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31.10.2008
LA FAILLITE (15)
Dès que le docteur est reparti, Jules revient s'asseoir auprès de ses "parents." C'est tellement bon de pouvoir dire "mes parents." Son visage est éclairé d'une lumière nouvelle. Aussitôt, Madeleine reprend la parole :
-- Je t'avais appelé Julius mais sans doute tes parents adoptifs ont-ils préféré franciser ce prénom en te donnant celui de Jules ? C'est très joli aussi. Ainsi nous avons un fils Albert ! Tu te rends compte ? Un fils miraculeux nous est tombé du ciel ! Merci mon Dieu ! Tu es un forain Julius, le sais-tu ? Ça change tout. Tu es des nôtres, de notre communauté. Ton père était forain lui aussi. Ainsi tu es un forain cent pour cent, un forain pur jus.
-- Je n'aurais pas cru que l'on me dirait cela un jour. Mais au fait, c'est peut-être pour ça que je suis si doué sur les marchés. C'est un don acquis de naissance.
-- Oui, Julius, c'est sûrement pour cette raison. Je vais donc pouvoir faire en sorte que nos gens te rendent service pour aller récupérer ton argent chez ces personnes peu recommandables et qui te le doivent depuis de longs mois. De plus, ils les puniront d'avoir osé te donner une leçon que tu ne méritais pas. Dès demain, je vais prendre des contacts. Je vais voir ce que nous pouvons organiser comme expédition punitive. Crois-moi, ils vont regretter. J'ai déjà vu les miens faire ce genre d'action. Je te promets, ça ne rate pas ! Et ils ne sont pas tendres dans un cas comme celui-là ! Ils savent faire cracher. En principe, ils arrivent à leurs fins et sont respectés. Tu sais Julius, nous les forains, nous réglons nos problèmes nous-mêmes, sans passer par la justice. Et les résultats sont bien meilleurs. De plus, cela ne nous coûte rien, ce qui est appréciable.
-- Merci maman pour ce que tu pourras faire ! Je peux te tutoyer ?
-- Oh oui, et moi, est-ce que je peux t'appeler Julius ?
-- Oui, maman, appelle-moi comme tu voudras. Julius, c'est très joli. Et puis, c'était mon prénom de naissance, celui que tu m'avais donné surtout, il a donc la priorité, au moins pour toi. Cela me fait bizarre de t'appeler "maman" mais c'est bon en même temps.
-- Continue ainsi cher fils. J'ai plaisir à entendre ce mot... J'en ai été privée toute ma vie.
Le thé fini, ils se lèvent. Madeleine glisse son bras sous celui de Jules "son Julius" retrouvé. Son visage est épanoui. Ce n'est plus la même. Un éclat particulier l'éclaire maintenant. Elle dit à Jules :
-- Veux-tu coucher chez nous ce soir ? Je te donne la chambre au second, à côté du grenier. Tu verras, tu l'aimeras. C'est normal que notre fils couche chez ses parents, n'est-ce pas ?
-- Oui maman, avec grand plaisir !
Elle monte l'escalier avec lui jusqu'au second et lui montre la chambre qu'il a déjà vue avec Albert. Mais Madeleine ne le sait pas, donc Jules décide de ne rien lui dire dans l'immédiat. Il ne veut pas gâcher ses premiers moments avec sa mère retrouvée et qu'il aime déjà tant.
-- Tiens, voilà ta chambre Julius. Restes-y autant que tu voudras. Tu es chez toi ici. Tu pourras l'arranger à ta façon. Sois tranquille, il ne pourra plus rien t'arriver de mauvais à partir de ce soir. Nous sommes là pour te protéger et arrondir tous les angles qui pourraient se présenter pour toi. Ta vie va prendre un grand tournant.
Elle se hausse sur la pointe des pieds et lui pose un baiser sonore sur la joue. Jules est ému et se sent très très heureux et dès que sa mère a tourné le dos, il s'allonge sur le lit et s'endort comme un bienheureux. Un homme comblé.
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30.10.2008
LA FAILLITE (2 - 14)
Tous trois sont assis autour de la table pour prendre le thé quand Albert dit :
-- Au fait, Madeleine, tu ne sais pas que Jules a, sur l'omoplate droite, la même tache que toi, la même grosseur, la même couleur, tout !
Madeleine réagit intensément, son émotion est très forte. Elle pose sa main sur son coeur, rougit, blêmit, se lève, se rassied.
-- Tu m'as entendu, Madeleine ? Tu ne dis rien ?
-- Eh bien ! C'est que...
-- Quoi donc, ma douce ? C'est que quoi ?
-- Oh ! Albert, ne me secoue pas comme ça ! Jules, vous aviez bien des parents ?
-- Oui, des parents adoptifs. Je suis né d'une mère qui a accouché sous "X" et je n'ai jamais su qui c'était ! J'aurais bien aimé, mais cela s'est avéré impossible. J'ai effectué des recherches quand j'avais 18 ans, qui n'ont pas abouti. Cette marque pourrait être un signe ou même une preuve que nous avons, vous et moi, un lien de parenté. Seule une mère peut transmettre une telle tache à son propre fils. Qu'en pensez-vous ?
