« Suite feuilleton (37) | Page d'accueil | Suite feuilleton (39) »
26.06.2008
Suite feuilleton (38)
Et le ciel s'embrasa
Chapitre 11
Plusieurs jours de lit et de chaleur, de tisanes et de bouillons de légumes chauds, furent nécessaires à Jacques pour se rétablir après que Hubert l'ait ramassé à demi congelé sur le bord de la route, dans le froid de la nuit. Heureusemlent, Jacques était jeune et sain de corps et se remit sans dommages. Une semaine de chambre lui suffit à récupérer. Il se leva prêt à agir et déterminé.
Nicole avait déjà retenu pour lui un stage de poterie à Paris. Il devrait s'y rendre deux fois par semaine avec la navette. Ce point acquis lui donnait une certaine satisfaction. Il se sentait tellement mieux à l'idée de ne plus avoir à retourner à la maison de Saint-Germain en Laye et ne plus revoir ses parents (sa mère surtout) et d'en être libéré. La Trémousse lui plaisait plus que tout au monde. Et c'est là qu'il voulait rester, près de Hubert à qui il vouait une grande admiration.
Il avait compris qu'il devrait se tenir bien désormais, ne plus faire de faux-pas et acquérir une attitude d'adulte. Il voulait sortir de cet abêtissement dans lequel il s'était maintenu, plus ou moins consciemment, et qui avait été une manière de s'isoler d'un milieu déplaisant. Il avait beaucoup pensé à tout cela pendant la semaine. Il savait exactement ce que l'on attendait de lui et les efforts qu'il devait fournir. Hubert en avait beaucoup parlé avec lui. En somme, Jacques avait décidé de se prendre en mains. Il avait commencé son stage de poterie avec un grand sérieux. Il pourrait bientôt créer un atelier à la Trémousse dont il serait responsable. Son visage n'était déjà plus le même. Une lueur s'était allumée dans son regard qui le transfigurait. Il était en train de devenir beau.
Le jardinier en titre avait recommencé son travail dans le jardin après une période d'arrêt et avait accepté de prendre Jacques sous son aile protectrice. Trois outils lui avaient été confiés. Il devait en prendre soin, les nettoyer après usage et les ranger. Ainsi, petit à petit, prenait-il de l'importance grâce aux responsabilités qui lui étaient confiées. Jamais personne, auparavant, ne lui avait accordé la moindre confiance. Ainsi était-il demeuré un petit garçon, voire un idiot, un capricieux irritable et stupide.
Chacun et chacune, à la Trémousse, s'ingéniait à l'aider. Ce grand changement lui donnait le tournis mais aussi lui apportait chaque jour des nouveautés qui embellissaient sa vie.
Chapitre 12
En cette fin de janvier, alors qu'il y avait plus d'un mois que Lina était en prison, il vint à Gaëlle une idée. Certes, elle en valait une autre : lui rendre visite. Ce que cela donnerait, elle n'en savait rien encore. Elle avait l'intention de lui parler avec son coeur. Maintenant qu'elle savait qui était sa véritable ennemie, Lina lui paraissait, par contraste, presque sympathique et elle pouvait envisager de l'affronter.
Elle pressentait qu'elle devait provoquer cette rencontre. Si ce n'était pas Lina qui avait fait les lettres, elle devait savoir qui les avait faites - Paule par exemple - et si elle arrivait, de coeur à coeur, à atteindre le sien ? Si toutefois elle en avait un. Si ce n'était pas un bloc de pierre et si ce n'était pas trop tard. Cela pourrait peut-être avoir un effet favorable et faire avancer les choses quelque part, sait-on jamais ?
Elle savait qu'elle avançait à tâtons dans un épais brouillard et à ses risques et périls mais préférable en tout cas au mortel immobilisme qu'elle vivait. Elle en était arrivée à un point où un rien pouvait faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre. C'était ce rien qu'elle traquait. C'était décidé, elle irait, le jour même.
Avant, il fallait aller chez l'obstétricien qui la suivait depuis sa sortie de la maison de repos. Elle en était à sa trentième semaine de grossesse et se sentait fatiguée. Dans la salle d'attente, par chance, elle attendit peu. Le médecin était presque à l'heure pour une fois. Cela l'arrangeait bien car elle n'aimait pas attendre.
