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25.06.2008

Suite feuilleton (37)

Et le ciel s'embrasa

Chapitre 9

      Le ciel était bas au-dessus de Paris et le soleil n'était pas au rendez-vous que Gaëlle lui avait fixé. A part son sac à mains, elle n'avait rien emporté. Elle ne peignait plus. Toutes les toiles qu'elle avait à terminer étaient finies et le moment était venu de se laisser vivre jusqu'à l'accouchement.

      Elle prit l'avenue des Gobelins, le boulevard du Port Royal à gauche, le boulevard Saint-Michel à droite et arriva au Jardin du Luxembourg. Là, un peu lasse, elle s'assit sur un banc. Elle ferma les yeux quelques instants, le temps de se rendre compte que la température était plutôt froide et qu'il ne fallait pas stationner trop longtemps à cet endroit si elle ne voulait pas se statufier. 

     Lorsqu'elle rouvrit les yeux, un homme était planté devant elle. Il n'était pas très haut mais assez large. Il la regardait. Après un bref moment de surprise, elle reconnut le comptable de son ex-société avec qui elle avait travaillé certains jours. Elle se leva d'un bond :

-- Vous !

-- Je pourrais dire "Vous !" moi aussi. Je n'étais pas très sûr ; la dernière fois que je vous aie vue, vous étiez mince comme une liane. Vous voilà maintenant porteuse d'espoir, avec un ventre assez conséquent. Cela fait une grande différence !

-- Si nous allions boire un pot ? Avec ce froid nous serions mieux au chaud.

     Ils marchèrent un moment en silence puis entrèrent dans un café bruissant de voix, enfumé et chaud. Ils s'installèrent loin des courants d'air et commandèrent une boisson chaude.

-- Comment allez-vous depuis tout ce temps ?

-- Moi bien, c'est le train-train. Et vous ?

-- J'ai eu des difficultés après le renvoi dont j'ai été victime.

-- Cela ne m'étonne pas. Une sacré vacherie qui vous a été faite.

-- Vous avez su ce qui m'était arrivé ?

-- Pour l'essentiel, oui. Les rumeurs entendues dans les couloirs ne vous étaient pas favorables.

-- J'aimerais bien savoir ce que vous en avez pensé, vous ? Je n'ai pas eu la possibilité de vous parler ou de vous dire au revoir le jour de mon départ. Je suis partie si vite. Je l'ai regretté même si je n'ai pas eu le temps d'y penser car j'étais dans un sale état.

-- Oh moi ! J'ai toujours été pour vous, vous auriez dû le savoir. Mais j'ai gardé ça pour moi, tranquillisez-vous ! J'ai écouté, me suis inquiété mais je suis resté muet, bouche cousue. J'ai été triste car j'ai pensé qu'après votre départ précipité, je ne vous reverrais plus jamais.

-- C'est gentil ce que vous me dites. Mon malheur a été de travailler avec Lina. Elle n'a jamais pu me sentir. Dès le premier jour.

-- Je pensais bien que vous en aviez contre Lina. Vous m'en aviez parlé. Ainsi vous n'avez pas remarqué qu'une autre femme vous détestait bien davantage. Cette femme était, et est encore, plus jalouse de vous que tout ce que vous pouvez imaginer. Mais elle ne le montrait pas et vous n'avez rien vu.

-- Je ne vois pas qui cela peut être ?

-- Une femme très hypocrite, qui vous donnait l'impression d'être bonne et gracieuse tant elle faisait de mimiques pour mieux vous tromper. Une femme puissante et rusée que peut-être vous aimiez bien et qui, pendant ce temps-là...

-- Mais qui ? Je n'en ai aucune idée.

-- Même si vous cherchez un peu ?

-- Non ! J'ai beau penser à toutes les personnes que je connaissais, je ne vois toujours pas.

-- Vous n'avez jamais pensé à Paule ?

-- Paule ? Comment serait-ce possible ?

-- C'est ainsi et le fait que vous ne travailliez plus là-bas n'a rien changé. Elle vous hait toujours autant et même plus à mesure que le temps passe.

-- Mais pourquoi ?

-- Parce que vous êtes quelqu'un de bien et que le PDG vous appréciait. Il a parlé de vous à plusieurs reprises en termes élogieux en sa présence et celle de monsieur Cristalis. Ce qui l'a rendue folle de rage. Elle voulait être la seule pour lui comme pour Lina.

-- Ah bon ! Même pour Lina ? Je tombe des nues ! Je n'en reviens pas !

-- Et ce n'est pas tout. Elle maintient le PDG sous tension pour que vous ayez plus d'ennuis encore. Elle le domine complètement. Mais... Je vous demande pardon, je ne voudrais pas vous faire trop de peine. J'arrête.

-- C'est dur, en effet, d'entendre cela. Mais voyez-vous, ce qui me console, c'est d'apprendre qu'au moins une personne m'appréciait car je l'ignorais.

-- Vous aviez des chances dans cette société. S'il n'y avait eu des femmes en travers de votre chemin.

-- Il y a toujours eu des femmes en travers de ma route. Pourquoi ai-je toujours eu droit à tant de rivalités quoi que je fasse. Certaines femmes sont prêtes à tout pour me faire du mal. Heureusement, j'en rencontre aussi qui me font plaisir et me rendent des services.

-- Depuis que Lina est en prison, Paule est devenue dix fois plus irascible. Elle ne sourit plus, elle est déchaînée. Son attitude confine à la démence. La paranoïa la guette.

-- Quel est le lien qu'elle avait avec Lina ?

-- Quelque chose qu'il y aurait eu entre elles. Elle la protégeait. C'est elle qui l'a faite entrer dans cette société car elle n'était pas vraiment le genre de la maison.

-- Pour cela, je suis d'accord avec vous.

