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31.05.2008
Suite FEUILLETON (13)
ET LE CIEL S'EMBRASA
>>> Revenue à son bureau le lundi matin, épanouie et le coeur léger, Gaëlle eut du mal à ne pas laisser éclater son bonheur. Elle avait une envie folle de le clamer partout, avec tambour et trompette. Son coeur hurlait : "Je suis amoureuse, amoureuse, et il m'a donné beaucoup de plaisir." Il hurlait si fort son coeur qu'elle craignit que tout le monde l'entendit. Il pouvait se passer à l'arrière des tas de choses à son insu, elle ne pouvait s'en rendre compte. Elle était sur un petit nuage, au septième ciel vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
>>> Ce bonheur, elle le partageait avec Francis et il lui apportait un bien-être qu'elle ignorait. Aurait-elle hésité à partir avec lui sous des prétextes et des idées rétrogrades. Si elle avait décidé de réfléchir avant de le connaître davantage, le revoir plusieurs fois avant de se décider, elle aurait tout gâché et rien ne serait arrivé. Ces deux jours complets pris avec lui étaient des jours gagnés sur le temps qui passait, sur la vie qui avançait si avare de ses dons. Et puis, il y avait des chances uniques qui passaient à sa portée et qu'il fallait saisir au vol car elles ne se présentaient pas deux fois. Gaëlle le savait. Elle avait eu l'intuition que c'était lui qu'elle attendait ! Elle avait compris qu'il fallait le suivre sans tarder, avoir confiance en lui, ne pas tergiverser.
>>> Pendant ce temps, certaines personnes hésitaient avant de faire des choses, réfléchissaient avant de se lancer et, pendant ce temps-là, leur vie passait à côté d'eux sans les effleurer. Ils continuaient leur route triste et sans envergure car ils ne voulaient rien risquer...
>>> Chaque jour qui passait imprimait dans leur histoire un jour de plus d'amour fou. Les journées de travail au bureau s'étiraient comme dans un rêve. Des regards interrogateurs se posaient sur elle, perplexes. Elle ne les voyait qu'à peine. La curiosité allait bon train : "Qu'a-t-il pu arriver à Gaëlle ?" se demandaient-elles curieuses. Mais c'était peine perdue ; personne ne savait.
>>> Gaëlle ne risquait pas de faire la moindre confidence à qui que ce soit. Elle restait muette comme une tombe sur sa vie privée. Elle avait recommandé à Francis de ne jamais l'appeler au bureau. Si auparavant sa vie était calme et plate, même du temps où elle était mariée. Elle était devenue houleuse, déchaînée comme un océan démonté. En amour, ça bougeait. Un soir où Francis ne pouvait passer la nuit, Gaëlle l'entraîna dans le coin le plus sombre d'un chantier. Lui si distingué résista un peu, pour le principe. Elle apprécia à sa juste valeur ce moment d'amour pris à la sauvette sous les étoiles complices. Elles en voyaient tant les étoiles, qu'elles étaient bien obligées d'être complices. Elle rentra chez elle seule mais comblée au-delà de ses espérances et se coucha ravie en songeant au coin sombre qui avait abrité deux amoureux impudiques. Sa main glissée entre ses cuisses frémissantes, elle s'endormit comme une bienheureuse...
>>> Tout Paris les vit, elle et Francis, déambuler dans les rues, au théâtre, au cinéma, dînant au restaurant le soir les yeux dans les yeux. Leur idylle sans nuage dura de longs mois.
>>> Pourquoi, dans ce cas, en ce soir du 29 juin 1985, téléphona-t-il pour l'informer qu'il partait quelques jours à l'étranger sans donner d'autre explication ? Pourquoi sa voix était-elle si bizarre, glacée, totalement impersonnelle ? Pourquoi, ce soir-là, dit-il au revoir à Gaëlle sans autre mot d'amour, sans aucune promesse de la rappeler à son retour ou de lui donner des nouvelles ? Cela ressemblait fort à une rupture. Mais une rupture faite de la pire façon qui soit : lâche, terrible dans sa froideur et son manque total d'humanité. Sans pitié Qu'était donc cette entente sans faille de presque une année si, à la première occasion cela se cassait si facilement. Et quelle était cette occasion d'ailleurs ? Elle n'en avait aucune idée, était incapable d'assimiler, restait perplexe, assommée devant son téléphone, attendant qu'il sonne à nouveau pour avoir la réponse à toutes ces questions.
>>> Elle pensait fort et son esprit tournait à cent à l'heure : "Il va me rappeler, c'est sûr, me dire qu'il m'a fait une affreuse farce et que tout cela était faux. Je lui pardonnerai et tout sera comme avant. Parce que je l'aime moi, Francis, hurlait-elle ! Je lui ai dit cela plusieurs fois ! Et lui, me l'a-t-il dit ? Je ne sais plus. Il était tendre et gentil, un délicieux amant, amoureux sans doute, mais sûrement moins que moi et peut-être pas du tout, sait-on jamais ? Il aimait faire l'amour avec moi et c'était réciproque. Il me trouvait un peu délurée mais il aimait ça ! Il me l'a dit, je m'en souviens. Tout cela ne prouve rien, là est le problème."
>>> "Il en aura eu assez de mes aveux d'amour éperdu et se sera senti incapable d'y faire face et aura profité d'un voyage pour se débarrasser de moi. Je suis une idiote, stupide mais lui est un goujat, ce n'est pas possible autrement, un goujat !"