Il regarde Madeleine tendrement, un grand espoir dans le coeur, et voit des larmes dans les yeux qu'elle pose sur lui.
-- Oh Julius ! Ainsi donc tu serais mon fils ?
Elle se tourne vers Albert :
-- Albert ! Je ne te l'ai jamais dit, mais oui, c'est exact, j'ai accouché sous "X" à 22 ans et j'ai dû abandonner l'enfant que j'aie mis au monde ce jour-là et que j'aie appelé : Julius. Ma mère et ma grand-mère m'ont obligée à le faire. C'était une période difficile pour nous tous. Je n'étais pas mariée et elles n'admettaient pas que je puisse avoir un enfant de cette façon. Elles ont été très dures toutes les deux avec moi. J'en ai beaucoup souffert et je n'ai plus jamais voulu en parler à personne. J'ai gardé cette grande souffance au fond de moi depuis toutes ces années.
-- Même pas à moi ? Malgré l'amour que nous avions l'un pour l'autre, que nous avons toujours d'ailleurs.
-- Oh Albert ! Je te demande pardon, à toi aussi Julius, je te demande pardon pour ce que je t'ai fait. Mais en parler était au-dessus de mes forces. Cela aurait fait remonter à la surface ce remords, ces regrets, toute cette frustration qui a été la mienne pendant ces longues années et que vous ne pouvez pas imaginer.
-- Trente cinq ans ! C'est mon âge ! C'était une bonne chose que je sois venu frapper chez vous, alors que j'étais à la rue, un clochard sans avenir, sans espoir, sans rien ! Est-ce que je n'aurais pas été poussé par une force extérieure à moi ? Pourquoi pas ? Et cette force m'aurait poussé à venir devant ce portail, là-bas, à parler avec Albert qui a tout de suite été très sympathique avec moi !
-- Tu étais un clochard, Julius ? Comment se fait-il Albert, tu m'as raconté que c'étaient les services de l'ANPE qui te l'avaient fait connaître ?
-- Je ne pouvais pas te dire la vérité Madeleine. Vu la façon dont tu l'avais rabroué au début.
-- Oui, c'est vrai ! J'ai été très dure avec toi Julius. Mais là j'avais une excuse, j'étais encore malade.
Elle se lève et s'approche de lui, le prend par les épaules, l'embrasse sur les cheveux, soulève le peignoir et voit la tache pareille à la sienne, s'écrie : oui c'est bien la même, lui murmure des mots d'amour, ces mots qu'elle n'a jamais pu lui dire :
-- Mon enfant, mon bébé, mon amour, pourras-tu me pardonner toute la souffrance que je t'ai infligée ?
-- Bien sûr, ma chère mère. Parce que j'ai été un enfant très heureux avec mes parents. Je n'ai que de bons souvenirs avec eux. Je n'ai donc rien à vous pardonner, maman ! Vous l'avez dit, cela vous a été imposé. Et voilà que, maintenant, alors que je me croyais orphelin pour toujours, je me retrouve en famille avec une mère et peut-être un père, hein, Albert ?
-- Oui, oui ! Bien sûr, je serai ton père, cela ne fait aucun doute.
A ce moment-là, on sonne à la porte. Madeleine ouvre au médecin qui a été appelé.
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29.10.2008
LA FAILLITE (2 - 13)
-- Jules, la tache que tu as là, sur l'omoplate, je la connais bien, Madeleine a exactement la même, couleur, forme, tout y est. La botte de l'Italie.
-- Ah bon ? Comment ça se fait ?
-- Eh bien, je ne sais pas, mais c'est très curieux ! Bon ! Est-ce que tu es bien dans l'eau chaude ?
-- Oh oui ! Merci Albert, cela me fait le plus grand bien. Je sens qu'en sortant ça ira beaucoup mieux. Ils ne m'ont pas épargné les deux mecs, là-bas ! Mais heureusement pour moi, ils m'ont laissé la vie sauve. Car vois-tu, ils auraient très bien pu m'achever.
-- Eh bien ! Apparemment, ils étaient trois de connivence contre toi. Et ce sont les trois, d'un commun accord, qui t'ont fait tabasser. Cela ressemble fort à une "association de malfaiteurs." Mais ils ne vont pas l'emporter au paradis. Tu peux me croire. Je t'y aiderai au maximum de mes possibilités. Nous allons voir, avec Madeleine, ce qu'il est possible de faire.
-- Avec la plainte que j'ai déposée, le constat des policiers, il me reste à aller chez un médecin pour faire constater mes blessures et mes bleus et cela devrait aller. De toute façon, ce n'est pas difficile, il n'y a pas à tergiverser. Cela ne peut être qu'eux puisqu'ils me les ont cités quand ils m'ont donné les coups de pieds. Donc, c'est signé. Mais ils n'ont pas peur. S'ils croient qu'ils seront impunis !
-- Quand tu voudras bien sortir du bain, c'est-à-dire quand tu seras suffisamment détendu pour le faire, dis-le moi, je t'aiderai à descendre retrouver Madeleine qui a dû nous préparer un goûter avec des "petites madeleines" et un bon thé. Cela nous réconfortera à tous.
-- Je pense que je peux sortir et aller prendre ce thé avec vous deux. Il faudrait peut-être que j'aille voir un médecin ?