     Un voile se déchira dans la tête de Gaëlle. Elle pensa à la photo qui l'avait intriguée.

-- Je vous remercie de m'avoir informée. Cela va me permettre d'avancer.

-- Vous me donnerez des nouvelles de temps en temps. Tenez, voici mon téléphone. Appelez-moi.

     Sitôt revenue à l'appartement, Gaëlle reprit la fameuse photo de la femme avec perruque et lunettes noires et la regarda avec attention à l'aide d'une loupe. C'était bien Paule, elle en était sûre, qui allait rendre visite à Lina la nuit. Tiens donc ! Ainsi elle était bisexuelle, envieuse, mauvaise, paranoïaque... Et c'était cette femme-là qui la détestait. Elle pouvait devenir dangereuse et des frissons d'horreur la parcoururent. Une psychopathe ? Elle pouvait même attenter à sa vie. Peut-être l'avait-elle faite suivre par un détective et dans ce cas, elle savait où elle habitait maintenant. Mon Dieu ! Quelle horreur ! 

 

 Chapitre 10

     Gaëlle forma le numéro de Sandy mais tomba sur son répondeur : "Veuillez laisser votre message" disait la voix suave. Et elle pensa que Sandy ne s'était pas foulée pour enregistrer un message. Elle lâcha quelques mots après avoir entendu le bip, d'une voix timide, lui demandant de bien vouloir rappeler. Les jours passèrent. Sandy ne rappela pas. Gaëlle trouva cela très bizarre. Elle se demanda si elle était malade, à l'hôpital au autre. Au bout de quelques jours, elle laissa un nouveau message. Mais deux jours après, toujours pas d'appel. Elle pensa que ces fichus répondeurs ne lui plaisaient pas du tout. C'est un barrage pour qui ne veut plus répondre. Notamment, pour d'anciennes amies devenues indésirables. Ainsi, elle en était sûre, Sandy ne voulait plus d'elle. Elle avait du mal à l'accepter. Et pourtant...

     Sandy a été ma première amie à Paris. Je pensais la garder toujours et voilà que je l'ai peut-être perdue sans savoir pourquoi. Qu'est-ce qu'elles ont toutes à m'enquiquiner ainsi en ce moment ? Ne pourrais-je donc jamais avoir la paix ? J'en aurais bien besoin pour mon bébé et moi qui le porte.

     "Patience, patience, dicta une petite voix. La vie réserve des surprises, mauvaises quelquefois, d'accord ! Attendre que Sandy veuille bien revenir à de meilleurs sentiments. Et si ce n'était que provisoire ?"

     Elle appela à la Trémousse, parla un moment avec son cher Hubert qui la rassura avec toute la tendresse dont il était capable -des trésors de tendresse - Au bout d'un certain temps, il lui passa Nicole pour qu'elle la tranquillisât à son tour.

-- Oui, ici Nicole, comment vas-tu ma grande ?

-- Bof ! Tout est triste. Les nouvelles ne sont pas bonnes du tout. Les amies ne répondent plus. Sais-tu ce que m'a fait Lucciole ?

-- Ah oui ! J'en ai entendu parler. Figure-toi qu'elle m'a téléphoné pour se plaindre. Je l'ai envoyée sur les roses.

-- Bravo ! Au moins toi tu es sympa. Ce n'est pas le cas de tout le monde. Tu penses qu'elle a pu aller se plaindre aussi sur l'épaule de Sandy ?

-- Je ne sais pas mais c'est fort possible.

-- Je te dis ça parce qu'elle a mis un répondeur. Je lui ai laissé des messages mais j'attends toujours le retour. Je n'y comprend rien. Je n'aurais jamais cru que Sandy me ferait un coup pareil. Moi qui croyais qu'elle était une vraie amie. Quelle déception !

-- Gaëlle, ma chérie, ne te laisse pas abattre, ce n'est pas le moment. Veux-tu que nous nous voyions un soir ?

-- Oh oui ! J'aimerais beaucoup !

-- Je te fais signe dès que je rentre à Paris. A bientôt.

     Pendant la nuit, Gaëlle fit un rêve. Elle était avec Sandy qui l'emmenait dîner chez une amie à elle. Arrivée devant l'immeuble de cette amie, elle disparut sans que Gaëlle ait eu le temps de se rendre compte où elle était entrée. Elle voyait Sandy aller et venir à l'intérieur de l'appartement du premier étage, par la fenêtre. Elle regardait avec tristesse, ne sachant comment faire pour la rejoindre. Elle resta plantée là, dans la rue, stupide, ne comprenant pas pourquoi son amie avait pu, même en rêve, lui faire une chose pareille.

     Elle s'éveilla, pensant avoir trouvé la réponse au silence de Sandy. Elle avait décidé de lui tourner le dos et de la laisser en plan. Par rêve, elle lui avait transmis son intention. Ce n'était plus la peine d'insister. Il fallait subir et accepter une fois de plus ce coup du sort qui lui était infligé. 

(suite demain)

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Commentaires

Bon, comme le vin, tout se décante, la suite va devenir encore plus intéressante.

Bonne journée. bises !

Ecrit par : patriarch | 25.06.2008

Je viens de rentrer et je te lis à l'instant. Je n'aimerais pas ce genre de situation bizarre où on ne sait pas le pourquoi de certaines attitudes.

On peut tout supposer jusqu'au pire.

J'attends la suite avec impatience. Je t'embrasse fort Aliette. A demain. Monique

Ecrit par : monique | 25.06.2008

La fin de ce châpitre est fort angoissante. Qu'en est-il de ce qui se trame autour de Gaëlle et tout ce mystère... J'attends de plus en plus avec impatience la suite.

Bises.
Danièle

Ecrit par : PourMarie | 25.06.2008

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