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27.06.2008

Suite feuilleton (39)

                                                                                                                                                                               Et le ciel s'embrasa

Chapitre 13

      Le téléphone sonna, Gaëlle reconnut Nicole qui lui demandait comment elle allait.

-- Je vais comme une "fatiguée" de sept mois de grossesse qui était au lit. Encore deux mois à tenir alors que rien ne va comme je le voudrais.

-- Tu penses pouvoir aller au restaurant avec moi demain ?

-- Oui le midi, pas trop loin, pas trop longtemps.

-- Ce sera où tu voudras et le temps que tu désireras. Je viendrai te chercher et tu me raconteras tes misères, d'accord ?

-- Tu es un amour, Nicole,  je t'aime beaucoup.

-- Moi aussi doudou. Repose-toi bien et à demain.

      Elle retourna au lit pour la journée. La prise de sang, elle verrait demain matin. Désormais, Hortense se débrouillait seule, une infirmière venait faire sa toilette le matin pour remplacer Gaëlle qui ne pouvait plus. Les repas était livré par un traiteur et l'aide ménagère venait plus souvent. Gaëlle se laissait dorloter et écoutait Hortense lui parler. Le ronronnement de sa voix l'endormait. Elle vit dans ses rêves son bébé dans ses bras, un petit garçon tout rouge, les yeux gonflés et qui venait de naître. Elle puisait une grande sérénité dans ces petits rêves de jour. Sa main parcourut son ventre, le caressa. Elle sentit bouger "bébé". Elle lui parla, lui dit des choses sans suite pour établir le contact.

      Le lendemain, vers dix heures, Gaëlle s'éveilla enfin, en forme et se rendit à la cuisine. Hortense était là, elle lui sourit. L'infirmière lui fit la prise de sang puis elle se prépara avec soin pour sa sortie entre "copines." Averc Nicole, elles n'eurent que quelques pas à faire pour y être.

      Elles choisirent un menu, papotèrent de choses et d'autres et le repas se passait bien lorsque, juste avant le dessert, Gaëlle sursauta : dehors, dans la rue, une femme, celle de la photo avec la perruque et les lunettes noires.

-- Nicole, je viens de la voir. Elle regardait ici. Elle a tourné au coin de la rue. J'ai peur.

-- Mais qui, Gaëlle ? Qui as-tu vu ? De quoi as-tu peur ?

-- C'est affreux ! Et Gaëlle se mit à pleurer.

-- Explique-moi car je ne comprends rien à tes frayeurs.

      Gaëlle raconta ce qu'elle avait appris sur Paule et les craintes qu'elle avait.

-- Ne nous affolons pas, laisse-moi réfléchir. Elle pointa ses doigts sur ses tempes et s'écria : j'ai trouvé ! Il faut téléphoner au détective, lui saura quoi faire. Il nous ramènera à l'appartement avec sa voiture et nous verrons avec lui ce qu'il convient de faire. Donne-moi son numéro de téléphone, je vais l'appeler moi-même. Il promit d'être là le plus vite possible.

      Elles en étaient au café quand il entra dans la salle. Il salua les deux jeunes femmes de très courtoise façon et s'assit près de Gaëlle en commandant un café pour lui-même.

-- Ainsi, me revoilà prêt à vous servir madame. Confiez-moi vos craintes afin que je vois ce que je peux faire pour que cette angoisse que je lis dans vos beaux yeux disparaisse au plus vite. Quoi qu'il en soit, ne vous faites pas trop de frayeur, tâchez de rester sereine. 

-- Monsieur Nestorim, dès que nous serons rentrés, je vous montrerai les dernières photos que vous m'avez remises et vous comprendrez. Car depuis que vous êtes venu m'annoncer l'entrée de Lina en prison, il y a eu du nouveau. J'ai appris plein de choses dont je dois vous mettre au courant.

      Ils revinrent tous les trois chez Hortense sans problèmes. Gaëlle raconta à Brett pourquoi elle avait eu peur tout à l'heure et à quel point c'était justifié. Elle était sûre d'avoir aperçu la femme de la photo, celle qu'elle pensait être Paule. Si c'était bien elle qui rôdait dans la rue en face du restaurant, cela voulait dire que Gaëlle était menacée. Elle était déguisée comme quand elle ne voulait pas être reconnue, ce qui voulait dire qu'elle avait localisé Gaëlle et qu'elle préparait un mauvais coup qui ne tarderait plus à venir. Après ce que lui avait appris le comptable, cela ne faisait aucun doute.

-- Désirez-vous que je file cette femme ?

-- Oui dit Hortense. Je m'occupe de tout comme d'habitude.

      Le détective se leva, salua et s'en alla. Il avait tous les renseignements nécessaires pour commencer cette nouvelle filature. Gaëlle le conduisit à la porte et revint s'asseoir à la table où Hortense et Nicole étaient pensives. Elle s'excusa et alla s'allonger car elle ressentait une grande fatigue.