>>> Elle se laissa choir sur un tabouret et reprit :
"Comment peut-on être aussi proche et intime d'une femme et la plaquer un beau soir sans autre forme de procés ? Comment peut-on être aussi proche et intime d'un homme et le perdre tout-à-coup, de façon brutale, sans qu'il n'y ait plus aucun lien avec lui ?"
>>> "Non, vraiment, c'est impossible ! Il reviendra, j'en suis sûre. J'ai dû mal comprendre ce qu'il m'a dit. Il va me rappeler ! Je n'ai qu'à me coucher, dormir et demain tout ira mieux ! Dans quelque jour j'aurai une lettre et tout rentrera dans l'ordre. C'est moi qui suis pessimiste, voilà tout."
(Aujourd'hui le vent s'est levé, demain ce sera la tornade...)
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30.05.2008
Suite FEUILLETON (12)
ET LE CIEL S'EMBRASA
>>> D'un commun accord, ils sortirent rapidement de la boîte de nuit, montèrent dans la voiture qui les conduisit à l'appartement. Là, Francis rentra la voiture dans le garage, referma la porte et remonta dans la voiture où il attira Gaëlle contre lui. Leurs bouches se rapprochèrent, très vite se soudèrent dans un délice profond. Ils ne savaient pas combien de temps s'était passé dans ce baiser quand ils sortirent enfin de la voiture hébétés, leurs vêtements fripés, à moitié déshabillés. Francis la prit dans ses bras pour lui faire passer la porte comme l'aurait fait un jeune marié.
>>> Il la déposa avec précaution sur le lit où il ouvrit rapidement la fermeture éclair de son élégante robe noire qu'elle fit glisser de son corps enfiévré, découvrant ses jolis sous-vêtements mauves. Pendant qu'elle finissait de se dénuder et faisait glisser ses bas résilles, Francis ôtait son slip ; chacun admira l'autre dans son intimité.
>>> Ils se rapprochèrent doucement, ouvrirent le lit chacun de son côté, s'allongèrent tout près, leurs mains parcourant la douce peau de l'autre. Leurs bouches se reprirent avec grand bonheur et Gaëlle l'attira en elle avec une ardeur qui l'étonna elle-même. Leur étreinte les entraîna dans un tourbillon passionné où la jouissance de Gaëlle surprit Francis. Il lui avait trouvé un air plutôt réservé...
>>> Leur nuit fut mouvementée et ils dormirent peu. A croire qu'ils étaient restés un siècle sans amour. Ou bien alors étaient-ils restés sans ce genre d'amour qui les avaient unis toute la nuit.
>>> Ils s'éveillèrent tard le lendemain, prirent un jus de fruit et quittèrent l'appartement vers midi, juste pour aller au restaurant. Francis invita Gaëlle à monter dans la voiture pour lui faire visiter les plages d'Omaha Beach. Muni de son guide, il lui expliqua tout ce qu'elle ignorait de cette époque et de ces plages.
>>> On ne peut plus les oublier après les avoir visitées. Battues par le vent, elle offrent un aspect austère et désolé. Au point qu'on garde au fond de soi un profond désir d'y revenir. D'autant plus qu'il n'était pas possible de tout voir en un week-end. Ces plages sont souvent battues par les vents et il vaut mieux être couvert pour s'y promener.
>>> Main dans la main, comme des amoureux, ils visitèrent le monument de la "5th Engineer Special Brigade" élevé sur les restes d'un blockhaus bien situé. Le cimetière militaire U.S. où une dizaine de milliers de croix en marbre de carrare, alignées, font un effet étonnant. De là, ils gagnèrent le belvédère aménagé face à la mer, descendirent jusqu'à la plage, s'arrêtèrent à la table d'orientation située à mi-parcours.
>>> Personne en vue à l'horizon ? Francis, après l'avoir vérifié, attira Gaëlle contre lui pour un baiser passionné. Ils s'assirent derrière la table et, malgré le vent, les mains de Francis soulevèrent le pull...
>>> De retour à Ouistreham-Riva-Bella, ils se rendirent sur le port de plaisance pour admirer les beaux yachts, passèrent devant le phare. Mais il n'était plus possible de visiter quoi que ce soit. Le temps avait passé trop vite. Ils dînèrent et rentrèrent tout de suite, attachés à ne pas perdre une seconde, toujours aussi affamés d'amour et de volupté... Ils quittèrent l'appartement en fin de matinée, la bouche fatiguée de trop de baisers, le corps endolori de trop d'amour... Avant de rentrer à Paris, ils s'arrêtèrent à Caen pour déjeuner et visitèrent le circuit balisé "L'affrontement." Quand ils quittèrent Caen, ce fut le coeur lourd de tant de beautés pas vues, de visites pas faites, mais repus de tant de plaisir donné et reçu et grisés d'une telle harmonie entre eux.
(suite demain)
Et maintenant, voici la chanson de Jean Ferrat (dont parle Patriarch) "JE VOUS AIME"
Pour ce rien cet impondérable
Qui fait qu'on croit à l'incroyable
Au premier regard échangé
Pour cet instant de trouble étrange
Où l'on entend rire les anges
Avant même de se toucher
Pour cette robe que l'on frôle
Ce châle quittant vos épaules
En haut des marches d'escalier
Je vous aime
Je vous aime
Pour la lampe déjà éteinte
Et la première de vos plaintes
La porte à peine refermée
Pour vos dessous qui s'éparpillent
Comme des grappes de jonquilles
Aux quatre coins du lit semés
Pour vos yeux de vague mourante
Et ce désir qui s'impatiente
Aux pointes de vos seins levés
Je vous aime
Je vous aime
Pour vos toisons de ronces douces
Qui me retiennent me repoussent
Quand mes lèvres vont s'y noyer
Pour vos paroles démesure
La source, le chant, la blessure
De votre corps écartelé
Pour vos reins de houle profonde
Pour ce plaisir qui vous inonde
En longs sanglots inachevés
Je vous aime
Je vous aime
Je ne sais pas vous, mais moi je trouve que Ferrat est très délicat et distingué dans cette chanson. Cela ne m'étonne pas de lui. J'ai lu que depuis l'an dernier il était souffrant.