-- Ne t'inquiète pas pour ça. Madeleine a téléphoné à SOS Médecins. Ils ne vont pas tarder. Dans ton état, c'est normal. Allez, essuie-toi ! Je vais t'aider.
Jules s'enroule dans la serviette mais il évite de se frotter car cela le fait souffrir. Il enfile un slip et s'enveloppe dans le peignoir que lui présente Albert.
-- Allez ! Viens avec moi maintenant. Descendons à la cuisine.
Jules a du mal dans les escaliers mais soutenu par Albert, cela peut aller.
-- Asseyez-vous là, dit Madeleine à Jules. Son bol est rempli d'un thé parfumé et, dans une petite assiette, cinq jolies madeleines dorées l'attendent. Après l'épreuve douloureuse qu'il a subie, voici enfin venu l'instant du réconfort.
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28.10.2008
LA FAILLITE (2 - 12)
Nous voici arrivés à ce fameux jour de la visite de IXE. Jules allume son portable, le place dans la poche intérieure de sa veste et prend le métro pour se rendre au cabinet de ce monsieur. Il sort du métro et arrive dans la rue de l'avocat. Il n'a pas le temps d'arriver devant la porte de cet homme. Deux hommes avec moustaches, lunettes noires et bonnet, l'attrapent chacun par un bras et l'entraînent rapidement dans une petite rue dont il a le temps de voir le nom. Là il reçoit un grand coup sur la nuque. Il s'effondre.
Même au sol, ils continuent à lui taper dessus avec un plaisir évident. Les coups qu'ils donnent leur apportent un plaisir évident. Ils finissent leur travail en donnant chacun de leur côté un coup de pied de cette façon :
-- En voilà un pour monsieur IXE...
-- Un deuxième pour monsieur YGREC...
-- Et un troisième pour monsieur ZEDE...
Ce sont les trois qu'il lui restait à rencontrer et aussi ceux qui lui doivent le plus. Ces sommes lui auraient permis de se constituer un petit capital. Mais apparemment, c'est compromis. Pour l'instant Jules est au sol et il souffre.
Ils s'en vont laissant leur victime très abîmée, dans les vapes et ayant des difficultés pour respirer. Il tente d'ouvrir les yeux et ne voit personne dans la petite rue sombre dans laquelle ils l'ont jeté. Ils ne peut pas bouger tant il a mal et tout mouvement le fait hurler. Il pense vaguement qu'il a été eu et que s'il était attendu, c'était d'une drôle de façon. Deux voyous le pistaient, mais il se demande comment ils savaient que c'était lui ? Avaient-ils sa photo ? Et dans ce cas, comment l'auraient-ils eue ? Impossible d'y répondre, surtout là, dans l'état où il se trouve.
Ses espoirs s'arrêtent puisque c'est ainsi qu'il est payé cette fois-ci. Cette correction qu'il a reçue va le stopper dans sa course. Cela, il l'a bien compris. Et si rien de pareil ne lui était encore arrivé, il fallait bien qu'il s'attende à quelque chose de semblable car tout ne pouvait pas se passer aussi bien partout et toujours. Ce n'était pas possible, cela aurait été trop beau. Or le monde "humain" est loin d'être un monde "trop beau." Tout le contraire ! S'il existe des animaux dits "méchants", que dire des hommes et des femmes ! Ils sont pires que tout sur terre. Et ce sont eux, au final qui resteront les seuls quand toute la flore et la faune aura disparu par leur faute. Et la terre n'en aura plus pour longtemps à survivre et à les subir...
Dans l'immédiat, il tente d'attraper son portable, a du mal à l'atteindre, enfin il le prend dans sa main droite et appuie sur un bouton une fois, puis une deuxième fois et obtient enfin la voix d'Albert.
-- Ah, c'est toi ? Alors, comment ça s'est passé chez ton avocat ?
-- Mal Albert ! Très mal ! Je ne m'attendais pas à ça ! J'ai été rudement corrigé par deux malfrats qui m'attendaient un peu avant chez lui. Aie ! Aie ! Aie ! Peux-tu venir me chercher ? Je suis dans une petite rue à l'arrière, Je vais te dire le nom de cette ruelle. Laisse-moi reprendre mon souffle... (Et il lui cite la rue.) Je suis au sol, je ne peux pas bouger pour l'instant.
-- Je prends un plan, j'arrive.
Albert pense qu'en passant au commissariat de police ce sera mieux et il arrive auprès de Jules avec un policier qui l'a aidé à trouver la rue où ça s'est passé. Ils le soulèvent avec difficultés car Jules souffre de ses côtes surtout où les coups de pied ont fait du mal. Ils le traînent jusqu'à la voiture des policiers et l'emmènent au commissariat pour qu'il tente de faire sa déposition. Il a du mal mais en faisant un effort, il y parvient. A la suite, Albert le ramène chez lui où un bain chaud, qu'à fait couler Madeleine, l'attend. Un bain coloré et parfumé à souhait. Elle le gâte en ce moment cette chère Madeleine. Mais que fera-t-elle d'autre quand elle saura ?
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27.10.2008
LA FAILLITE (2 - 11)
Le marché est fini. Il s'est bien passé. La collaboration entre Albert et Jules a super bien marché et les ventes ont été une fois de plus au rendez-vous.
