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06.11.2008

LA FAILLITE (3-4)

-- Messieurs, dit Albert, vous savez pourquoi vous êtes là ?

-- Non, non ! Disent-ils ensemble !

-- Eh bien ! Nous allons éclairer votre lanterne, bien que nous sachions parfaitement que vous vous en doutez. Il y a quatre jour, mon fils Jules a été attaqué par deux malfrats commandités par vous deux plus un autre, un notaire apparemment. Tout ça pourquoi ? Pour ne pas payer une somme due à mon fils, plombier, et qui vous a installé une salle de bains luxueuse pour laquelle vous n'avez pas encore donné le moindre sou. Maintenant, vous savez la suite ?

          Les deux hommes se regardèrent avec un air de connivence. Ils voudraient bien faire comme s'ils ne savaient pas. Cela les arrangerait. Ils voudraient passer pour victimes, ce serait mieux pour leur honneur bien en péril à l'heure qu'il est.

-- Vous ne répondez pas, ce qui vaut acceptation. Bien sûr vous savez. Alors maintenant, nous allons passer à la phase "ACTION". C'est-à-dire, je vais vous donner le compte de ce que vous deviez à Jules, cette somme est augmentée des intérêts et, pour le dédommager des coups et blessures que vous lui avez infligés par l'intermédiaire de deux gangsters, qui ont eu toute facilité de s'en prendre à une seule personne, cette somme a été multipliée par deux. A vous maintenant de signer le chèque adéquat. Chacun va signer gentiment son chèque. J'attends.

          A l'énoncé de la somme qu'ils doivent payer, qui est importante ainsi gonflée, alors qu'ils ne voulaient pas payer l'ancienne somme tout à fait acceptable pour des gens bien rémunérés comme eux, les deux énergumènes, sur le banc, passèrent par toutes les couleurs du prisme. Mais ils ne firent aucun geste.

-- Vous avez bien entendu ce que je vous ai dit. Maintenant, nous attendons votre chèque. Mais nous n'attendrons pas jusqu'à demain. Il faudrait que vous vous dépêchiez un tant soit peu. Notre patience a des limites. Si vous les dépassez, il risque bien de vous arriver de sérieux ennuis ; là, tout de suite.

          Les six hommes qui attendent, en cercle autour du banc, se rapprochent d'un pas sur un claquement de doigts d'Enzo. Si rien ne bouge, ils se rapprocheront d'un pas de plus et ainsi de suite jusqu'à être carrément contre eux. A ce moment-là, ils lèveront leur gourdin et alors, gare !

          L'un des deux hommes tente une esquive :

-- Je n'ai pas de chéquier sur moi, je ne peux donc pas faire ce chèque.

          Enzo claque des doigts pour la deuxième fois. Les six font un pas de plus vers eux.

-- Moi non plus dit le deuxième.

          A ces mots, Enzo fait un geste signifiant "Fouillez-les !" Aussitôt, deux des hommes prennent chacun l'avocat par les épaules, pendant que celui qui reste le fouille. La même chose se passe pour le procureur. Ils ne mettent pas longtemps à découvrir le chéquier dans la poche intérieure de leur pardessus.

-- Vous voyez bien que vous les aviez vos carnets de chèques. Le contraire nous aurait étonnés. En plus de tout ce que l'on pourrait dire sur vous, vous êtes donc de beaux menteurs. Maintenant, assez rigolé, vous remplissez ces chèques.

          Voyant l'immobilité de ces individus malhonnêtes, capables de tout mais aussi têtus et craignant qu'ils ne se soient transformés en statues de sel,  Enzo clique sur son portable et envoie un SMS. C'était prévu. Enzo avait pensé à toutes les situations, même et surtout celle de la résistance de ces durs à cuire. Enzo regarde Albert et tous deux se font un petit sourire en coin, un sourire de connivence.

A qui ?

Vous le saurez demain...