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29.05.2008
Suite FEUILLETON (11)
ET LE CIEL S'EMBRASA
-- Je ne vous ai pas dit où j'allais ?
-- Non, mais je sens que cela ne va plus tarder !
-- Visiter les plages du débarquement. J'ai la clé de l'appartement d'un copain. Cela vous convient-il ?
-- C'est une idée que je n'aurais pas eue toute seule, mais je suis ravie que vous me la proposiez. D'autant plus que je ne les connais pas.
>>> Durant le trajet, Gaëlle s'assoupit. Une fois ou deux, la voix de Francis parvint à ses oreilles comme à travers un épais coton. Elle bougea la tête en signe d'accord, laissant échapper un râle. Francis sourit et préféra cesser de parler. Arrivé à Ouistreham, il ouvrit sa portière et réveillât Gaëlle du même coup.
-- Où sommes nous ? Murmura-t-elle.
-- Arrivés, chère Gaëlle. Si vous voulez bien descendre, je vous conduirai à l'appartement où vous pourrez vous coucher.
-- Oh non ! Pas tout de suite. J'ai trop faim !
-- Dans ce cas, allons dîner.
-- Vous me donnez le temps de me changer ?
-- Bien sûr ! A moi aussi d'ailleurs.
>>> Gaëlle passa sa robe noire toute simple mais élégante, qui lui allait si bien. Elle l'agrémenta d'un collier et de boucles d'oreilles fantaisies. Elle glissa ses pieds dans des escarpins noirs à talons. Un pschitt de parfum et ce fut bon. Elle s'avança dans la pièce où se tenait Francis de dos. Vêtu d'un costume, il était superbe. Cela le changeait. Il sentit une présence, se retourna, et Gaëlle lut la surprise dans un imperceptible mouvement de ses yeux. Il s'approcha d'elle, posa ses mains sur ses bras, l'attira contre lui un bref instant :
-- Vous êtes ravissante, Gaëlle, Et quelle classe !
-- Vous n'êtes pas mal non plus.
>>> Le restaurant intime, le repas fin, tout concourait à faire de cette belle soirée une réussite. L'amour était en chemin...
-- Vous aimeriez faire un tour en boîte ?
-- Oh oui ! J'aimerais !
>>> Les danses les plus endiablées battaient leur plein quand ils entrèrent. Ils s'assirent en attendant que cette agitation veuille bien se calmer. Gaëlle eut la nette impression que ce qui s'ébauchait ce soir-là, entre elle et Francis, irait plus loin que le seul week-end. Cela faisait belle lurette qu'elle n'avait pas dansé, pas aimé et, si cela ne tenait qu'à elle, cela ne tarderait pas à se concrétiser.
>>> Au bout d'un quart d'heure, la série de slows commença :
-- Voulez-vous que nous essayions cette danse ?
>>> Elle acquiesça, se leva frémissante et parée de son plus beau sourire, se coula dans les bras de Francis. Il la prit contre lui avec ardeur. Après quelques pas de danse, il demanda :
-- Le pied va-t-il bien ?
-- Il tient bon !
>>> Il l'entoura tendrement de son bras et posa sa joue contre la sienne. Le deuxième slow, langoureux, les trouva blottis l'un contre l'autre. Gaëlle, conquise, tenta de repousser l'impatience qui la taraudait. En même temps, la joue de Francis glissa jusqu'à ses lèvres, les effleurèrent mais Francis sut rester discret et réservé n'aimant pas s'afficher. Sans s'être consultés, ils étaient du même avis et pas seulement sur ce sujet. Depuis le tout premier contact - la chute de Gaëlle - ils avaient deviné qu'ils étaient faits pour aller plus loin ensemble, qu'ils pouvaient s'accorder et qu'il ne fallait pas rater une telle chance. Chacun d'eux avait traversé un désert sentimental et sexuel et étaient assoiffés l'un de l'autre...
>>> La série se terminait ; Francis garda la main de Gaëlle dans la sienne et l'entraîna au bar finir leur verre alors que commençait une série de rocks :
-- Dommage ! J'adore danser les rocks lents ou rapides. C'est ma danse préférée.
-- Ce n'est pas grave, nous danserons les prochains tangos. Vous pensez que vous pourrez ?
-- Je crois que oui.
-- Dans ce cas attendons !
>>> Ils se mirent à bavarder de leur vie passée, de leur situation respective, de tout et de rien... Jusqu'à ce qu'une nouvelle série de tangos vienne les sortir de leur bavardage. Une grande douceur les envahit :
-- C'est un délice de danser avec vous, vous êtes souple, légère et j'aime l'odeur de votre parfum.
-- Et vous, vous guidez très bien !
-- Votre corps est une liane et j'aimerai un baiser ...?
>>> Gaëlle, alors, prit le visage de Francis entre ses mains et posa ses lèvres sur les siennes. Un baiser rapide mais qui lui permit d'apprécier le goût de ses lèvres, l'odeur de son souffle...
-- Gaëlle chérie, si vous me permettez, dès que les tangos seront finis, nous partirons n'est-ce pas ?