Jules est revenu chez lui, dans son petit appartement au fond du dépôt et il est en train de téléphoner à l'avocat pour lui rendre visite. Il craint un peu la rencontre avec ces trois personnes. Il décide de commencer par lui et forme le numéro. Une secrétaire lui répond, lui demande ce qu'il désire. Il dit qu'il voudrait un rendez-vous avec monsieur IXE. Elle le lui donne pour le lendemain et lui demande son nom. Il le donne sans méfiance et il ajoute qu'il est le plombier qui a travaillé chez lui quelques mois auparavant. Quel imprudent ce Jules !
Il a téléphoné à la femme du dentiste pendant qu'il était au marché et a obtenu un rendez-vous où il doit aller dans l'instant avec Albert dès qu'il sera revenu. Eh oui ! Fort de son expérience chez la femme du banquier, Il préfère ne pas s'y rendre seul.
Albert revient et ils partent tous les deux. Il a une grande espérance en ce bout de papier que cette femme devrait, lui donner, si tout se passe bien, et qui soldera sa dette.
Arrivés devant la porte de l'hôtel particulier où habitent ces gens assez riches, il sonne et un majordome vient ouvrir. Il fait entrer les deux hommes dans un salon et là, ils attendent. Un quart d'heure passe... Le majordome vient et leur sert un rafraîchissement. Ils ont le temps de boire avant que la dame n'arrive. Ce n'est pas la même femme que l'autre jour. Celle-ci est habillée. Très élégante d'ailleurs. Bien coiffée et parfumée, elle emplit la pièce de son parfum piquant et sûrement coûteux. Ils se lèvent d'un seul élan, mais elle leur demande de se rasseoir. Ils le font d'un commun accord, tout intimidés par la dame très classe qu'ils ont devant eux.
La dame prend place sur un fauteuil en face d'eux, sort le chèque de l'intérieur d'un livre où elle l'avait placé et le tend à Jules :
-- Tenez monsieur, voici le chèque que vous êtes venu chercher. J'espère que la somme est juste, j'ai arrondi pour que vous ne perdiez rien. Dites-moi si c'est bon ?
-- Oh mais oui ! Madame. C'est excellent, je vous remercie. Vous êtes très sympathique.
-- Mais non, ce n'est rien. C'est moi qui m'excuse de ne pas l'avoir fait avant. C'était de la négligence, je le reconnais. Mais j'espère que ceci est réparé à partir de maintenant.
-- Oui, oui ! Bien sûr madame. Je suis satisfait.
Jules se lève, Albert aussi et ils font une légère courbette à la dame afin de prendre congé. Ils quittent la maison accompagnés du majordome et se retrouvent dans la rue, éberlués !
-- Eh bien ! Dis donc ! Toi qui avais peur, ça s'est rudement bien passé, il n'y a rien à dire cette fois-ci.
-- Ah ça non ! Je ne peux pas me plaindre. Je suis très surpris, c'est la première fois que ça se passe aussi bien. J'ai peine à le croire.
-- Et pourtant si, mon cher Jules, c'est bien arrivé comme nous l'avons vu. Tout est vrai, nous n'avons pas rêvé.
-- Demain, Ce sera au tour de l'avocat, IXE. Je pense pouvoir y aller seul.
-- C'est comme tu voudras. Je peux t'accompagner si tu me le demandes.
-- Non, non ! Ce sera bon, du moins je l'espère. On verra bien.
-- Tu m'appelles dès que tu sortiras de chez lui, que je sache.
-- Ok ! A demain Albert.
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24.10.2008
LA FAILLITE (2 - 10)
-- Dis-moi Jules, Madeleine ma demandé de t'inviter à déjeuner avec nous ce midi. Tu n'as rien d'autre ?
-- Non, rien, c'est d'accord ! Elle va donc bien, Madeleine ?
-- Oui, tout à fait bien. Elle a pratiquement retrouvé ses activités à la maison. La seule chose, c'est la fatigue qui la terrasse souvent. Mais je pense que ça aussi, ça s'arrangera. Dis-moi, tu en es où avec tes débiteurs ?
-- Eh bien ! Cela a bien avancé. J'ai touché plusieurs chèques qui m'aident à rembourser ma dette. Plus qu'un seul chèque, ce sera celui de la femme du dentiste que j'irai voir après ce marché, et tout sera payé. Ensuite, il me restera à voir les trois hommes de lois qui eux, s'ils ne me font pas de problèmes, me permettront de placer de l'argent et d'ouvrir un compte en banque et ce sera fini.
-- Tant mieux, tu as bien remonté la pente, je suis content. Je vais pouvoir venir faire le marché avec toi cette fois-ci. Madeleine m'a dit que ça irait, qu'elle pourrait se débrouiller seule. Nous mettrons donc la grande toile et une table de plus, cela nous fera une plus grande surface de vente. Nous rentrerons tous les soirs. Ce n'est pas trop loin. Comme ça Madeleine ne sera pas seule la nuit, c'est important. Tiens ! Voilà le camion qui vient nous livrer ma commande de jeans et le reste qui manquait aussi.