      Nicole resta un moment à bavarder avec Hortense puis donna congé et se retira.

   

Chapitre 14

      Hubert s'activait à l'infirmerie de la Trémousse, souhaitant se constituer une semaine ou deux grâce à ses jours de récupération pour après l'accouchement. Il n'avait pas revu Gaëlle depuis le début de l'année. 

      Pour s'instruire sur sa grossesse, elle avait acheté un livre qui retraçait, semaine par semaine, l'évolution du bébé qui avait encore profité depuis la semaine dernière. C'était fabuleux. Il occupait tout le volume de l'utérus. C'était fascinant. Gaëlle soupira à cette lecture. C'était long. Il restait encore du temps avant le terme et ce serait mieux d'y être. Il ne servait à rien de s'impatienter mais beaucoup d'angoisse et de craintes avaient accompagné sa grossesse depuis le début. Tant de peur, de problèmes se faisaient attendre, qu'elle se demanda ce qu'il en serait du bébé. Elle aurait bien aimé le porter dans le calme mais pour cette fois c'était raté. Elle n'avait pas eu un instant de sérénité.

      Elle refusait de mettre le nez dehors depuis le fameux jour de sa sortie avec Nicole. Elle se terrait dans sa chambre ou plutôt dans son lit et faisait à peine le tour de l'appartement trois ou quatre fois par jour par pure nécessité. Hortense était désolée de voir Gaëlle se replier ainsi. Moins aidée, elle devait elle-même préparer ses repas, ranger, faire beaucoup plus de travaux qu'elle n'aurait dû à son âge.

      Lorsqu'elle ressentit, dans la nuit, une douleur à la poitrine, Hortense n'y prit garde. Dans les jours qui suivirent plus rien. Puis, de nouveau, la douleur serra sa poitrine, en fin de journée, comme dans un étau. Elle poussa un gémissement que Gaëlle entendit. Elle se leva aussitôt, prit le téléphone et appela les secours. Elle s'habilla, aida Hortense à en faire autant et toutes les deux furent prêtes à l'arrivée des infirmiers. Ils donnèrent les premiers soins à la malade et la descendirent sur le brancard. Gaëlle la suivit. Arrivées dans la rue, avant qu'ils hissent le brancard dans l'ambulance, Gaëlle se pencha vers Hortense pour l'embrasser.

      Alors, tout se passa très vite.

      Hortense vit arriver la moto au ralenti et le pistolet se braquer sur Gaëlle. Elle eut le temps de crier : "Reculez-vous vite, Gaëlle." Celle-ci s'écarta, sans savoir pourquoi.

      Le coup de feu partit. Hortense devint la cible et le reçut en pleine poitrine. Ce que Gaëlle avait craint pour elle venait d'arriver à Hortense. Elle donnait ainsi le peu de vie qui lui restait pour la sauver. Gaëlle s'évanouit. Les infirmiers la retinrent juste avant qu'elle ne tombe à terre. Ils sortirent pour elle un deuxième brancard. Ils avaient maintenant deux personnes à acheminer aux urgences dont une n'y arriverait pas vivante.

      Brett approchait quand il vit une ambulance devant l'entrée de l'immeuble où il se rendait, chez Hortense Pagine. Puis il vit les brancards et une personne allongée dessus. Il reconnut Gaelle lorsqu'elle se pencha pour donner un baiser à Hortense. Il entendit crier la vielle femme et le coup partir juste au moment où Gaëlle s'écartait.

      En quelques secondes, il avait vu toute la scène. Avec sa rapidité de détective qui ne devait jamais manquer de réflexes, il l'avait immortalisée en plusieurs prises dans son appareil photos qui ne le quittait jamais. C'était son principal outil de travail. Plusieurs clichés de la motarde sur son engin, en train de tirer, développés et aggrandis, seraient une preuve irréfutable et ne pourraient être contestés. Cela ne lui avait pris que quelques secondes. Après quoi, il s'approcha du groupe, bouleversé.

      La nuit était tombée et Hortense ne vivait plus que faiblement. Les ambulanciers montèrent les brancards à l'intérieur de la voiture où Gaëlle prit place aussi et démarrèrent. Ne pouvant imaginer une seconde de laisser Gaëlle arriver seule à l'hôpital, Brett prit un taxi à qui il demanda de suivre l'ambulance. Au moment où il montait dans le taxi, il levar la tête étonné de voir une grande lueur rose éclairer tout à coup le ciel. Ce fut le moment où Hortense expira.

      Gaëlle serait déposée aux urgences afin d'y être examinée. Un médecin verrait Hortense, constaterait son décés et donnerait l'ordre de la conduire à l'institut médico-légal.

