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10.11.2008

LA FAILLITE (3-6)

          Reste le notaire...

          Mais celui-là ne leur fait pas peur. Ils sont un groupe de sept maintenant et, quoi qu'il arrive, ils iront jusqu'au bout et termineront le travail avec les honneurs. Le sujet a été évoqué durant la soirée au restaurant. Il sont libres un jour encore et ils veulent bien faire une descente en règle chez lui. Cela les amuse à présent. Enzo sait qu'il sera à son bureau toute la journée, retenu par des actes à faire signer, des successions, tout le tintouin habituel d'un notaire. Il leur suffira d'envahir sa salle d'attente, de parler fort, de bouger, en somme de gêner la bonne marche de son étude, et ce sera bon.

          La soirée a été animée. Ils ont beaucoup ri, chanté et bu et ils se sont couché tard.

          Arrive le moment crucial où ils doivent se retrouver chez le notaire. Il est 14 heures et ils arrivent presque à la queue leu leu... Chacun, dès son arrivée, s'installe sur une chaise. Ainsi, il n'y a plus de places assises pour les quatre personnes qui arrivent à leur suite pour une succession. Les personnes se regardent et commencent à faire grise mine.

          La secrétaire s'affole :

-- Mais que faites-vous là messieurs ? Vous n'aviez pas rendez-vous que je sache !

-- Non ! Vous avez raison madame. Nous n'avions pas rendez-vous mais nous sommes là quand même, comme vous voyez.

-- Alors, pourquoi êtes-vous là ?

-- C'est une affaire entre nous et votre patron.

-- Vous ne voulez pas me dire pourquoi ?

-- Dites-lui seulement que sept hommes sont là et veulent être reçus le plus rapidement possible sans attendre. Il a d'ailleurs intérêt à nous recevoir avant son premier rendez-vous s'il ne veut pas avoir plus de problèmes.

-- Vous me faites peur avec vos menaces, je vais appeler la police.

-- Faites, madame ! Appelez-là la police. Elle est au courant. Une plainte a été déposée avec preuves à l'appui. Cela ne fera que nous faciliter les choses. Ainsi, votre patron pourra les suivre, les menottes aux bras.

          Les personnes qui attendent se regardent avec des airs effarés. Ils se demandent s'ils ne vont pas repartir. Cette affaire est très louche ; surtout si, en plus, il est question de mettre des menottes au notaire !

          C'est ce moment que choisit le notaire pour se montrer.

-- Mais qu'est-ce qui se passe ici ? Pourquoi avez-vous laissé entrer ces gens qui n'ont rien à faire chez moi, dans mon étude ? Vous perdez la tête Juliette ?

-- Mais, monsieur !

          Ils se lèvent tous les sept et entourent l'homme. Ils le serrent de près. Enzo dit :

-- Vous avez intérêt à nous recevoir immédiatement et sans attendre, monsieur, sinon...

-- Sinon ?

-- Vous verrez, ce sera rapide et sans douleur pour vous, mais cruel pour vos affaires et votre renommée.

-- Bon, entrez ! Madame, messieurs, dit-il à ses clients qui sont là, j'en ai pour dix minutes et tout sera réglé. Veuillez avoir l'amabilité de m'attendre. Ce n'est qu'un petit problème à régler avec des voyous et je reviens.

          Ils entrent tous dans le bureau qui est presque trop petit pour la foule des forains. Ils sont serrés les uns contre les autres comme des sardines. Enzo, encore lui, parle :

-- Bon, monsieur le notaire, vous ne savez pas pourquoi nous sommes là ?

-- Non, je ne vois pas... Mais vous m'ennuyez beaucoup. Qu'est-ce que c'est cette histoire d'envahir mon étude comme ça. Vous êtes des mal élevés et des perturbateurs et je n'aime pas ça du tout.

-- Ah bon ! Vous n'aimez pas ça ! Tiens, tiens ! Nous n'aurions pas cru. Parce que nous non plus, nous n'aimons pas ce que messieurs B. et P. ont fait à notre neveu Jules, le plombier. Tout ça parce que vous lui deviez de l'argent. Il ne méritait pas la correction qu'il a reçue. Nous aimerions bien vous donner la même correction et vous abîmer votre belle gueule de faux témoin. Mais nous sommes bons princes. Si vous nous faites le chèque que vous lui deviez, augmenté des intérêts de retard et multiplié par deux pour l'indemniser des coups qu'il a pris, nous voulons bien vous laisser tranquille. Vous voyez ce que je veux dire ! Simplement un chèque de ce montant.

          Le notaire regarde la somme, devient blanc, puis rouge de colère, mais il préfère se taire et prendre dans son chéquier, un chèque qu'il noircit de son écriture serrée. Il le tend à Enzo qui sourit et dit :

-- Eh bien ! Voyez monsieur le notaire véreux, ce n'était pas la peine de tant jacasser, tant rouler les mécaniques, tant faire le mariolle. Juste un chèque bien écrit, bien signé, et bien honoré à la banque nous suffit. Vous n'entendrez plus parler de nous sauf si la banque venait à le refuser. Mais nous savons que vous ferez le nécessaire pour qu'elle ne le refuse pas, ce chèque, la banque !

-- Nous vous laissons, monsieur, et nous vous quittons sans vous saluer. Dommage, car nous nous amusions bien en votre compagnie. Et nous aurions bien aimé vous filer une belle trempe comme celle qu'à reçue mon fils, dit Albert. Cela nous aurait fait bien plaisir.

          Chacun attrape un des dossiers qui encombrent son bureau et le jette par terre. Leur contenu s'éparpille dans la pièce au grand désespoir du notaire qui est prêt à pleurer de ce grabuge. Mais ils se mettent à rire à gorge déployée.

-- Voilà ce qui arrive quand on se conduit mal, monsieur ! La prochaine fois que vous prendrez un artisan pour faire votre travail, prenez bien soin de le payer immédiatement. Vous voyez ce qui arrive aux mauvais payeurs et qui en plus font donner des corrections indues.