Il la fit entrer, lui offrit un fauteuil et commença à parler avec elle de choses et d'autres. Il lui demanda d'enlever collants et slips, de relever ses manches, la fit allonger et lui prit la tension : un peu basse. Quant au bébé, il était bien placé. Jusque-là, c'était bon. Le poids avait augmenté mais il n'y avait rien de trop, ce qui était plutôt rare.
-- C'est pas mal tout ça, madame Typée. Mais je vous trouve quand même un peu faible. Ce n'est pas la grande forme. Dites-moi, vous oubliez un peu vos soucis ?
-- Pas tellement. Il me tombe sans arrêt sur le dos des nouvelles peu rassurantes et même inquiétantes et tout cela finit par peser lourd.
-- Faites attention ! A partir de maintenant, vous allez avoir besoin de toutes vos forces pour mener cette grossesse à son terme, mais aussi de calme et de quiétude. J'aimerais que vous mettiez la pédale douce. Vous rentrez chez vous en sortant d'ici, du moins je l'espère ?
-- Justement non ! Je compte aller à la prison rendre visite à Lina. Vous savez, la fille à qui je pensais devoir tous les ennuis qui me sont arrivés. En fait, il semblerait que ce soit une autre personne qui soit responsable. J'espère finir par y voir clair. Mais c'est long et douloureux.
-- Vous m'inquiétez. Vous n'y allez pas seule au moins ?
-- Si. Mais je vous promets docteur de faire attention à moi et de rentrer à la maison aussitôt après. Je vais là-bas parler un peu, c'est tout. Je suis la seule à pouvoir agir ; si je ne le fais pas, qui le fera ?
-- Vous n'êtes pas une patiente facile, vous. N'oubliez pas votre prise de sang le plus vite possible. J'aimerais aussi que vous buviez beaucoup d'eau pour alimenter votre volume sanguin et manger des aliments riches en fer pour la fabrication de vos globules rouges.
Le médecin se tut quelques secondes, il réfléchissait.
-- Ce n'est pas dans mes habitudes de demander cela à mes patientes mais à vous c'est différent. Vous êtes un cas très spécial. Voulez-vous avoir l'amabilité de me téléphoner dès votre retour, que je sache comment s'est passée une visite aussi peu commune. J'aimerais tellement que tout se passe bien pour vous.
-- C'est promis, docteur. Merci de vous inquiéter ainsi, c'est très gentil.
-- Je n'ai même pas eu le temps de vous dire que votre bébé pesait un kilo cinq cents et qu'il mesurait 37 centimètres. Cela vous fait-il plaisir de l'apprendre ?
-- Très plaisir ! Je suis très heureuse de savoir comment profite mon bébé. Je pourrai y penser dès que je serai de nouveau au calme dans ma chambre. A tout à l'heure docteur !
Dès sa sortie du cabinet médical, Gaëlle se dirigea vers la prison. Revoir Lina la secouait un tantinet. Ce n'était pas une mince affaire ! Quand elle arriva au parloir de la prison et qu'elle la vit entrer, elle la trouva méconnaissable. Ses cheveux avaient été coupés courts, sa peau était grise et ses yeux n'avaient plus d'expression. Le tout était impressionnant.
Elle lui fit un petit signe de la main en guise de bonjour. Son allure aussi avait changé. Elle était voûtée, ramassée sur elle-même, comme une petite vieille. Elle ne parlait plus depuis son arrestation. Pas un mot, le mutisme total ! Gaëlle se trouvait intimidée mais tout son ressentiment ancien avait disparu. Étrange sensation.
-- Bonjour Lina ! Se hasarda-t-elle à prononcer.
La prisonnière la regarda intensément sans répondre. L'avait-elle reconnue seulement ?
-- Je sais que vous m'avez plus ou moins haïe dès mon entrée dans la société. Je me souviens encore de la réflexion désobligeante que vous aviez faite le premier jour : "Qu'est-ce que c'est que ça ?" Aviez-vous dit ! J'en ai souffert.
