08.05.2008

Les vaniteux

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-- Ca c'est plus amusant que la visite au roi, se dit en lui-même le petit prince. Et il recommança de frapper ses mains l'une contre l'autre. Le vaniteux recommença de saluer en soulevant son chapeau.

Après cinq minutes d'exercice, le petit Prince se fatigua de la monotonie du jeu.

-- Et pour que le chapeau tombe, demanda-t-il, que faut-il faire ?

Mais le vaniteux ne l'entendit pas. Les vaniteux n'entendent jamais que les louanges.

-- Est-ce que tu m'admires vraiment beaucoup ? Demanda-t-il au petit prince.

-- Qu'est-ce que signifie admirer ?

-- Admirer signifie reconnaître que je suis l'homme le plus beau, le mieux habillé, le plus riche et le plus intelligent de la planète.

-- Mais tu es seul sur ta planète !

-- Fais-moi ce plaisir, admire-moi quand même !

-- Je t'admire, dis le petit prince, en haussant un peu les épaules, mais en quoi cela peut-il bien t'intéresser ?
Et le petit prince s'en fut.

"Les grandes personnes sont décidément bien bizarres" se dit-il simplement en lui-même durant son voyage.

Extrait du livre : "Le petit prince" de Antoine de Saint-Exupéry.

18.04.2008

La disparition

Aves-vous approché, lu ou entendu parler de ce livre extraordinaire de Georges Pérec dont la particularité tient au fait qu'il l'a écrit en faisant disparaître une voyelle. Vous savez laquelle ? Celle que je mets partout en abondance, eh bien ! Lui il a écrit tout son livre sans elle : laquelle ?

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Pour moi c'est incroyable et pourtant, il l'a fait sur 300 pages. Vous savez très certainement de quelle voyelle il s'agit, non ?

Voilà ce que dit la quatrième de couverture :

"Trahir qui disparut, dans "la disparition", ravirait au lisant subtil, tout plaisir. Motus donc sur l'inconnu noyau manquant "Un rond pas tout à fait clos finissant par un trait horizontal." Blanc sillon damnatif où s'abîma un Anton Voyl, mais d'où surgit aussi la fiction. Disons, sans plus, qu'il a rapport à la vocalisation. L'aiguillon paraîtra à d'aucuns trop grammatical. Vain soupçon : contraint par son savant pari à moult combinaisons, allusions, substitutions ou circonclusions, jamais Georges Pérec n'arracha au banal discours joyaux plus brillants ni si purs. Jamais plus fol alibi n'accoucha d'avatars plus mirobolants.

Oui, il fallair un grand art, un art hors du commun, pour fourbir tout un roman sans ça !

Bien sûr vous avez trouvé !

Alors, allez-y de vos commentaires sympas.

16.03.2008

LES ECRIVAINS

Il arrive aux écrivains d'utiliser le "plagiat", de copier peu ou prou les textes d'autres écrivains et nombreux sont ceux qui l'ont fait. Certains sont très connus. Ce sont soit des écrivains contemporains, soit des écrivains d'autres époques. Un livre de 360 pages a été écrit à ce sujet par Roland de Chaudenay : "Les plagiaires" ou le nouveau dictionnaire. paru chez Perrin et édité en mars 2001.

Certains copient de différentes façons. Soit en prenant le canevas d'un autre livre et en greffant leur histoire dessus. Mais aussi en copiant seulement quelques mots, quelques phrases ou quelques pages sans rien y changer. D'autres copient au maximum et presque tout. Certains le font en toute connaissance de cause et d'autres ne pensent pas à mal mais le font quand même.

Il y a aussi un grand nombre d'écrivains qui, devenus célèbres, n'écrivent plus eux-mêmes. Ils demandent à une personne qu'ils paient pour cela de le faire à leur place et que l'on appelle couramment "nègre."

J'en ai rencontré personnellement qui m'ont avoué qu'un gros pourcentage d'auteurs français le faisaient. Cela enlève un peu du mystère du livre. C'est pour cela que l'on se trouve parfois à lire un livre d'un auteur que l'on connaît et où l'on ne retrouve pas le style de cet auteur. Seule la signature de l'écrivain est valable, pas ce qui est écrit dedans.

