27.06.2009
Théophile Gautier
A lire le premier couplet à gauche, puis le deuxième à droite, etc. :
Quand à peine un nuage, Quand les couleuvres souples
Flocon de neige, nage Se promènent par couples
Dans les champs du ciel bleu, Dans les fossés taris ;
Et que la moisson mûre, Quand les grenouilles vertes,
Sans vagues ni murmure Par les roseaux couvertes,
Dort sous le ciel en feu ; Troublent l’air de leurs cris ;
Aux fentes des murailles Qu'il fait bon ne rien faire,
Quand luisent les écailles Libre de toute affaire,
Et les yeux du lézard, Libre de tous soucis,
Et que les taupes fouillent Et sur la mousse tendre
Les prés, où s’agenouillent Nonchalamment s'étendre,
Les grands bœufs à l’écart, Ou demeurer assis ;
Et suivre l’araignée, Ou le duvet qui flotte,
De lumière baignée, Et qu'un souggle ballotte
Allant au bout d’un fil Comme un grand ouragan,
À la branche d’un chêne Et la fourmi qui passe
Nouer la double chaîne Dans l'herbe, et se ramasse
De son réseau subtil, Des vivres pour un an.
Le papillon frivole, Et puis s'écouter vivre,
Qui de fleurs en fleurs vole Et feuilleter un livre,
Tel qu’un page galant, Et rêver au passé
Le puceron qui grimpe En évoquant les ombres,
À l’odorant olympe Ou riantes ou sombres,
D’un brin d’herbe tremblant ; D'un long rêve effacé.
Et battre la campagne, Vastes amphithéâtres
Et bâtir en Espagne De montagnes bleuâtres,
De magiques châteaux, Mers aux lames d'azur,
Créer un nouveau monde Villes monumentales,
Et jeter à la ronde Splendeurs orientales,
Pittoresques coteaux, Ciel éclatant et pur.
Jaillissantes cascades, Avec sa châtelaine,
Lumineuses arcades Qui regarde la plaine
Du palais d’Obéron, Du sommet des donjons,
Gigantesques portiques, Avec son nain difforme,
Colonnades antiques, Son pont-levis énorme,
Manoir de vieux baron Ses fossés pleins de joncs.
Et sa chapelle grise, Et sur les hallebardes
Dont l’hirondelle frise Et les dagues des gardes
Au printemps les vitraux, Un éclair de soleil,
Ses mille cheminées Et dans la forêt sombre
De corbeaux couronnées, Lévriers en grand nombre
Et ses larges créneaux, Et joyeux appareil.
Chevaliers, damoiselles, Voici le cerf rapide,
Beaux habits, riches selles Et la meute intrépide !
Et fringants palefrois, Hallali, hallali !
Varlets qui sur la hanche Les cors bruyants résonnent,
Ont un poignard au manche Les pieds des chevaux tonnent,
Taillé comme une croix ! Et le cerf affaibli,
Sort de l’étang qu’il trouble ; Son oeil plein de sang roule
L’ardeur des chiens redouble : Une larme qui coule
Il chancelle, il s’abat. Sans toucher ses vainqueurs ;
Pauvre cerf ! son corps saigne, Ses membres froids s'allongent ;
La sueur à flots baigne Et dans son col se plongent
Son flanc meurtri qui bat ; Les couteaux des piqueurs.
Et lorsque de ce rêve Gazouiller la fauvette
Qui jamais ne s’achève Et chanter l'alouette
Mon esprit est lassé, Au milieu d'un ciel pur ;
J’écoute de la source Puis je m'endors tranquille
Arrêtée en sa course Sous l'ondoyante asile
Gémir le flot glacé, De quelque ombrage obscur.
Bon week-end à tous et toutes si je ne mets pas d'autre note...
06:55 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note




Commentaires
Poésie agréable à lire.... j'ai bien aimé en ce début de matinée !!!
Bon, je redescend de ce petit nuage....
bisou et bonne journée !!!
Ecrit par : Marylène | 27.06.2009
je repasserai lire. Maintenant je vais en cuisine !!
Bonne journée avec bises !!
Ecrit par : patriarch | 27.06.2009
Bonjour toi!
Merci pour ta petite visite chez moi. Quelle jolie bannière tu as. Aujourd'hui il fait un temps de canard chez moi. Nous passerons le week end en ville. Je reposerai ma cheville. J'ai aimé ta note sur la Saint-Jean Baptiste que je vais imprimer pour la faire circuler. Malheureusement, ici au Québec on est en train de la politiser et c'est malheureux. Je suis très contente d'avoir lu ta note. Un gros merci.
Je reviendrai te visiter.
Ecrit par : Pierrette | 27.06.2009
ça me fait penser à cette poésie
ormes chênes ou tremble
nul arbre ne tremble
au loin le bois semble
un étang qui dort
et dedans la vase
ouvrant en extase
leurs yeux de topaze
chantent les crapaux.
Un souvenir lointain d'école sans doute.Bises Aliette
Ecrit par : heraime | 27.06.2009
Tu nous as fait lire en biais ; je ne connaissais pas ce mode de lecture et qui plus est venant de Théophile Gautier. Bises de miche
Ecrit par : miche | 30.06.2009
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