-- Oui ! Dit-elle avec un doux sourire.
-- Il me tarde de te prendre dans mes bras en dehors de tout regard indiscret.
>>> Elle n'attendait que cela elle aussi et aima beaucoup ces mots accompagnés du tutoiement. Quand la série de tango prit fin, il se dirigèrent d'un commun accord vers les vestiaires récupérer leurs vêtements afin de rentrer au plus vite à l'appartement.
(suite demain)
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28.05.2008
Suite FEUILLETON (10)
ET LE CIEL S'EMBRASA
Chapitre 4
>>> Pour fêter ces évènements, Gaëlle décida de partir en week-end. Où ? Elle n'en avait aucune idée. Elle prépara une valise sur roulettes et sortit dans la rue le nez au vent. Aller là ou ailleurs, peu importait. L'essentiel était d'aller quelque part...
>>> Devant une cabine téléphonique, elle s'arrêta : "Je dois téléphoner à Sandy pour lui annoncer la bonne nouvelle."
-- Viens, lui dit Sandy, une fois qu'elle l'eut au téléphone, nous allons fêter cela ensemble.
-- Je te remercie mais j'ai envie de folâtrer ces deux jours. Nous ferons une petite fête plus tard, je te le promets. Tu ne m'en veux pas ?
-- J'ignore ce que c'est que d'en vouloir à quelqu'un. Je me demande si l'on peut t'en vouloir à toi ?
-- Détrompe-toi ! Je ne fais de tort à personne ni ne vole rien à qui que ce soit et pourtant on m'en veut ; ou plutôt on m'envie : en fait, on m'en veut d'être en vie.
-- Ce que tu me dis est désolant !
-- Avec toi c'est différent. J'ai la chance de t'avoir pour amie, une vraie amie.
-- Alors, profites-en bien. Cela ne se trouve pas tous les jours. Fais une belle balade, amuse-toi, laisse-toi draguer et rappelle-moi plus tard, bisous !
-- Bisous Sandy.
>>> Quand elle raccrocha, son regard brillait. C'était l'effet que lui faisait toujours la douce voix de son amie. Elle sortit de la cabine ragaillardie, se prit le pied droit dans la porte et s'affala de tout son long. Heureusement, la valise amortit le choc et la protégea en partie. Une main sur son épaule, un souffle chaud dans son cou :
-- Vous êtes-vous fait mal, madame ? Je vais vous aider. Laissez-moi faire.
>>> La main de l'homme qui parlait était chaude et sa voix grave agréable. Gaëlle se sentit mieux. Elle resta un instant sans bouger qui semblèrent plusieurs minutes. Elle tourna la tête et découvrit, penché sur elle, un homme à lunettes d'une quarantaine d'années, brun, cheveux courts, air sympathique, attirant... Elle grimaça de douleur :
-- Ouille ! J'ai dû me tordre la cheville !
-- Ne vous inquiétez pas, ma voiture est là, je vais vous conduire chez un médecin.
>>> Gaëlle devint rouge de confusion. Elle n'en demandait pas tant. Seulement se faire un peu dorloter.
-- Je ne pense pas que ce soit à ce point. Il suffirait que vous m'aidiez à aller jusqu'à la terrasse qui est là boire un café.
>>> Aidée et soutenue par une main forte, Gaëlle se laissa entraîner. Il la fit asseoir d'un côté de la table et se plaça en face d'elle. Elle lui offrit son plus beau sourire ; il était bel homme, charmant, commanda deux cafés, lui sourit en retour, la trouva jolie comme un coeur, s'enflamma...
-- Je ne me suis pas encore présenté : Francis Gardeil.
-- Gaëlle Typée.
-- Joli prénom ! Vous partiez en voyage ?
-- En week-end tout au plus.
-- Est-ce indiscret de vous demander où vous alliez ?
-- Je n'en sais rien !
-- ... ?
-- Cela à l'air de vous étonner. C'est pourtant la stricte vérité. J'ai préparé ma valise dans l'idée de partir seule sans savoir où je pourrais aller. Je venais de téléphoner à une amie pour lui annoncer une bonne nouvelle et, en sortant de la cabine, je me suis entravée et étalée devant vous.
-- Je suis le premier à en être ravi - une fossette se creusa dans chacune de ses joues quand il sourit - d'autant plus que j'avais envie d'aller voir l'océan et que ça m'ennuyait d'y aller seul.
>>> Un sourire mystérieux éclaira son visage à cette évocation.
-- Et si je vous proposais de m'accompagner ?
>>> Le regard de Gaëlle s'alluma à son tour. Elle pensa : "Quelle gentille proposition. Un compagnon pareil, pour le week-end ne me déplairait pas !"
-- J'ai bien envie d'accepter, mais...
-- Allons, c'est dit, je vous emmène. Prenons le temps de déguster ce café. Ensuite nous prendrons la route.
>>> Un grand bien-être envahit Gaëlle. Le café, la présence de Francis en face d'elle ou les deux ? Toujours est-il qu'elle appréciait l'idée de partir en voiture avec lui, même si elle ne savait pas encore très bien où il allait l'emmener.
>>> Elle sentit qu'elle pouvait avoir confiance et s'en remit, une fois de plus, à sa première impression qui était bonne. Une petite voix lui disait bien que c'était peut-être osé de partir ainsi avec un homme qu'elle ne connaissait pas. Pourtant, elle le ferait. Et cela ne la choquait pas. Il y avait des rencontres qu'il ne fallait pas louper et donc qui ne pouvaient attendre. Celle-là tenait du miracle. Elle sentait qu'elle ne devait pas la laisser passer. Être seule dans la vie ne la gênait pas. Par contre, la chaleur, la bouche, le corps d'un homme lui manquaient. Celui-là était à sa portée. Cet homme pouvait lui offrir tous ces délices qui donnaient du prix à la vie...