Que de magouilles existent dans le milieu littéraire. Si l'on savait tout !

Certains écrivains ont même reçu le "prix Goncourt" pour des livres plus ou moins copiés.

C'est ainsi, tout est "truqué" en ce bas monde.

Je ne citerai aucun nom car il faudrait trop de pages pour le faire. Mais tous ceux qui un jour ont goûté à ces ruses sont très connus. La justice ne les punit pas forcément bien qu'il ne soit pas permis de le faire. Alors ! Que penser ?

Mais je peux dire que François MAURIAC n'en fait pas partie.

Cela me laisse toujours rêveuse quand j'entends certaines personnes dire : "Moi je lis Untel." Ne vaudrait-il pas mieux dire : "Je lis les livres qu'Untel a signés" ?

15.03.2008

François MAURIAC

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La maison de François Mauriac à Malagar, léguée à la Région Aquitaine par les enfants de l'écrivain, fait partie du patrimoine culturel de la France, au même titre que Nohan ou Colombey-les-deux-Eglises par exemple. Ce geste généreux donne à Bordeaux, à la Gironde, à l'Aquitaine, unr responsabilité matérielle et morale importante ; une pareille source de rayonnement et de richesse doit être mise en valeur.

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Malagar est une "Maison-Musée" et deviendra un centre de documentation. L'importance du mobilier, le nombre des objets, tout le décor tel que l'avait voulu François Mauriac, offrent une impression saisissante aux visiteurs qui, lorsque sera terminée la mise en place des installations de sécurité, pourront ajouter la visite du "château" à celle du parc. De plus, l'aménagement d'un chai rendra possible une exposition permanente de documents et de souvenirs. Des vitrines et des tableaux didactiques constitueront une initiation à l'oeuvre de l'écrivain. Des installations appropriées permettront aux chercheurs français et étrangers de consulter, dans un décor propice à la réflexion, l'ensemble des oeuvres écrites par Mauriac et des ouvrages critiques qui leur sont consacrés, ainsi qu'un nombre important de documents inédits ; on pourra également visionner et entendre les très nombreux enregistrements audiovisuels dont on dispose, dramatiques, films, interviews, etc.

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François Mauriac est en 1885 et décédé en 1970

Ses romans, peinture cruelle de la vie provinciale dans la région bordelaise, évoquent les conflits de la chair et de la foi (Le Baiser aux lépreux, 1922 ; Génitrix, 1923 ; Thérèse Desqueyroux, 1927 ; le Noeud de vipères, 1932 ; la Vie de Jésus, 1934 ; etc.)

On lui doit également des pièces de théâtre (Asmodée ; les Mal-Aimés) des articles critiques et politiques, des souvenirs.

Il eut le prix Nobel en 1952.

20.11.2007

George Sand (suite)

Neuvy-Saint Sépulcre et Cluis

En revenant de Gargilesse vers Nohant, c'est du côté de Cluis --- face aux ruines du château exactement, si l'on en croit George Sand --- que commence la couleur si singulière de la vallée noire, un mélange de bleu et de mauve qui, par temps d'orage, vire au sombre.

Cluis, sur la route de Gargilesse :

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On sait que George Sand est athée, mais en rentrant chez elle par Neuvy-Saint-Sépulcre, elle ne peut s'empêcher à chaque fois de jeter un regard admiratif à sa basilique des XIème et XIIème siècles construite sur le modèle du Saint-Sépulcre de Jérusalem et située sur le chemin des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle. De plus, en 1257, le cardinal Eudes, légat du pape, fait don de trois gouttes du précieux sang du Christ et c'est là l'origine d'un pèlerinage fréquenté le lundi de Pâques. Ici, dans cette lumière de la spiritualité, nous sommes cependant en plein coeur de cette Vallée noire à la vigoureuse et sombre végétation. Et George Sand en signe ainsi la riche nature :

"Je veux d'abord, pour me débarrasser de toute chicane, tracer la carte de cette vallée. Faites courir une ligne circulaire partant, si vous voulez, de Cluis-dessus, qui est le point de mire de tous les horizons de la Vallée noire et faites-là passer par toutes les hauteurs qui enferment et protègent notre bocage."