Après avoir déchargé le camion, Jules et Albert sont rentrés pour déjeuner avec Madeleine. Elle a accueilli Jules avec le sourire et l'a même gratifiée de deux bises sonores :
-- Mon mari m'a raconté comment vous vous étiez débrouillé sur les marchés. Cela m'a fait plaisir. Ce n'était pas évident de confier ce travail de but en blanc à quelqu'un que nous ne connaissions pas !
Jules regarde Madeleine avec admiration. Cette femme est très belle. Maintenant qu'elle a repris toute son énergie et qu'elle s'est bien arrangée, maquillée, peignée, elle est superbe. Le repas se passe le mieux du monde. Madeleine a cuisiné elle-même un bon repas et Jules se régale. Il le lui dit :
-- Merci Jules, c'est gentil. Je suis bien contente de pouvoir recommencer à faire la cuisine, un peu de ménage et de repassage. M'occuper de ma maison en fait. C'est super !
-- Je suis ravi pour vous Madeleine.
-- Ainsi Albert va pouvoir aller faire le marché avec vous.
-- Ce sera mieux pour moi, je ne serai plus seul. A deux, nous allons faire un malheur ! Enfin je veux dire, au point de vue des ventes, ce sera terrible.
-- Oui, j'ai vu les derniers résultats, ils étaient excellents.
-- J'ai moi-même été très étonné de voir que cela marchait si bien. Je n'en espérais pas tant.
-- En tout cas, je vous félicite Jules, Bravo !
-- C'est gentil Madeleine. Je suis moi-même satisfait de pouvoir vous rendre service et vous faire plaisir à tous les deux.
-- Il ne tient qu'à vous de rester avec nous pour ce travail. Ainsi, je pourrai rester à la maison car cela me fatiguerait trop maintenant de passer mes journées sur un marché. Par contre, Albert peut y retourner. C'est tout ce que je désirais. Je trouve que j'ai assez travaillé dans ma vie. Le moment est venu de lâcher un peu.
Après ce sympathique repas, ils sont retournés au dépôt continuer de préparer l'étiquetage des vêtements.
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23.10.2008
LA FAILLITE (2 - 9)
Rosa et Jules se sont levés tard, ont pris tranquillement le déjeuner, puis se sont préparés pour rendre visite à la dame du rêve de Jules.
Devant la porte ils sonnent. Une employée de maison vient leur ouvrir, les introduit dans le salon et quitte la maison. Après un moment d'attente, la dame arrive "en nuisette" comme Jules l'avait très bien vue dans son rêve, la même couleur, la même forme, tout y est... Rosa et Jules se regardent et comprennent qu'il avait bien vu les choses. C'était donc bien un rêve prémonitoire. La dame est en tenue légère. Et l'on peut se demander pourquoi ? Mais pour l'heure, elle ne s'émeut pas de les voir tous les deux. Même si elle espérait que Jules soit seul, elle doit penser que la troisième personne ne sera pas de trop pour ses jeux érotiques. Mais de chèque, il n'en est pas question. Jules ne sait trop comment engager la conversation. Rosa lui fait un petit geste auquel il acquiesce. Alors, Rosa parle à la dame :
-- Je vois madame que vous ne vous êtes pas habillée. Remarquez que pour ce que nous sommes venus chercher mon ami et moi, ce n'est pas nécessaire. Cependant, nous n'avons pas le temps d'attendre trop longtemps car nous avons rendez-vous chez le médecin pour notre examen prémarital. Aussi, nous voudrions que vous nous fassiez ce chèque que vous nous devez sans nous faire perdre trop de temps.
-- Mais... que me ditez-vous là ?
-- Vous n'avez pas compris ce que vous a dit mon amie ? Elle vous a dit de nous faire le chèque que j'attends depuis quatre mois, date à laquelle j'ai travaillé chez vous. C'est largement suffisant et que vous soyez à moitié à poil n'y changera rien. Il se lève pour faire plus d'effet et reprend : ce chèque est pressé, je ne peux plus attendre. Donc vous me le faites là, tout de suite, sans nous faire attendre une minute de plus.
Mais la dame ne bouge pas. Elle regarde ses pieds qu'elle doit trouver beaux sans doute. Alors, Rosa se lève elle aussi. Elle s'approche de la dame et lui dit dans l'oreille, en hurlant le plus fort possible :
-- Le chèque !!! Il vous a dit : LE CHEQUE !!!
La dame se lève et dit :
-- Vous ne voulez pas alors ? Cela pourrait être bien pourtant.
-- Bon ça suffit de vos stupidités ! Disent-il d'une même voix. Nous sommes venus pour le chèque, immédiatement !!!
-- Oh ! Mais ça va ! Arrêtez de me casser les oreilles, je vais le chercher ce chèque.
Elle sort de la pièce et ne revient pas. Ils attendent 5, 10, 15 minutes, rien ! Alors, Jules a une idée. Il prend la main de Rosa et se dirige avec elle vers la salle de bains. Ils y trouvent la dame, nue devant la glace, souriante et avenante, inconsciente, un peu débile aussi, ça se voit à l'oeil nu et ils l'ont bien compris.
-- Ah ! Enfin, vous voilà !