>>> Francis paya les cafés, se leva, prit la valise de Gaëlle et l'aida à se lever.
-- Est-ce que ça ira ?
-- Je ne crois pas que ce soit une entorse. J'ai mal mais je pense qu'une pommade suffira à régler le problème.
-- Je vais au moins vous soutenir !
>>> Sa main traîna le long du bras de Gaëlle faisant naître un long frisson.
-- Merci vous êtes très aimable, dit-elle sans oser le regarder. Il la troublait, l'attirait...
>>> Une fois installée dans la voiture, elle se laissa aller contre le dossier de son siège tandis qu'il démarrait, déboîtait, accélérait. Ils étaient en chemin pour l'aventure.
(suite demain)
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27.05.2008
Suite FEUILLETON (9)
Je voulais signaler que, si certains éléments de ce roman ressemblent à certains faits de la vie, c'est purement fortuit. En effet, c'est un roman d'imagination et d'inspiration, uniquement.
ET LE CIEL S'EMBRASA
>>> Quand à Paule, elle avait un drôle d'air quand elle arrivait devant le bureau de Lina. L'air de quelqu'un qui aurait des idées derrière la tête. Si bien que Gaëlle n'avait pu s'empêcher de penser : "Pour qui joue-t-elle du mollet ?" Mais elle ne trouva pas de réponse à sa question.
>>> Pour aller de son bureau à celui occupé par Gaëlle et Lina, elle devait passer devant le bureau du PDG dont la porte était toujours ouverte. Ainsi, voyait-il passer tout le monde. Paule alors jouait du mollet et balançait son corps serré dans des jupes moulées avec complaisance. Et le spectacle, pour un homme qui cherchait à s'amuser sans trop de mal, valait la peine.
>>> Elle faisait donc le trajet dans le seul but d'exciter son directeur en passant devant sa porte. A n'en pas douter, ils se faisaient des signes imperceptibles qu'ils étaient seuls à connaître.
>>> Ce jour-là, se trouvant derrière Paule, Gaëlle vit le regard qu'ils échangeaient et qui en disait long... C'était donc ça : Paule et le directeur. Elle n'avait donc pas rêvé à propos de ce jeu de jambes. En fait, cela lui importait peu. Personne ne lui racontait les commérages ou ne lui faisait les confidences sur ce qui se passait dans les bureaux de cette société. Elle devait se contenter de ce qu'elle constatait par elle-même sans le chercher.
>>> Impression bizarre ! D'autant plus qu'elle-même était l'objet d'une surveillance permanente de ses faits et gestes, de ses allées et venues, du nombre de cafés qu'elle buvait, avec qui elle déjeunait et d'autres choses. Peut-être même y en avait-il qu'elle ignorait. Quand on est épiée en permanence, nul ne peut savoir jusqu'où cela peut aller ! Elle constata, un soir, en sortant du bureau, que Lina la suivait. Dans quel but ? That is question. Elle ne s'en inquiéta pas outre mesure.
>>> Pour cette raison et d'autres, elle comprenait de moins en moins. Tous ces gens étaient très bien acceptés les uns des autres. Paule avait droit à des courbettes et des salamalecs comiques. C'était peut-être cela la norme. Dans tout ça, quelque chose lui échappait. Mais quoi donc ?
>>> Gaëlle avait une sainte horreur des cantines ou restaurants d'entreprises où les commentaires allaient bon train. Il fallait être d'un tempérament bien trempé pour s'y habituer ou tomber dans le panneau de tous ces gens à l'esprit rétréci et elle ne se sentait pas capable d'y parvenir. Au contraire, elle refusait de devenir comme eux. Elle aimait trop la liberté dans laquelle elle baignait avec bonheur pour changer un tant soit peu sa mentalité. Elle se mêlait à ses collègues de bureau le minimum nécessaire, en fait très peu car elle n'y trouvait aucun intérêt ni aucun plaisir. Son destin était de vivre à part, en marge, à sa façon. Cela leur parut louche comme tout ce qui la concernait. Elle était différente d'eux et ils n'aimaient pas cela.
>>> Le temps passa...
>>> Son directeur, content de son mois d'essai, lui fit rédiger son contrat à durée indéterminée. D'autre part, le divorce fut prononcé. Elle se retrouvait donc nantie d'un boulot stable et libre. Elle se sentait heureuse envers et contre tous et son optimisme était au beau fixe.
>>> Elle entra dans un cours de dessin, de peinture à l'huile et à l'acrylique. Elle sentait s'affirmer ses dons naturels laissés à l'abandon depuis trop longtemps. Elle voyait Sandy, allait au cinéma, au théâtre. Sa vie s'était mise à ronronner comme un gros chat couché en rond devant une cheminée.
(suite demain)
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26.05.2008
Suite FEUILLETON (8)
ET LE CIEL S'EMBRASA
Chapitre 3 :
>>> Gaëlle se retrouva donc derrière la fenêtre ensoleillée du bureau qui lui avait été désigné par M. Cristalis, au sixième étage d'un bureau situé dans le XVème arrondissement. Qui a dit qu'il n'y avait pas de soleil à Paris ? Elle constata le contraire. Tous les matins, entre dix et onze heures, assise à son bureau, derrière la vitre, en cet automne 1984, elle bronza du bras gauche. Elle trouva cela merveilleux et n'aurait jamais pensé que tant de bonheur fut possible.