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Toujours tiré du livre "Sur les pas de George Sand" de Gonzague Saint-Bris, illustrations Philippe Lorin.

19.11.2007

George Sand (suite)

Gargilesse :

La découverte à deux de Gargilesse donne lieu à un duo d'exclamations admiratives : "Un paradis terrestre" dit l'un "un pays féérique" reprend l'autre. Les amours tumultueuses de Georges ne peuvent cependant être disciplinées ni par une carte ni par un calendrier. Si l'on sait qu'elle a eu une aventure de deux ans avec Jules Sandeau, qu'elle a aimé six mois passionnément Alfred de Musset à Venise, de l'extase à la rage et des larmes au retour de flamme, qu'elle a vécu un septennat de tendresse et d'harmonie, bercé pas seulement par les accords musicaux, avec Frédéric Chopin, on ne peut négliger la multiplicité de ses autres amours. Ils ont pour noms entre autres : Aurélien de Sèze, Stéphane Ajasson de Grandsagne, Jules Boucoiran, Michel de Bourges, Charles Marchal...

Vue sur la campagne vallonnée de Gargilesse :

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Sa liaison la plus longue s'étend sur les quinze années d'un bonheur calme et parfait avec Alexandre Manceau,
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un ami de son fils Maurice, qu'elle rencontre pour la première fois à Nohant, à la fin de l'année 1849. A trente trois ans, il est déjà un graveur de renom qui expose au Salon. Dévoué, fidèle, ayant pour souci premier la stabilité du couple, il lui apporte enfin, dans une quiétude inouïe, le bonheur tant espéré. La romancière lui donne la preuve de son attachement en le suivant à Gargilesse en des fugues successives., pour échapper aux conflits familiaux dus à sa trop longue présence à Nohant.

C'est dans ce joli village, à quatorze kilomètres d'Argenton sur Creuse et à proximité du lac d'Eguzon, qu'il avait acquis un refuge romantique de quatre pièces aux toitures pentues, blotti aux pieds d'un majestueux château et d'une église romane aux fresques éblouissantes, la Villa Algira, découverte au cours d'une promenade au bord de la Creuse. Enfin, elle connaît la félicité :

"Il a les soins d'une femme, et d'une femme adroite, active et ingénieuse. Quand je suis malade, je suis guérie rien que de le voir préparer mon oreiller et m'apporter mes pantoufles... Enfin je l'aime, je l'aime de toutes mon âme, avec ses défauts... Je l'aime avec tout ce qu'il est. Et il y a un calme étonnant dans mon amour, malgré mon âge et le sien... Je suis comme transformée, je me porte bien, je suis tranquille, je suis heureuse, je siupporte tout même son absence, c'est tout dire, moi qui n'ai jamais supporté cela... J'ai quarante six ans, j'ai des cheveux blancs, cela n'y fait rien. On aime les vieilles femmes plus - mieux ? - que les jeunes, je le sais bien maintenant. Manceau se met tout entier dans un verre d'eau qu'il m'apporte ou dans une cigarette qu'il m'allume. Il ne m'impatiente jamais ! Il est exact... Je ne l'ai jamais attendu une minute."

Gargilesse, quatre pièces perdues dans la verdure :
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Ces textes sont extraits du beau livre de Gonzague Saint Bris "Sur les pas de George Sand" Illustrations : Philippe Lorin, éditions France Loisirs.

17.11.2007

George Sand (suite)

Ses châteaux :

Ils sont au nombre de sept. Ce sont les châteaux :

- de Sarzay, de Saint-Chartier, d'Ars, du Magnet, du Petit-Coudray, de Montgivray, le manoir de Cluis.

Des châteaux qui rêvent, des forteresses de songes, des bastilles d'histoire. Le huitième est un long bâtiment rectangulaire avec une tour carrée au milieu de la façade.