Jules entre dans la salle de bains, bouscule la femme nue, attrape le robinet le plus beau, sort une clé de sa poche et dit à la dame :
-- Si vous ne me faites pas ce chèque immédiatement et sans délais, je démonte ce robinet et tous les autres. Vous ne pourrez plus vous servir de votre salle de bains, mais alors plus du tout, parce que ce sera irréparable. C'est bien vu ? Est-ce que vous avez compris ce qui vous attend ?
La dame est apeurée tout d'un coup, il a visé juste Jules, elle craint qu'il mette son projet à exécution. Elle saisit un peignoir, l'enfile et se rend dans le salon. Ils la suivent et la voient en train de remplir le chèque en tremblant. Elle le leur tend :
-- C'est quoi ça ? Dit Jules en colère.
-- C'est le chèque que vous vouliez !
-- Non, pas du tout ! Car le chèque que je veux est plus élevé que ça. Il fait quatre fois plus et, avec les intérêts, le chiffre est de : (X euros) Alors vous refaites ce chèque tout de suite et vous marquez le montant qui est écrit là, sinon vous allez avoir de vrais gros problèmes. J'attends !
La dame pousse un profond soupir, les regarde tour à tour, et enfin se rassoit et fait un deuxième chèque. Le bon cette fois, avec les intérêts que Jules a ajoutés et qui couvrent largement le retard. Jules a pensé bien faire en ajoutant les intérêts de banquier, ceux qu'ils appellent : "Les agios." Normal, pense Jules, il faut parler le langage "banquier" ici, ou alors ça ne vaut rien ! Quoique, la dame ne soit pas en mesure de comprendre ce langage-là non plus. Elle n'a rien dans la tête...
-- Bien, je vois que avez réussi à vous décider à faire ce qu'il fallait. Je n'ai pas eu trop de mal avec vous. Vous êtes assurément quelqu'un d'intelligent et d'honnête. Cela se voit tout de suite quand on vous voit, n'est-ce pas ? Reste que maintenant, ce chèque doit être payé en totalité par la banque de votre mari. Je peux vous faire confiance, il le sera ?
-- Oui, oui ! Bien entendu, monsieur, pour qui me prenez-vous ?
-- Oh ! Madame, mais je ne vous prends pas ! Je vous laisse plutôt à votre triste sort ! Si vous voyez ce que je veux dire.
Et, ensemble, Jules et Rosa quittent la maison en courant. De peur qu'elle ne les en empêche et leur reprenne le bout de papier de valeur qu'ils ont eu tant de mal à obtenir. Après avoir remercié Rosa pour son aide, Jules se rend sans attendre à l'endroit où il a déjà porté les autres chèques et il retourne à la suite chez lui. Le lendemain, il devra préparer les affaires pour son prochain marché qui ne devrait plus tarder. Il a bien avancé, il ne lui reste plus que trois personnes, les trois hommes de lois. Il verra ça au retour de ce marché. C'est presque gagné maintenant, pense-t-il ! Les trois derniers le payeront sans aucune difficulté, il en est sûr ! Il pousse un soupir de contentement. Il ne manque plus beaucoup maintenant pour étancher son débit. Quand il aura tout épongé, il sera le plus heureux des hommes.
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22.10.2008
LA FAILLITE (2 - 8)
Après avoir écrit plusieurs pages, Jules se rallonge. Il pousse un petit roupillon dans lequel un rêve le surprend. En effet, Il voit la femme du banquier, à qui il doit rendre visite le lendemain, l'accueillir en déshabillé et lui faire les yeux doux. Plus que ça même, elle le colle de près. Il sent qu'il ne va pas pouvoir demander un chèque à cette femme qui, visiblement, ne veut qu'une chose : se payer du bon temps et régler sa dette de cette façon. Elle le serre de plus en plus près, il ne peut plus bouger, il est coincé...
Il s'éveille en sursaut en criant : "Nooon !" Il se rend compte que ce n'était qu'un rêve. Il sait qu'il lui est arrivé de faire des rêves prémonitoires. Il doit donc se méfier. Il regarde l'heure : 17 h 50. Hou-là-là ! Il se lève en vitesse, il doit y aller s'il ne veut pas être trop en retard. Il se couvre et sort rapidement.*
Il court, prend le métro, court encore et arrive chez Rosa avec vingt minutes de retard.
Rosa lui ouvre sa porte avec un grand sourire.
-- Je suis un peu en retard, je vais t'expliquer ce qui m'est arrivé. Pardonne-moi !
-- Ce n'est pas grave, Jules, ne t'inquiète pas.
-- Tu es bien jolie ce soir. Tu l'étais déjà la dernière fois, mais aujourd'hui encore mieux.
-- Eh bien ! Nous allons nous installer là et tu vas me raconter ce qui t'es arrivé.
-- J'ai fait un petit somme avant de venir et j'ai eu un rêve "prémonitoire". De cela, je suis sûr. Il s'agissait de la femme du banquier à qui je dois rendre visite demain après-midi. Je la voyais en nuisette ; elle me faisait un gringue pas possible. Je pense qu'elle voulait ainsi éviter de me payer. Je suis sûr que si je vais chez elle seul, je n'aurai rien, que des ennuis. Ce n'est pas la peine. Par contre, si quelqu'un venait avec moi, cela pourrait être bien différent.
