04.05.2008

Avoir le chichi en berne ?

A la demande d'Henri, je vais donc expliquer ce que c'est d'avoir "le chichi en berne"

D'après "LE GRAND FAGNAS" de Guy Suire (petit précis du parler girondin) :

C'est d'abord une pâtisserie d'origine espagnole (churro.) Sorte de beignet long et cannelé. Pendant de très longues années, sur la place Saint-Michel, Marie fut la reine des chichis.

Le chichi est de toutes les fêtes foraines. C'est de la farine et de l'eau et un art du "frire." Ce chichi est délicieux et recommandé pour le petit déjeuner espagnol avec une tasse de chocolat.

Au-delà de la friandise, le chichi, par métaphore bordeluche hardie, désigne le sexe masculin que l'on peut considérer comme faisant partie du rayon friandise.

Donc, "avoir le chichi en berne" c'est pour le parisien, "avoir coquette sous le bras." Etre plus près de la Berezina que d'Arcole.

Chichinette :

Version locale de la sucette avec son manche en bois. Sexe de l'homme.

"Conseil à tous les drolles, drouleys, droulas, droulassous et Don Juan des barrières : "Quand vous sortez la chichinette, gardez le papier. Aujourd'hui, c'est plus prudent."

03.05.2008

Avoir la cagne !

Traduction du gascon "avoir la canha" ou avoir la chienne, qui veut dire avoir la flemme.

(André Hourcade, dictionnaire des expressions gasconnes, 1990)

"Ginette, je te jure que j'ai pas la cagne ; j'ai le chichi en berne, c'est tout !"

En ces jours de début du mois de mai où les blogueurs quittent leur poste pour aller qui chercher le soleil, qui aller voir sous d'autres cieux si la vie est plus belle, qui vont faire du jardinage, que sais-je ? Peut-on dire que l'on a la flemme ? On peut toujours le dire et y résister.

Car s'il y a des vaillants qui doivent trimer du matin au soir sans s'arrêter (j'en connais un) il y en a qui s'arrêteraient tout le temps sans qu'on les y pousse (j'en connais une.)

Mais il y a aussi celle qui se pousse pour ne pas se laisser aller... Car, qu'on ait la flemme ou pas, il faut faire les choses de la vie dans la journée. Il faut manger et donc faire les courses, il faut répondre aux lettres et donc se mettre à table avec papier et stylo, il faut faire de la couture aussi (comme un rideau pour bébé Hugo) et bien d'autres choses.

Donc, qu'on ait la cagne ou pas, allons-y gaiement vers une journée de plus.

Et bonne journée à ceux et celles qui auront l'amabilité de venir voir ce que j'ai mis sur mon blog...

avec ce tableau de Van Gogh :

medium_Van_Gogh.2.jpg

11.04.2008

Bordeluche

La lettre "C" :

Cela faisait longtemps que je n'étais revenue au parler bordelais.

Cabesse (n.f.) : la tête (de l'Espagnol "cabeza".)

Cacali (adj.) ou cacaïl : Un moins que rien (syn. de quèque ou calicoba.)

Cache-cachotte (n.f.) : jeu enfantin (cache-cache.)

Cache-col (n.m.) : écharpe, plus justifié que cache-nez.

Cacugne (n.f.) : vieille voiture.

Caganey (n.m.) : la diarrhée.

Cagayre (n.f.) : la chiasse ou "turista".

Cagnas (n.m.) : le gros chien.

Cagne (n.f.) : la flemme. On dit aussi : j'ai le cagnas.

Cagnot (gasc.) : le chiot.

Cagnotte (n.f.) : tirelire mais aussi cache.

Cailler ((verbe) : avoir froid. A Paris on caille (argot), à Bordeaux on se les caille.

30.10.2007

Bordeluche

Dans notre parler bordelais on peut citer des termes de nourriture.

Nous avons :

la chocolatine : pain au chocolat

La ventrêche : poitrine de porc
La garbure : soupe de légumes et haricots blancs dans laquelle on ajoute un morceau d'oie, de canard ou de porc confit à la graisse.
Les tricandilles : tripes de porc
Le gratton : Miettes de viande de porc recueillie après avoir fait fondre le gras.
Le grenier médocain : ventre de porc poché au bouillon, roulé au poivre et servi dans sa gelée.
La mauguette : sauce avec ventre de mouton.
Le tourin : Soupe à l'oignon et fromage râpé que l'on prépare pour la porter aux mariés à la fin de la fête. Cette soupe finit également toutes les fêtes qui finissent très tard.

dans les légumes :

Les jouttes : les blettes
La doucette : la mâche
Les monges ou mongettes : haricots charentais
Panouille : épis de maïs

Pour le fromage :

Le croute-rouge : fromage de Hollande

Pour le poisson :

Trogues : les éperlans

Divers :

Tête-noire : cèpe de chêne à la tête marron foncé.

J'en ai peut-être oublié quelques-uns. Si cela me revient, je ne manquerai pas de vous en faire part.

Bonne journée aux prénommées Bienvenue, s'il en existe.

15.10.2007

Bordeluche

Le Bordelais, mais pas celui des quartiers chics de Bordeaux qui parle un langage châtié avec un accent "pointu."

Non ! C'est celui qui parle le Bordeluche, ce sabir urbain "porté en ville" par les Landais, Périgourdins, Lot et Garonnais, Espagnols... C'est une mesclagne, un brassage de mots sur fond de sauce gasconne, majoritairement.