Le château de Boussac

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Souverain et dominateur, le château de Boussac fait forte impression avec sa salle des gardes aux cheminées armoriées, ses salons revêtus de boiseries anciennes, sa charpente en châtaignier en forme de carène renversée, ses six magnifiques panneaux de tapisserie constituant la somptueuse suite dite "La Dame à la Licorne" transférée depuis au musée de Cluny à Paris, tout respire la splendeur. George Dand a séjourné au château de Boussac, résidence en ce temps du sous-préfet, où elle a situé, ainsi qu'aux Pierre-Jaunâtres et à Toulx-Sainte-Croix, l'action de "Jeanne", son premier roman champêtre. Elle y a une pensée furtive pour son ancien amant Prosper Mérimée, inspecteur général des Monuments historiques avec lequel elle a vécu un fiasco célèbre et qui n'a pu être indifférent à ce site superbe. Elle y écrivit "Le journal d'un voyageur pendant la guerre", en y étant réfugiée lors du conflit de 1870.

En février de cette même année, George Sand vient à Paris pour assister à la première de sa nouvelle pièce, "L'autre", dans laquelle une jeune comédienne, Sarah Bernhardt, tenait le rôle principal.

-- "Quel succés !" s'écriait George dans une lettre à son fils Maurice.

Au point qu'on avait dû rajouter des fauteuils et louer des sièges pour les allées et la fosse d'orchestre.

Pour son soixante sixième anniversaire, en juillet de cette année terrible, George qui est en correspondance constante avec son ami Gustave Flaubert, va se baigner dans l'Indre avec Plauchut et la petite Aurore. Ce sera sa dernière baignade sereine avant quelques années car, ensuite, ce qui l'attend, c'est la guerre, la paix et la Commune.

Le chancelier de Prusse, Bismark, voulait faire la guerre à l'ennemi héréditaire et, face à celui qui avait la volonté farouche d'unifier les états Allemands, Napoléon III était, comme l'appelait George Sand, "le somnambule". Son gouvernement n'allait guère mieux puisqu'il tomba dans le piège.

Tandis que la foule parisienne hurle : "A Berlin !", George Sand écrit dans son journal, à la date du 12 juillet 1870 : "Aimons-nous, nous n'aimons pas la guerre." Sept jours plus tard, la France déclenche le conflit contre la Prusse. Flaubert lui répond le 28 septembre 1870 : "La guerre (je l'espère) aura porté un grand coup aux autorités. L'individu nié, écrasé par le monde moderne, va-t-il reprendre de l'importance ? Souhaitons le !"

Maintenant, si vous voulez en savoir un peu plus sur la George qui n'avait pas froid aux yeux, regardez le diaporama suivant et vous serez édifiés : Cliquez là-dessous :

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16.11.2007

George Sand (suite)

L'immortalité

Il est bien connu dans la littérature que les enterrements ressemblent à des romans. Unité de temps, unité de lieu, unité d'action : tous les personnages sont rassemblés autour de leur étoile qui s'en va. La proximité de la mort amène autant à l'élévation vers les cieux et à la prière qu'à la triste constatation que perdurent les petitesses de ce bas monde. Querelle autour d'une religion. Ainsi, comme le remarque Gustave Flaubert avec un oeil aussi humide que lucide : "Les journaux n'ont pas dit toute la vérité. La voici : madame Sand n'a reçu aucun prêtre et est morte parfaitement impénitente. Mais madame Clesinger, par chic (et peut-être par haine de sa mère, afin de la contrarier jusque dans la mort) a télégraphié à l'évêque de Bourges pour demander des obsèques catholiques. L'évêque s'est empressé de répondre : "Oui." Et le tour a été joué. Maurice, qui est maire du pays, point notable, a craint de faire scandale."

Dans cette même lettre adressée à Edma Roger des Genettes, Gustave Flaubert raconte cette journée placée sous le signe des larmes du ciel : "Il y avait beaucoup de monde à l'enterrement de George Sand. Quinze personnes étaient venues de Paris. Il pleuvait à verse. Une foule de bonnes gens de la campagne marmottaient des prières en roulant leurs chapelets. Cela ressemblait à un chapitre de ses romans."

Mais un enterrement, c'est aussi un instant de vérité où la langue clame la splendeur de son chagrin. Sur la tombe de George Sand, c'est une lettre de Victor Hugo qui est lue avec les mots les plus beaux : "Je pleure une morte et je salue une immortelle... George Sand était une idée ; elle est hors de la chair, la voilà libre ; elle est morte, la voilà vivante."

Cette illustration de Philippe Lorin : "La route de l'immortalité."