-- Tu penses à qui en particulier ?
-- Eh bien ! Peut-être que, si je te demandais...
-- C'est d'accord Jules, je t'accompagnerai demain. Donnons-nous un point de rencontre et j'y serai.
Jules lui donne l'endroit où ils se retrouveront et, ce point réglé, il peut se détendre et profiter de sa soirée avec Rosa qui est une adorable jeune femme. Justement, elle sert l'apéritif et s'assied près de lui.
-- Ne t'inquiète pas, Jules, je ne vais pas te serrer de près. Je sais que tu n'aimes pas cela.
-- Cela dépend avec qui !
-- Que veux-tu dire ?
-- Rien, rien ! Je voulais juste te faire comprendre que la femme du directeur de banque, c'est non. Mais seulement elle...
-- C'est bon, j'ai compris.
Et elle s'approche plus près de lui...
La soirée se passe à merveille. Tout est bien, rien à jeter. D'ailleurs, Jules n'est pas rentré chez lui. Il est resté chez Rosa. Toute la nuit... C'est plus simple, le lendemain ils n'auront qu'à partir ensemble pour aller chez cette fameuse femme, vous savez, celle qui reçoit son plombier en nuisette...
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21.10.2008
LA FAILLITE (2 - 7)
Jules est allé voir la personne qui s'occupe de son compte débiteur et a remis les chèques. Elle a bien voulu les prendre, ces chèques, tant Jules s'est montré convaincant à lui promettre qu'ils seraient tous encaissés sans problèmes. Cet apport est le bienvenu car il va réduire la somme qui apparaît en rouge sur le papier et les intérêts qui ont déjà grossis depuis sa déclaration de faillite. D'autant plus qu'il y a ajouté une partie de l'argent qu'il a gagné et que lui a donné Albert.
Maintenant, rentré chez lui, Jules reprend son cahier et commence par rayer de la liste des personnes "à voir", celles qu'il vient de rencontrer et qui lui ont réglé la totalité de leur dû, mais eux n'ont pas donné d'intérêts. Pourtant, il aurait été normal qu'ils le fassent. Jules ne leur ayant rien demandé, eh bien, c'est lui qui les paiera tout seul ces intérêts. Et encore, doit-il se montrer reconnaissant d'avoir réussi à avoir ces sommes qu'il a dû mendier, ou, à la limite, se révolter et montrer les dents.
En fait il n'a que trois noms à rayer : Rosa, l'agent commercial et le médecin rencontré à l'hôtel où il a logé. Le quatrième, le dentiste, ne lui ayant donné qu'un cinquième de la somme, il ajoute en dessous : "Aller chez lui, demander le reste à sa femme, dans une semaine environ."
Il est très concentré à suivre les autres noms pour voir à qui il va aller faire sa séance de terreur la prochaine fois. Il se sent plein de courage et de bonne volonté ; en fait des ailes lui ont poussé dans le dos. Il pense sincèrement qu'il va lui suffire d'arriver chez les quatre qui restent pour obtenir ce qu'il attend. C'est à ce moment précis de ses pensées que le portable se met à jouer Carmen. Ce qui lui fait dire qu'il a un appel. Il ouvre l'appareil, dit oui et entend la douce voix de Rosa :
-- Jules, bonjour, comment vas-tu ?
-- Ca va bien, je crois, j'en suis sûr, enfin ça va quoi !
-- Dis-moi Jules, es-tu prêt pour venir diner ce soir chez moi ? Cela me ferait très plaisir.
-- Eh bien, pour te faire plaisir, je te réponds oui, c'est d'accord Rosa, à quelle heure veux-tu que je vienne ?
-- Tu peux venir quand tu veux, tôt, par exemple à 18 heures, ça t'irait ?
-- C'est bon, j'y serai. A ce soir !
-- A ce soir Jules.
Il referme son portable, cherche le numéro de téléphone du directeur de banque et l'appelle. Il tombe sur une personne de la banque qui lui dit que ce monsieur est absent pour quelques jours. Manque de chances pour Jules qui se dit qu'il vaut sans doute mieux aller rendre visite à sa femme, là où il a installé la salle de bains.
Il verra demain pour cette visite. Pour aujourd'hui, il a des choses à faire chez lui et veut se relaxer jusqu'à l'heure de se rendre chez Rosa. Il prend une douche, enfile ce qu'il a de mieux et s'allonge un moment. Aussitôt, reviennent à sa mémoire ses souvenirs, pas très lointains, du temps où il était clochard. Il pense qu'il a eu beaucoup de chance. Il aurait pu rester dehors comme tous les autres et y rester de longs mois. Mais il a rencontré Albert qui a été sa chance. Il se relève, prend son cahier et commence à y écrire ses souvenirs depuis qu'il a commencé ce métier de plombier jusqu'à ce jour.
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18.10.2008
LA FAILLITE (2 - 6)
Mais son échec partiel chez le dentiste ne doit pas lui faire oublier qu'en suivant il doit aller chez l'agent immobilier. Ses pas l'amènent jusqu'à son agence qui se trouve à quelques rues.
Il pousse la porte et entre. Une petite jeune femme l'accueille en lui demandant ce qu'il désire. Un petit sourire en coin lui fait penser qu'elle est bien désirable. Mais il n'ose le lui dire. Ce ne serait pas la meilleure entrée en matière. Il choisit plutôt le sérieux.