Mais, les Bordelais, les Girondins ont perdu leur gascon en route comme beaucoup perdent leur latin (si important pour mieux comprendre les mots et leur racine.) Ces mots, qui résistent encore aujourd'hui à l'oubli, sont les derniers signes visibles - pour combien de temps ? - d'une langue perdue. Le Bordeluche leur maintient la tête hors de l'eau. Ils sont la mémoire d'une rue, d'un quartier, d'une ville. Ils patrouillent nos souvenirs, bivouaquent dans nos mémoires. Ils échappent au prêt-à-penser.

Terme générique du Bordelais (construit sur schéma argotmuche parlant le langage local.) Apparition de ce terme avant la première guerre mondiale. Avant cela, le langage local était nommé pichadey

PICHADEY n.m. (origine gasconne)

Le monticule. Celui en particulier sur lequel a été édifié la flèche. C'est aussi le nom de l'ancienne rue des Faures (Louis Desgraves Evocation du vieux Bordeaux .) Situés en plein quartier populaire, monticule et rue réunis, désignent sous le terme de pichadey, le langage de ce quartier au vocabulaire "qui fait parfois sursauter d'horreur l'oreille délicate et non prévenue" (Jean Balde La maison au bord du fleuve.)

Le pichadey était donc la langue de ce Bordeaux populaire, fortement mâtinée de gascon. Difficile de dater le Bordeluche. Cependant, en 1932, à la Scala, on note la représentation d'une farce-opérette :
Les Bordeluches au 7ème ciel et peu de temps avant Tout pour les Bordeluches.

Surnom donné aussi par les gens de la lande girondine aux gens du pays viticole girondin selon Palay. "Combinaison" de type primitif des apports incessants de l'émigration anglo-allemande, de l'infiltration "charento-perigordo, lanusco, bearno, tolasso, hispano-ariégeoise."

C'est à cette chimère ethnologique, à cet ornithorynque social que l'étiquette pichadey doit être appliquée (G. Duprat 1901.)

Tiré du Grand Fagnas écrit par Guy Suire "petit précis du parler girondin."

05.10.2007

Le parler bordelais

Des mots que j'ai dit moi-même souvent et que je dis toujours d'ailleurs :

BADER : (gascon) Bailler aux corneilles, rester bouche bée.

BAILLE n.f. : L'eau, le récipient dans lequel on met l'eau. Autrefois, pour laver les enfants, on coupait en deux un tonneau pour obtenir une baille. Par extension, tomber à la baille (à l'eau.)

BAILLOT n.f. : Panier en bois à fond rectangulaire où les coupeurs mettent le raisin.

BAÏNE n.m. (gascon) : Sur le littoral aquitain, forte allongée creusée par la mer sans être isolée; cause de nombreuses noyades d'estivants.

BARRE n.f. : Plaisanterie (mais aussi on appelle ainsi les courtilières) Elle est bonne cette barre !

BARRIERE n.f. : A bordeaux, désigne les limites de la ville comme "les portes" à Paris.

"Raymond descendait à la barrière Saint-Genès et par les boulevards, gagnait son collège (François Mauriac, Le désert de l'amour.)

BAVASSER : parler pour parler.

Peu de gens dans ma région disent encore ces mots et c'est bien dommage.
J'aimerais bien les faire revivre l'espace d'un instant.

25.09.2007

Bordeluche

Aujourd'hui ce seront quelques mots du Bordeluche que je vous offre.

Aronde n.m.
L'hirondelle. Lironda en gascon du Médoc. Ironda dans le reste de la Gironde.
On ne doit pas les manger car ce sont les "poules du bon Dieu." Leurs nids sont un heureux présage pour la maison où ils sont contruits.

Attaque (être d'attaque) Etre prêt à attaquer un travail important ou n'importe quoi d'autre.

Aubarasse n.f. (origine gasconne)
Champignon comestible qui pousse sur l'aubier.
Vu la forme de pavillon déployé que prennent certaines têtes de champignon, une aubarasse est aussi, au sens figuré, une oreille.
"Ces aubarasses qu'il a celui-là !"

18.09.2007

le Bordeluche

Aujourd'hui où le Français s'anglicise à bloc, au point que même nos "papi et mamie" d'autrefois deviennent des "papy et mamy" anglicisés, je vais revenir au language ou au "parler" de ma région qui est la "région bordelaise." Ce "parler" est un mélange de gascon et d'Espagnol, un peu d'argot local aussi.

Guy Suire a écrit trois livres à ce sujet . "Les mots d'ici", "Le grand fagnas", et "Le parler bordelais."

Ce language n'est plus connu par grand monde dans ma région car les anciens sont morts ou partis ailleurs et les nouveaux arrivants ne connaissent rien de nos mots. Je vais vous en expliquer quelques-uns au fil des jours.

ABAT-D'EAU : veut dire averse subite et copieuse. De l'eau qui s'abat en quantité et avec force comme le mot le dit si bien.

AFFREUSETE : Néologisme bâti à partir du radical français ou calque espagnol ? (affrosidad) Cela veut dire que c'est une chose affreuse mais en plus fort.

ADIEU : Cela veut dire : Bonjour ! aux personnes que l'on tutoie. Ce mot se veut amical et affectueux. "Quand les gens de Paris s'abordent, ils se disent : "Bonjour." Ici c'est le contraire. On se dit "Adieu" en s'abordant.

ARITHMETIQUE : Tout le monde sait ce que ce mot veut dire. Mais ici une comptine a été faite par RUZE au début du siècle dernier :

"L'arithmétique est une mécanique
qui donne la colique
à tous les catholiques
de la rue Judaïque
et même aux protestants
de la rue Monéjean

(Ecole Nuyens, 1910-1913)