>>> Chaque médaille a son revers. La sienne fut la présence de la fille brune arborant une lippe boudeuse à longueur de journée. Son visage ne s'éclairait que devant Paule...
>>> Les bureaux de cette société étaient répartis sur six étages. Le sien était le dernier. On entrait dans un petit hall de réception qui distribuait les bureaux par un jeu de portes et de couloirs. Gaëlle traversa ce hall pour se rendre à l'autre bout, dans le bureau de Paule, une secrétaire pimpante, séduisante et attirante...
>>> Elle l'accueillit avec une sorte de gentillesse et un grand sourire dont elle n'était pas avare et qu'elle balançait tous azimuts. Même si ça paraissait superficiel, cela redonna à Gaëlle un peu de courage. Elle en avait besoin et le moindre geste la requinquait.
>>> Elle rencontra aussi l'aide-comptable à qui elle devrait s'adresser pour qu'il lui procure les factures impayées à recouvrer. Cette tâche, qu'elle mit au point, l'amena à sortir et à se rendre sur place pour enquêter. Elle réussit à récupérer quelques créances. Cela ne manqua pas de faire des envieuses parmi celles qui restaient au bureau pendant que Gaëlle allait en mission ; elles devaient penser que cette nouvelle avait bien de la chance...
>>> Lorsqu'elle eut fait le tour des personnes qu'elle devait contacter régulièrement, elle se rendit compte que son travail n'était pas très important. Elle commença alors a réorganiser les armoires. Cela n'avait pas été fait depuis la nuit des temps... Elle fit un remarquable travail de rangement et de réorganisation du classement, besogne dans laquelle elle excellait et qu'elle accomplissait avec plaisir. Pendant cette activité, elle eut droit à nombre de réflexions plus ou moins désagréables et marmonnées de la part de Lina. L'ingénieur commercial, pour qui elle faisait les rapports, le courrier et différentes autres tâches, fut le seul à l'encourager. Cela ne l'empêcha pas de se montrer goujat, allant jusqu'à la désespérer et lui faire verser beaucoup de larmes parfois, notamment le jour de son anniversaire. S'il l'avait fait exprès, c'était gagné !
>>> Elle se heurta à une sorte d'hostilité générale de la part de ses congénères qui lui en voulaient de mettre en oeuvre une tâche importante qu'elle-mêmes ne désiraient pas ou n'avaient pas le courage de mettre en oeuvre dans leur propre service. Le classement est souvent le parent pauvre du travail des secrétaires, fréquemment délaissé par manque d'intérêt.
>>> Lina, elle-même, n'avait jamais imaginé de rénover le rangement des armoires. En plus de beaucoup de poussière, Gaëlle y trouva tout un bric-à-brac étonnant. Notamment des articles que Lina et l'ancienne secrétaire avaient cherché et pas trouvé. Cela lui cloua le bec. Gaëlle fit se boulot sans se préoccuper le moins du monde des critiques ni de l'hostilité ambiantes. Elle allait son petit bonhomme de chemin sans regarder derrière elle.
(suite demain)
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25.05.2008
Suite FEUILLETON (7)
ET LE CIEL S'EMBRASA
>>> Il est vrai qu'une personne qui décidait de marcher dans la banlieue bordelaise se faisait vite remarquer. Chacun et chacune finissait par se poser des questions sur cette pratique : "Qu'est-ce qu'elle fait celle-là toujours à traîner sur la route ? Pas possible, elle doit chercher quelque chose, ce n'est pas normal." Et c'est ainsi qu'à force d'être regardée de travers par les uns et les autres, Gaëlle s'était lassée. Par la même occasion, certains hommes louches étaient amenés à penser que la personne qui allait ainsi cheminant, même si le pas était rapide, cherchait une aventure et, sûrs de leur fait, s'arrêtaient, le regard lubrique, pour proposer de monter à la personne marchant sur le bord de la route. Quantité d'hommes vont ainsi cherchant des femmes par tous les moyens...
>>> Il n'était pas facile de convaincre ce genre d'anthropoïde et si on lui disait non une fois, il fallait le lui dire à nouveau le lendemain (car souvent, le même passait et repassait plusieurs fois) ou le dire à un autre (car il n'y en avait pas qu'un qui faisait ce genre de chasse) et ainsi de suite. Elle avait donc fini par se lasser et faire comme tout le monde : prendre sa voiture pour faire deux kilomètres afin de ne plus avoir d'ennuis. Et tout fut réglé.
>>> Par contraste donc, Gaëlle se sentit libre de pouvoir arpenter les rues de Paris seule et sans problèmes, pendant les heures qu'elle avait choisies et ne s'en priva pas. Un dimanche, au cours d'une marche, elle passa devant le Louvre et y entra. C'était le premier musée qu'elle visitait de sa vie. Elle trouva cette initiative fort bien et y prit goût. Elle se hasarda à en visiter d'autres et osa entrer ensuite dans les galeries privées. Elle en éprouva un grand plaisir et se demanda comment elle avait pu vivre tant d'années sans connaître toutes ces belles oeuvres et sans se cultiver.
>>> De même, elle découvrit les petits théâtres parisiens, profita de places à prix réduits ou même gratuites, tels les billets que lui offrit un jour une dame à côté de qui elle s'était assise au soleil dans un square. Chose qui ne lui était jamais arrivée à Bordeaux.