-- Je désire voir monsieur Untel, avec qui j'ai rendez-vous. Puis-je le voir ?
-- C'est au fond, je pense qu'il vous attend.
Tout en se dirigeant vers le bureau du fond, Jules constate que l'agence est fort bien entretenue et décorée et que cela doit coûter un maximum de fric. Quoique, si les artisans qui lui ont fait l'entretien ont été payés en monnaie de singe comme lui, alors il peut y aller sans se gêner cet homme. Arrivé devant la porte du bureau, Jules a un moment d'hésitation. Puis il frappe à la porte, il entend entrez, s'avance :
-- Bonjour monsieur. Asseyez-vous et dites-moi ce que vous recherchez.
-- Eh bien ! C'est simple, je cherche mon dû si vous voyez ce que je veux dire.
-- Votre dû ?
-- Ah bon ! Je vois que monsieur m'a oublié. C'est marrant comme vous avez l'oubli facile quand il s'agit de payer vos dettes à ceux qui travaillent pour vous.
-- J'ai une dette envers vous ? Ah mais oui, en vous regardant mieux, vous êtes le plombier qui a fait ma salle de bains ? C'est pour ça que j'avais l'impression de vous connaître. Mais dans mon métier, on voit tellement de monde, n'est-ce pas ? Alors, parfois, j'ai l'impression d'avoir déjà vu des gens et ce n'est qu'une impression qui ne se vérifie pas. Mais vous, oui, ça y est, je vous remets maintenant.
-- Bon ! Trêve de discours. Vous parlez très bien mais je ne suis pas venu ici pour vous écouter déblatérer pendant des heures. Je ne veux qu'une chose, mon chèque. Vous me le faites, je m'en vais et c'est tout.
-- Votre chèque ? Mais...
-- Oui, je sais, vous allez me dire que vous avez placé votre argent, que vous n'avez pas de carnet de chèques ici, que vous ne pouvez pas aujourd'hui, tralali, tralala... Alors, je vais vous dire. Je ne repartirai pas de chez vous sans mon chèque. Et s'il le faut, je m'installe dans l'entrée et quand vos clients potentiels entreront, je leur raconterai le pourquoi de ma présence ici et ils pourront repartir quand ils en auront marre de m'entendre leur débiter que vous n'êtes pas un bon payeur, voire même, que vous êtes un mauvais payeur, voire encore mieux, que vous êtes un malhonnête, et bien d'autres choses. Car enfin, il faut être un truand pour ne pas régler une facture d'un tel montant dès qu'elle arrive chez vous, ni régler les relances plus tard. Si vous voyez ce que je veux dire.
-- Bon, bon ! J'ai compris, vous voulez que je paye la salle de bains que vous m'avez installée. C'est d'accord. Je vais vous faire un chèque de la moitié et vous viendrez chercher le reste dans un mois.
-- Non, non et non ! Je veux la totalité ici et maintenant ! J'ai assez attendu vous ne trouvez pas ? Alors là, c'est fini, je ne peux pas attendre un jour, une heure, même pas une minute de plus.
Il se lève très en colère, s'appuie sur le bureau jusqu'à toucher sa figure et lui hurle dans les oreilles :
-- Je suis dans un état proche de la folie. Tel que vous me voyez, je suis capable de tout. Alors ne me cassez plus les pieds et faites-moi ce chèque de la totalité de la facture là, tout de suite, dans l'instant, car je ne sais pas ce qui va vous arriver sinon, mais vous allez le regretter, d'accord !
-- Bon, bon ! Calmez-vous, vous allez l'avoir votre chèque. Ce n'est pas la peine de hurler comme ça.
-- J'attends une minute, pas plus, c'est le temps qu'il vous faut pour le faire ce chèque miraculeux. Et de préférence, un chèque véritable, pas un chèque en bois. On se comprend ?
En vingt secondes, l'homme a fait le chèque. Il le tend à Jules avec un rictus de douleur sur le visage. Ah ! C'est dur de les lâcher... Facile de commander de belles choses mais pas facile de les payer ensuite. Jules prend le chèque et lui demande d'en tirer une photocopie.
-- Voilà, je garde cette photocopie comme preuve de votre paiement. Je vais aller le remettre aujourd'hui et j'espère que ce sera fini entre vous et moi. Que je n'aurai pas à revenir chez vous pour un problème de chèque refusé par la banque par exemple. Parce qu'alors, je vous mets votre agence dans un état, vous ne vous en remettrez pas. Donc vous voyez, monsieur, vous avez intérêt à faire ce qu'il faut auprès de votre banque pour qu'il n'y ait pas d'histoires. On s'est compris là ? Allez bonne journée, monsieur.
A ces mots, Jules tourne les talons et se précipite pour remettre les quatre chèques qu'il a désormais en poche afin de réduire sa propre dette. Il pousse un soupir de soulagement. Il est content de lui, Jules. Il s'est mis en boule et ça a porté. C'est donc comme ça qu'il faut agir. Il a compris.
à mardi pour la suite. Je pars demain et lundi près de Toulouse pour fêter l'anniversaire de mon petit Hugo.
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