour se fâcher une fois debout mais un étourdissement lui fit faire un demi-tour sur elle-même. Elle manqua de s'effondrer, se retint à la chaise de justesse, se rassit à temps et éclata en sanglots.
Ce fut le moment que choisit Hubert pour revenir. En deux temps, trois mouvements, il vit Gaëlle en larmes et Jacques en face d'elle, l'écume autour des lèvres. Il le connaissait pour l'avoir vu plusieurs fois à la Trémousse faire des séjours de quinze jours pour sortir un peu de son milieu traumatisant. Il savait dans quel état il pouvait se mettre parfois, face à une femme, quand il se mettait à gamberger. Il savait aussi comment le calmer, le faire revenir à la normale. Aussi prit-il sans hésiter les désisions qui s'imposaient. Il ne pouvait pas laisser Gaëlle seule à présent. Elle était trop éprouvée. Il la ramena chez Hortense après avoir fermé la galerie et, en suivant, reconduisit Jacques chez ses parents.
Quand il déposa Gaëlle, elle lui glissa dans l'oreille que c'était Jacques qui avait acheté toutes les toiles de la première exposition : "Je pense qu'il faudrait les racheter, il ne faut pas qu'il les garde. Il doit les avoir toutes dans sa chambre et leur vue est nocive pour lui. Il m'a dit qu'elles le faisaient fantasmer."
(suite demain)
07:20 Publié dans mes livres | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note