>>> En résumé, elle était heureuse de tout et de rien, dans son élément autant que pouvait l'être un poisson dans l'eau et trimbalait partout un visage épanoui. Il arriva souvent que certaines personnes se retournent sur elle ce qui n'était pas désagréable du tout et Gaëlle apprécia. Il y eut notamment ce jour où elle se promenait à son heure de repas dans le parc Monceau. Elle était vêtue d'un ensemble en lainage gris, confectionné par elle, dont la jupe était en forme, mi-longue. Le haut était un boléro. Deux dames étaient assises sur un banc. Quand elle passa devant ces deux personnes, elles émirent d'un même accord : "Que c'est joli" en la regardant d'un air admiratif. Gaëlle se retourna, les remercia avec son plus beau sourire.
>>> C'est là que les souvenirs récents de Gaëlle prennent fin. Demain, elle se retrouvera dans ce nouveau bureau, à ce nouveau poste de secrétaire commerciale décroché le matin même, dans le même bureau que Lina, travaillant pour Gonzague Cristalis et aussi pour une autre personne, un ingénieur commercial, jeune et pétulant, ironique et nerveux.
(suite demain)
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24.05.2008
LES PROMESSES DE MAI
Autrefois, en pays gascon, le jeunesse célébrait le mois de mai avec un faste particulier. La fête était belle et joyeuse. Elle l'était d'autant plus qu'il n'y a pas de plus belle saison pour les amours, de plus beau moment pour se promettre fiançailles et épousailles.
Dans la nuit précédent le 1er mai, les jeunes gens des campagnes accrochaient des "mais", bouquets de branchages ornés de guirlandes, au-dessus de la porte où vivaient de belles et jeunes filles. Et l'on avait grand soin d'accrocher autant de "mais" qu'il y avait de filles à marier. Bien évidemment, le garçon amoureux s'appliquait à réaliser un "mai" plus beau que celui des autres à l'intentio de celle qui tourmentait ses nuits et qu'il désirait séduire.
Le dimanche suivant, ou encore lors de la fête patronale du pays, les jeunes gens faisaient, au rythme du tambourin, la tournée de ces maisons. Les jeunes filles devaient alors se montrer et venir danser leur "mai". Puis elle remettait, à l'un des garçons, quelques pièces de monnaie.
La donatrice la plus généreuse voyait, le lendemain, sa maison ornée du "beau mai de la danse." Auparavant, dans la soirée, toute cette jeunesse - garçons et filles - se retrouvait au cabaret ou sur la place du pays pour dîner et danser, cela grâce à la collecte de la journée.
Un vieux gascon nous a raconté la mésaventure - finalement heureuse - survenue à son père :
"Celui-ci, tout à son émotion et peut-être un tantinet grisé de vin, s'était trompé de porte pour accrocher son plus beau mai. C'est donc une autre que celle qu'il voulait courtiser cet hommage qui valait, selon la tradition, offre de fiançailles. Le garçon n'osa pas démentir. Il laissa faire le destin et, confiait-il au soir de sa vie, il était bien loin de regretter tant il avait été heureux avec celle que le sort lui avait envoyée... Alors que l'autre jeune fille, celle sur qui il lorgnait au temps de sa jeunesse, avait fort mal fini, en dame de petite vertu, dans un méchant faubourg bordelais.
G.B. "Almanach du bordelais" de 1996.
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Suite FEUILLETON (6)
ET LE CIEL S'EMBRASA
>>> Elle se retrouvait de retour à Paris avec ses bagages autour d'elle mais ne retourna pas chez Sandy, fille adorable et généreuse s'il en fut, mais dont elle ne désirait pas abuser. Dans son petit appartement, une personne de plus, avec tous ses sacs, les vêtements à laver, à sécher, à repasser, ça comptait !
>>> Elle retourna à l'agence d'intérims qui lui avait procuré la première place, prit une chambre d'hôtel, utilisa une partie de son pécule, lut les annonces et commença à chercher un appartement. Il lui restait pour cela l'autre partie de son pécule, la plus importante. Elle fit les démarches nécessaires et put entrer assez vite dans son logis actuel après bien des difficultés : papiers à fournir, caution à obtenir, meubles à faire venir. Un travail de titan. Le résultat fut à la mesure de ses efforts. Elle se sentit bien dans son nid-refuge et put enfin souffler et se détendre...
>>> Elle s'était débrouillée comme une vraie battante. Elle en fut la première étonnée. Son mari l'avait si souvent traitée de "bonne à rien", ou de "plus capable de trouver du travail" ou même "plus capable de quoi que ce soit" qui englobait des choses indéfinies et floues, tant et si bien qu'elle avait fini par croire à ce qu'il lui disait et à se laisser détruire.
>>> Sa vie à Paris lui redonnait un tonus à tout casser. Elle se sentait prête à renverser des montagnes. A sa façon, elle les renversa... Elle aimait tout à Paris. Et les réflexions stupides qu'elle avait entendues ici ou là ne l'en dégoûtèrent pas. Elle se félicitait tous les jours de n'avoir écouté qu'elle.
>>> Une grande ville est anonyme et donne une plus grande liberté de mouvements qu'une ville de province. Une plus grande ouverture d'esprit. Ce qui ne veut pas dire que l'anonymat y est totalement garanti. Mais Gaëlle se rendit compte qu'elle pouvait parcourir la ville à pieds sans que cela souleva des questions d'une incroyable bêtise du genre de celle qu'un homme lui fit quand elle habitait la région bordelaise : "Je vous vois marcher souvent, pourquoi marchez-vous ?" A une pareille ineptie, elle avait préféré ne rien répondre de peur de s'entendre dire : "Je ne peux pas croire qu'il soit possible d'être aussi nul ni de poser des questions aussi stupides." Car c'était souvent ainsi qu'elle réagissait devant la stupidité, la bêtise, la nullité, par le mutisme. Elle ne trouvait rien d'autre à faire et c'était sans doute mieux ainsi.