      Brett en avait vu d'autres dans sa vie de détective. Cela ne l'empêchait pas d'être inquiet pour Gaëlle. Ce dernier coup qui venait de lui être porté était très dur et avait dû la secouer. Pourtant, ce serait en même temps la fin de ses ennuis. Ses angoisses, liées à cette Paule qui ne tarderait pas à être arrêtée et emprisonnée, avaient atteint des sommets et ne pourraient que décroître très vite. Le sort de cette criminelle était d'aller rejoindre son amie Lina en prison. Il en serait fini de ces deux-là. Par contre, Gaëlle venait de perdre sa vieille amie qui lui avait tant apporté durant les mois passés, les plus difficiles qu'elle ait eus à vivre.

      Il énuméra dans sa tête les tâches urgentes à accomplir dès son arrivée à l'hôpital : téléphoner au commissaire de police et à Hubert. D'autres appels suivraient, un peu moins urgents. Il avait vu la meurtrière et avait des photos pour preuve de sa culpabilité qu'il produirait à la police dès le lendemain. Pour Brett, la femme qui avait tiré ne pouvait être que Paule. Il en avait la certitude. Il n'avait pu voir son visage caché par le casque intégral. Quant à ce corps menu de femme, il l'avait reconnu. Lors de sa filature, il l'avait vue faire de la moto, toute de cuir vêtue, et coiffée du même casque. Il avait aussi des photos.

      Gaëlle arriva à l'hôpital en état de choc moral, sans pour autant souffrir physiquement. Brett la rejoignit après avoir donné les coups de fil prévus. L'infirmière était encore là quand il entra. Après l'avoir aidée à se déshabiller et à passer une chemise de nuit, elle la couvrait chaudement car elle tremblait de la tête aux pieds. Ce fut alors le médecin qui vint l'examiner. Brett ressortit et revint quand le médecin lui fit signe. Gaëlle le rassura sur son état.

-- Chère Gaëlle, vous ne devez pas vous sentir coupable de ce qui est arrivé. Vous avez donné beaucoup de bonheur à Hortense. Elle est partie sereine grâce à vous, c'est tout ce qui compte. Ce qui est le plus important, c'est que vous et le bébé soyez en vie. Vous avez encore quelques semaines à tenir, vous y arriverez. Vous êtes tellement courageuse. 

-- Vos paroles me font du bien.

-- Vous ne m'en voudrez pas de vous avoir appelée par votre prénom. Je ne l'avais jamais fait. Cela m'est venu spontanément, moi c'est Brett. Ce sera plus simple. Ne sommes-nous pas amis maintenant ?

-- Si, bien sûr !

      Il parla jusqu'à ce qu'elle s'endorme. Alors, sur la pointe des pieds, il s'éloigna pour téléphoner encore...

 

(suite et fin demain) 

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Commentaires

Oh la la !!!! on rentre dans le polar bien noir ,pauvre Hortense Gaëlle va avoir du mal à s'en remettre et ce petit qui grandit en elle n'a pas la sérénité qu'il devrait avoir .Espérons que pour la suite de ce feuilleton trés palpitant tout va s'arranger BOnne journée Bises

Ecrit par : lianne | 27.06.2008

Ton Nestorim, ne serait ce pas le sosie de Burma ? Je pense que Hortense en a fait son héritière de la "petite".
J'attends la suite avec impatience !!

Bises !!

Ecrit par : patriarch | 27.06.2008

Qu'elle est palpitante cette histoire, un vrai régal pour nous, maintenant nous sommes accro ...
Bises

Ecrit par : Biche | 27.06.2008

Le décès d'Hortense me chagrine ; j'aurais aimé qu'elle vive un peu plus longtemps. Mais bon, tu as tout pouvoir de vie et mort sur tes personnages : ce doit être grisant.

Je plaisante bien sûr et j'apprécie beaucoup. On n'a pas le temps de s'ennuyer dans ton roman. On passe par tous les possibles.

Bises à toi talentueuse Aliette. A bientôt. Monique

Ecrit par : monique | 27.06.2008

Bonjour,

Quel chagrin pour Gaëlle, Hortense faisait partie de sa famille et elle la considérait un peu comme une aïeule très proche.
Hortense aurait été si heureuse de voir le petit bout qui allait bientôt naître et méritait cette venue car tout au long de la grossesse de Gaëlle elle avait été là, attentive au bon déroulement de la santé physique autant que morale de sa petite protégée. Cela aurait été un peu comme une belle récompense. Elle lui aura sauvé la vie. J'espère que cette meurtrière sans scrupule va moisir en prison.
En tout cas, c'est une formidable histoire que tu nous as gentiment donnée de lire.
Bien sûr j'attends avec impatience l'issue (heureuse hein ?) de ce beau roman.
Toute mon amitié
Danièle.

Ecrit par : PourMarie | 27.06.2008

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