-- ...
-- Je n'ai jamais su pourquoi vous aviez tant de haine à mon égard. Quand l'affaire des lettres est tombée, j'ai sincèrement pensé que c'était vous qui les aviez écrites. Cela ressemblait tout à fait à un coup que vous auriez pu mijoter contre moi. Maintenant et avec le temps qui passe, je ne suis plus sûre de rien. Elle entendait sa propre voix résonner dans le silence du parloir et cela lui paraissait bizarre. Mais Lina ne répondait toujours pas. Reparlerait-elle un jour ? En désespoir de cause et lasse d'attendre une réponse qui ne venait pas, Gaëlle reprit :
-- Si quelqu'un d'autre avait monté cette affaire contre moi, j'ai pensé que vous pourriez savoir qui ?
-- ...
Elle laissait de temps en temps un blanc entre ses paroles pour donner une chance à Lina de régir ou d'ouvrir la bouche pour dire un mot, un seul. Mais rien ne venait. C'était désespérant !
-- Je suis toujours coupable et je peux avoir des tas d'ennuis. La vérité pourra-t-elle éclater ? Je le souhaite très fort.
-- ...
-- En tout cas ce n'était pas moi, vous le savez. J'aimerais simplement savoir qui est le ou la coupable de ces lettres infamantes ? J'ai été renvoyée comme une malpropre sans ménagement et cela m'a beaucoup affligée et porté tort. J'ai failli mourir et j'ai passé deux mois entre hôpital et maison de repos.
-- ...
Gaëlle commençait à être lasse de cette femme murée dans son silence et dont elle se rendait bien compte qu'elle ne pourrait rien tirer. Aucune réaction sur son visage, dans ses yeux, dans tout son être. Elle se souvint que le médecin lui avait recommandé d'être prudente, de se ménager. Aussi décida-t-elle d'en finir. Elle se leva et joignant ses mains devant elle dit encore :
-- Je vous en supplie, aidez-moi .
Pensant que ces mots agiraient sur Lina, elle resta cinq minutes à la regarder d'un air suppliant. Elle eut l'impression qu'une lueur d'amitié s'était allumée dans ses yeux. Elle fit un petit sourire et ajouta :
-- Merci, Lina, pour ce que vous ferez. Au revoir et courage !
Le taxi l'attendait devant la porte. Les chiffres défilaient. Le prix à payer serait encore importante. Le bavardage sans retour avait duré un quart d'heure et s'était passé mieux qu'elle ne le craignait. Elle pensait avoir trouvé les mots justes pour parler à cette femme qui était devenue une statue. Et si ses paroles pouvaient avoir touché au fond de l'âme de cette femme, alors ce serait une réussite. Elle se demandait quand même de quelle façon Lina pourrait l'aider à supposer qu'elle en ait envie ou qu'elle en ait la possibilité.
Elle passa le coup de fil promis au médecin pour le rassurer et lui promettre de se reposer à l'avenir. Elle entra dans l'appartement et alla s'allonger. Hortense alla la trouver :
-- Ne dites rien ce soir, Gaëlle. Reposez-vous, dormez ! Demain il fera jour et vous aurez tout le temps de me raconter.
Et elle s'endormit en douceur. Tard le lendemain elle dormait encore. Ce fut Hortense qui prépara le petit déjeuner et le lui apporta au lit.
(suite demain)
07:00 Publié dans mes livres | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Trackbacks
Commentaires
Ah cette Hortense,une vrai mère poule !!
Bonne journée ! Bises.
Ecrit par : patriarch | 26.06.2008
C'est vraiment prenant tout cela. J'espère pour Gaëlle qu'lle se ménagera jusqu'à l'accouchement. C'est l'essentiel maintenant, penser à son bébé et à son bonheur à venir.
Bonne journée à toi.
Bises.
Danièle.
Ecrit par : PourMarie | 26.06.2008
Bon ça s'améliore ... un peu : Jacques sur la bonne voie, Lina elle, sans voix au moins elle ne dira pas de vacheries !
Bises
Biche
Ecrit par : Biche | 26.06.2008