(suite demain)
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23.05.2008
ET LE CIEL S'EMBRASA (5)
>>> Le lendemain, la sonnerie sortit Gaëlle du sommeil. Elle se leva d'un bond laissant son amie poursuivre sa nuit. La douche fut rapide. Sans perdre de temps, elle enfila une jupe verte et un corsage blanc, glissa ses pieds mignons dans des chaussures à talons, remit ses cheveux en forme, se maquilla, se parfuma légèrement. Elle était fin prête et se trouva jolie.
>>> Elle attrapa son sac au vol et sortit sans bruit. Le contentement la gonflait d'aise. Elle partit à grands pas, légère comme une libellule, à travers les rues embaumées d'odeurs de café et de pain frais. Sortie de chez Sandy le ventre vide, elle avait faim et s'arrêta dans un café pour prendre son petit déjeuner. Il faisait beau, le ciel était bleu, tout son être chantait en ce début de mai.
>>> Elle monta dans le R.E.R. pour gagner la Défense, fut ravie et heureuse de découvrir le parvis et épatée quand elle vit ces grands immeubles et, quand elle atteignit la haute tour, l'ouverture automatique des portes s'effectua dans un tel courant d'air qu'elle crut s'envoler.
>>> Là-haut, elle fut accueillie avec gentillesse. Installée à un bureau, au milieu de la grande salle commune du vingtième étage et où rentrait le même nombre de personnes, on lui offrit un café. Dès le départ, elle apprécia ce geste. Elle s'assit et accomplit sans fautes le travail qu'on lui demandait. Elle réussit même à se lier d'amitié avec la jeune femme qu'elle remplaçait à ce poste et qui, elle, ne s'en était pas tirée et avait tout laissé dans une grande pagaille. Gaëlle y mit vite bon ordre. Quelle différence avec la façon d'aborder le travail de bureau ici par rapport à Bordeaux ! Au bout d'un mois, elle fut félicitée et une proposition lui fut faite. Tout aurait été parfait si une peau de banane n'était venue se glisser sous ses pieds.
>>> En premier lieu, le salaire qui lui fut proposé était assez bas pour Paris. Il ne pouvait permettre à Gaëlle de prendre un appartement et de subvenir à tous les frais qui l'attendaient. Elle le dit au chef du personnel qui l'avait convoquée dans son bureau ; celui-ci lui répondit qu'il ne pouvait lui donner plus. La jeune femme qui lui succéda eut pourtant plus de chance. Elle obtint une rémunération de vingt pour cent plus élevée ! Bizarre et étonnant... Pourquoi cette fille eut-elle la possibilité de gagner ce salaire plus élevé qui fut refusé à Gaëlle ? Dieu seul le sait peut-être !
>>> En second lieu, son mari, resté à Bordeaux et voulant essayer de la récupérer, téléphona à la direction du personnel et flanqua par terre un mois d'excellent travail. Que leur dit-il ? Elle ne put le savoir. En tout cas, il ne fut plus question d'embauche pour Gaëlle qui, désolée de ce mauvais plan, sut qu'elle devait tout recommencer de zéro. Elle tenta bien de renouer une discussion avec la personne qui lui avait proposé l'emploi mais il n'y eut plus rien à faire. La situation s'était bloquée et fermée.
>>> Elle reprit le train corail en direction de Bordeaux et eut, avec son mari, une explication orageuse. S'il avait espéré la récupérer, il s'y était très mal pris et avait rompu le peu de charme qu'il pouvait encore y avoir entre-eux (y en avait-il d'ailleurs ?) Il avait brisé son rêve et Gaëlle ne pourrait le lui pardonner. Elle lui annonça que, non seulement la séparation devenait effective, mais qu'elle déposait une demande en divorce. Il n'y avait pas d'enfant, pas de biens en commun, ce qui réduisait l'affaire à peu de choses.
>>> Une fois que tout fut réglé, elle repartit pour Paris avec la ferme intention de tout recommencer sans rien laisser cette fois venir se mettre en travers de sa route. Elle se promit d'oublier désormais la gare d'Austerlitz et le train corail qui conduisait à Bordeaux.
>>> Elle regretterait infiniment le bureau haut perché de la tour de la Défense pour l'extraordinaire vue qu'elle y avait eue en prime et qui lui avait tant plu. Elle regretterait les amies qu'elle avait déjà dans ce bureau et l'ambiance extrêmement sympathique qu'elle y avait trouvé. Elle regretterait la chef de ce bureau, une femme gentille qui se parlait tout le temps, toute la journée, à chaque pas qu'elle faisait. Chaque geste qu'elle accomplissait était accompagné des paroles adéquates... du genre : "Je vais faire une photocopie, à mais avant il faut que je prenne un crayon, et toute la journée comme ça !" C'était incroyable ! Elle n'avait jamais vu une chose pareille. Mais cela lui plaisait bien. Elle regretterait la jeune femme très jolie qui l'avait prise sous sa coupe et l'accompagnait partout. Elle regretterait longtemps cette place qui s'était proposée à elle, qu'elle n'avait pu saisir. Elle ne pourrait oublier ce contexte exceptionnel et resterait nostalgique de cette première expérience très réussie et plaisante, mais sans suite.
(suite demain.)
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