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Demain ce seront les dernières années et je citerai les sept châteaux sandiens.

15.11.2007

George Sand

George Sand a sûrement fait l'objet de quelques articles dans des blogs amis.

Mais pour moi aujourd'hui, je ne résiste pas au plaisir de vous montrer cette très belle huile de Auguste Charpentier (1838).


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Au matin du 7 juin 1876, George Sand fait ses adieux à ses petites-filles avec ce simple message : "Soyez sages." Elle demande qu'on place son lit de fer devant la fenêtre ouverte sur le parc, face aux deux cèdres qu'elle a plantés à la naissance de ses enfants. Le soir, parmi quelques autres, elle prononça, avant de rendre l'esprit, ces mots mystérieux et magiques : "Laissez verdure."

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Ces images et ces mots ont été prélevés dans un très beau livre de Gonzague Saint Bris "Sur les pas de George Sand" illustré par Philippe Lorin.

Il y aurait tant à dire sur George...

16.10.2007

LA CABANE

Le lac était limpide, à peine effleuré par un souffle de vent. Il était très tôt en ce matin de mai, l'horizon se teintait tout juste de rose. Le bateau apponta doucement. Dom, le chien setter, avait déjà sauté, pressé qu'il était d'être au sol et de pouvoir courir et gambader.

Annielle descendit avec précaution, n'ayant pas trop le pied marin. Cela s'était bien arrangé avec le temps et l'habitude... Elle parcourut rapidement le ponton qui menait de la plage aux pins, afin de retrouver plus vite l'odeur très particulière du sous-bois landais, et de rattraper Dom qui avait pris une certaine avance. Cette odeur lui montait aux narines et l'emplissait de bonheur. Elle la huma avec délices, la respira à pleins poumons.

Elle marcha tranquillement tout d'abord dans l'aube naissante, profitant pleinement de cette clarté nouvelle qui s'infiltrait peu à peu entre les branches et au coeur des fourrés faisant étinceler les gouttes de rosée posées ça et là. L'air était frais et parfumé jusqu'à la griser. Puis elle se mit à courir en longues foulées légères favorisées par le moelleux tapis de mousse. Dom galopait devant elle à vive allure. Le ciel s'éclaircissait sur le lac. Le soleil, encore voilé à l'horizon, allait devenir lumineux. Il ferait une belle et chaude journée.

Elle courait toujours mais, tout à coup, ralentit le rythme. Devant elle, à gauche, Dom était arrêté devant un chemin, il l'attendait. Elle s'arrêta aussi car ce chemin l'attirait et l'invitait en quelque sorte. Elle hésita un instant et en profita pour tourner son regard vers le bateau. Il était loin de sa vue déjà mais elle vit que Maurin pêchait tranquillement. Il ne trouverait pas le temps long dans ce cas pensa-t-elle !

Elle se décida donc à y aller. Dom n'attendait qu'un signe pour s'élancer aussi. Le chemin montait, tournait, montait et tournait encore, si bien que l'on ne pouvait voir où il menait. La montée était raide, aussi stoppa-t-elle un instant. En tournant la tête, elle vit le lac tout en bas derrière un rideau de grands pins. La lumière était vive à cet instant. Elle gravit encore quelques mètres et déboucha enfin sur un plateau. Là, devant ses yeux éblouis, s'élevait la cabane, celle de ses rêves. La cabane de rondins, en plein milieu des hauts pins, des vieux chênes et des bosquets d'yeuses. La cabane au charme mystérieux semblait l'appeler.

Annielle resta quelques secondes sans bouger, clouée au sol. Puis elle s'approcha à pas de loup comme une intruse risquant d'être prise en flagrant délit. Tout était calme, les volets étaient fermés, pas de voiture devant la porte, pas une âme qui vive là sauf l'âme enchantée de la forêt peuplée de solitudes et de fines clartés.

Elle s'assit sur le banc de pierre qui s'offrait à elle au milieu des fougères. Dans ce grand silence souverain, elle ferma les yeux pour écouter les mille petits bruits à peine perceptibles et se mit à rêver...

Texte écrit par moi-même il y a une dizaine d'années.

Je voulais vous en faire profiter car je le trouve assez joli. Vous plaira-t-il ?