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07.11.2008
LA FAILLITE (3-5)
Après que Enzo ait envoyé le SMS, il s'éloigne un peu du groupe pour regarder dans l'allée. On dirait qu'il attend quelqu'un. En effet, là-bas, on voit arriver un couple, main dans la main.
A leur vue, les deux hommes se lèvent d'un seul mouvement, étonnés, effrayés, surpris...
-- Mais... Rosa ! Comment se fait-il ? dit l'un.
-- Toi... Rosa ! Si je m'attendais, dit l'autre.
Chacun a prononcé le prénom de la jeune femme, montrant ainsi qu'ils la connaissaient. Oui, c'est vrai, ils la connaissent ! Mais chacun ne pourrait en parler si on le leur demandait. Pour chacun elle est une intime de façon différente mais aussi de façon inavouable. Elle est la fille cachée du procureur, et l'ex-maîtresse (cachée naturellement) de l'avocat, qui est marié et qui ne désire pas que sa femme le sache. Ils se rasseyent d'un commun accord, sidérés. Mais comment ça se fait ? Que leur arrive-t-il ? Le monde entier se serait-il donc ligué contre eux ? Les pauvres !!!!
Sans attendre, ils prennent leur chéquier et un stylo et remplissent le chèque rapidement, du montant qui leur a été demandé tout à l'heure, sans plus faire d'histoires. Chacun, en même temps, tend la main pour remettre le chèque tant attendu, du montant demandé.
-- Eh bien, Voilà ! Ce n'était pas si difficile que ça, vous voyez bien ! Il a juste suffit que vous voyiez Rosa ! Ce n'est pourtant pas une terreur. Mais elle a réussi à vous faire assez peur pour qu'enfin vous vous exécutiez. C'est marrant quand même. Auriez-vous peur des souris ?
Ils ne répondent rien à l'ironie d'Enzo. Ils demandent :
-- Bon, maintenant, nous pouvons partir ?
-- Attendez, dit Albert. Nous n'en avons pas fini avec vous. Avant de se quitter, nous voulons les noms et les adresses des deux malfaiteurs qui ont tabassé Jules en le laissant au sol dans un état déplorable et douloureux. Vous avez payé pour cela et sans faire de difficultés. C'est tout de même bizarre ! Ensuite, vous pourrez rentrer chez vous, auprès de vos chères épouses. Il n'y aura plus aucun barrage. Nous n'aurons plus qu'à attendre que ces deux chèques soient effectivement payés.
Enzo leur tend un carnet :
-- Tenez, écrivez là-dessus les coordonnées de ces deux vauriens et ce sera bon.
Ils les voient écrire, l'avocat pour un des deux voyous, le procureur pour l'autre.
Ils se lèvent de leur siège, pas très rassurés car ils savent que, maintenant qu'ils ont vendu la mèche quant aux agresseurs de Jules, ils vont risquer de ce côté-là aussi. Peut-être regrettent-ils de s'être mis dans ces sales draps. En fait, s'ils calculent bien, leur refus de payer le plombier au départ ne leur a fait faire aucune économie, au contraire ! Cela leur coûte même très cher en argent et en retombées de toutes sortes. Plus cher que s'ils s'étaient bien comportés. Comme quoi, quitter le droit chemin, parfois, peut amener de graves ennuis. Ils savent que le notaire est dans ce bain lui aussi et qu'il aura très bientôt des ennuis, tout comme eux.
-- Une dernière chose avant que vous ne partiez, surtout, n'avertissez pas le notaire. Il vaut mieux pour vous. Nous comptons sur votre discrétion afin que notre action auprès de lui ne soit pas refroidie.
-- Pour ma part, répond le procureur, je pensais l'avertir. Je pense qu'il préférera vous faire porter son chèque plutôt que d'avoir votre visite. Qu'en pensez-vous ? Si vous recevez son chèque à votre adresse ?
-- Justement pas ! Nous ne voulons donner aucune adresse, préférant rester anonymes. Nous irons nous-mêmes le chercher ce chèque chez lui, à son étude. Et je vous assure qu'il a intérêt à le préparer. Et du même montant que les vôtres. Nous ne tergiverserons pas sur ce point. Mais ne vous en occupez pas. Nous sommes assez grands pour faire nos commissions nous-mêmes.
Et ils se sont éloignés, un peu raides, un peu empruntés, on s'en doute, après cette garde à vue très spéciale et dont ils n'avaient jamais eu connaissance.
Il faut dire ici un petit mot sur la façon dont Rosa s'est retrouvée dans cette action. C'est parce que, la veille, elle a téléphoné à Jules qui lui a raconté ce qui lui était arrivé. Il lui a donné les noms des trois hommes responsables de ses ennuis. Elle lui a alors parlé de ses relations spéciales avec ces deux hommes et lui a proposé son aide. Elle se doutait bien que si elle se présentait devant eux, cela suffirait à les débloquer. Ainsi fut fait !
Jules a apprécié sa franchise. Avouer ce genre de choses n'était pas facile. Mais elle l'a fait ! Ce qui prouve bien qu'elle n'est ni tordue ni dissimulée. C'est beaucoup mieux ainsi ! Il faut ajouter que s'ils se connaissent tous ou presque, les clients de Jules, c'est tout simplement parce qu'ils se le sont recommandés les uns aux autres, contents de son travail. Et ensuite, cela les a amusés de se jouer de lui (sauf Rosa qui, rappelons-nous, ne s'est pas montrée voleuse.)
Jules décide, pour les remercier, de les inviter tous au restaurant afin de fêter cette réussite. Albert passera chercher Madeleine pour qu'ils soient au grand complet. Quelle bonne soirée en perspective...
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